L'inflation des denrées alimentaires va perdurer

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Un vieil ennemi disparu depuis dix ans a depuis peu refait surface dans le paysage économique : l'inflation. Déjà bien présente dans les pays émergents, elle se manifeste de plus en plus sévèrement dans les grandes économies occidentales. Elle a atteint 3,1 % dans la zone euro en novembre et 4,3 % outre- Atlantique. Des niveaux très supérieurs aux « zones de confort » tolérées par les banques centrales, qui redoutent des revendications salariales pour compenser la baisse du pouvoir d'achat.
Autre fait nouveau, la flambée des prix de l'alimentaire s'est ajoutée à celle des matières premières et de l'énergie pour attiser ces hausses de prix. Le soja a franchi en décembre un niveau jamais atteint depuis 1973, tandis que le riz, le blé et le maïs ont caracolé dans l'année à des records historiques. En Europe, le prix du pain et des céréales a grimpé de 1,1 % en novembre et de 6,4 % sur un an. Et il y a tout lieu de craindre la persistance de cette nouvelle source de pression.
Certes, malgré les mauvaises récoltes de ces deux dernières années, les stocks restent à un niveau très satisfaisant. C'est donc du côté de la demande que le bât blesse. Et ce n'est pas tant la hausse de la population mondiale, en ralentissement ces dernières années, qui tire la demande, mais plutôt le développement économiques des pays émergents. Chinois et Indiens peuvent désormais s'offrir une alimentation carnée. Or l'élevage est fortement consommateur de graines en tous genres. Par ailleurs, le développement de biocarburants (éthanol de canne à sucre au Brésil, éthanol de maïs aux Etats-Unis, biodiesel d'huile de colza et éthanol de blé dans l'Union européenne, etc.) pour se substituer à un or noir devenu inabordable contribue à faire flamber les prix des céréales. « Le développement des biocarburants de première génération aux Etats-Unis et dans l'Union européenne aura un impact significatif sur les marchés mondiaux des céréales et des oléagineux à l'horizon 2015. Il se traduira notamment par des augmentations substantielles des prix mondiaux nominaux des huiles végétales et des céréales », indique l'Inra (Institut national de la recherche agronomique), qui minimise ainsi le scénario de bénéfices environnementaux des biocarburants plus contrastés que prévu ou d'un affaiblissement du cours du baril de pétrole.
La FAO (Food and Agriculture Organisation), émanation de l'ONU dédiée à l'alimentation et à l'agriculture, s'est insurgée ces derniers jours contre cette flambée des denrées alimentaires qui touche particulièrement les pays en développement. « Plus les revenus sont modestes, plus ils sont consacrés à l'alimentation », explique le FMI, qui ne croit pas à un réel désenflement des prix. Bien moins dramatique dans les économies développées, l'inflation des matières premières alimentaires n'en est pas moins devenue un sujet majeur. « Contrairement à ce qui est généralement admis, 10 % d'augmentation de ces denrées en Europe apporte 0,30 point d'inflation, contre seulement 0,11 point pour une augmentation similaire du pétrole », indique Natixis, qui précise que l'inflation des aliments est généralisée à tous les produits, qu'il s'agisse des céréales, du bétail ou des graisses. Les études montrent d'ailleurs que le père Noël des Français devrait cette année être moins généreux afin de compenser la hausse du prix du repas de réveillon, qui, lui, ne souffre aucune privation.
