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De la difficulté de choisir le bon gérant de fonds

08/12/2007 00:00 - JDF

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D'abord faut-il garder à l'esprit que les gérants ne sont pas, en moyenne, surperformants par rapport à leur indice de référence. La performance moyenne se situe en général à l ou 2 % de l'indice, soit en gros l'épaisseur des frais de gestion. Un investisseur qui répliquerait parfaitement l'indice et à moindre coût ferait donc mieux que la moyenne des professionnels. Les trackers permettent désormais ce genre de stratégie, peu coûteuse et performante et cela sur un nombre grandissant de marchés.

Si la moyenne des gestionnaires ne fait pas mieux que leur indice, certains d'entre eux se différencient toutefois par des performances bien supérieures au reste de la classe. Ces bons élèves figurent en tête des classements, affichant, par exemple, cinq étoiles dans la typologie de Standard & Poor's ou de Morningstar.

La surperformance doit être régulière

Ces distinctions récompensent une performance optimale au sein d'une catégorie de fonds sur une période de trois ans. Standard & Poor's utilise comme critère la performance mensuelle moyenne relative à la catégorie divisée par la volatilité de cette performance relative. Un fonds est d'autant mieux classé qu'il a surperformé sa catégorie sur trois ans et que sa surperformance a été régulière. Morningstar évalue, lui, la satisfaction qu'aurait retirée un investisseur hostile au risque de son investissement dans le fonds pendant trois ans. Plus le fonds surperforme un investissement sans risque et moins cette surperformance est volatile, mieux le fonds est noté.

Ces critères de sélection épousent les attentes des investisseurs qui recherchent à la fois la rentabilité et la stabilité, mais de manière purement rétrospective. Or, comme le répètent à l'envi les notices des fonds, les performances passées n'augurent pas des performances à venir.

Forte volatilité des classements

Qu'en est-il des étoiles ? Les classements d'aujourd'hui préjugent-ils des classements de demain ? Les études sur la persistance des performances des fonds tendent à répondre à ces questions par la négative. S'il y a persistance, elle ne serait que sur courte période (de un à deux ans) et concernerait surtout les fonds très peu performants.

Il est certes intéressant de savoir que les mauvais gérants restent mauvais. Il serait toutefois plus réconfortant d'entendre que les gérants performants - et donc bien classés - continuent, eux aussi, sur leur lancée.

Malheureusement, les étoiles des gérants sont souvent filantes. Une étude* parue cette année dans Les cahiers scientifiques de l'AMF montre que les OPCVM français classés 5 étoiles par Standard & Poor's ou Morningstar peuvent quitter la catégorie reine très rapidement. Au bout de deux ans, un fonds initialement classé 5 étoiles n'a pas significativement plus de probabilité d'afficher la plus haute distinction qu'un fonds 4 étoiles. Et au bout de trois ans et demi, il devient statistiquement équivalent à un vulgaire fonds initialement 1 étoile...

Une raison à cette volatilité des classements est que les performances des fonds ne semblent pas liées aux capacités de leurs gérants mais davantage à des facteurs techniques. D'après les études académiques, elles sont surtout dépendantes des frais de gestion et de fonctionnement, de l'effet momentum sur les titres détenus en portefeuille et du style de gestion du fonds.

Ainsi, les fonds aux frais les plus importants tendent à sous-performer leurs pairs de manière durable. L'inertie dans la composition des portefeuilles fait que les gérants qui ont bénéficié de titres très performants continuent d'afficher une rentabilité élevée grâce à la continuation des mouvements de court terme en Bourse.

Enfin, les performances se retournent à moyen terme quand un style jusque-là en vogue (growth ou value) fait place à un autre.

L'autre solution consiste à gérer seul

Pour l'investisseur dont l'horizon se compte en années, le choix d'un gérant sur la base de son classement ponctuel n'offre donc que peu de garanties. Tout au mieux peut-il se résoudre à diversifier le risque sur plusieurs fonds peu gourmands en frais. Ou, s'il a les nerfs solides, continuer d'investir seul en s'astreignant à diversifier son portefeuille et à s'informer régulièrement. Une discipline que ne renieraient pas les professionnels.

* Olivier Garnier et Thierry Pujol, Les étoiles d'aujourd'hui préjugent- elles des étoiles de demain ? Les cahiers scientifiques de l'AMF n° 3 (2007).

MICKAËL MANGOT