Nice a l'ambition de devenir une grande métropole

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« C'est notre seule et dernière cartouche pour que Nice et ses alentours survivent. » Une « OIN » (opération d'intérêt national), sinon rien. Voilà pour le diagnostic de Bernard Nicoletti, qui, après avoir revendu ses parts dans l'entreprise familiale de construction en 1991, est aujourd'hui à la tête d'une holding propriétaire d'hôtels sur la Côte tout en cultivant une douzaine d'hectares de vignes et d'oliviers sur les collines de Nice, dominant la plaine du Var : « l'unique réserve foncière dont les Alpes-Maritimes disposent ». Dix milles hectares qui vont jusqu'aux crêtes, bordant la plaine d'est en ouest, et qui s'étendent de l'embouchure du Var à l'affluent de la Vésubie, au nord.
Le site de la future opération d'intérêt national sera mis à la disposition d'un établissement public d'aménagement « à la fin du premier semestre 2008 », selon le préfet, pour engager une véritable relance économique, suivant un modèle bien éprouvé : 1 euro d'argent public doit générer 3 ou 4 euros d'investissement privé. Cette opération de la dernière chance doit mettre un terme à l'anarchie qui a toujours prévalu.
Tuiles rondes contre grand projet
Jusqu'ici, l'agglomération niçoise n'a pas pu revoir les politiques d'aménagement et les règles d'urbanisme de nature à fluidifier le foncier et à permettre au marché immobilier de ne plus pénaliser l'économie locale. Plus facile à dire qu'à faire. « Depuis dix ans, on fabrique en moyenne 3.500 logements par an dans notre département alors qu'il en faudrait 5.000 », se lamente l'Observatoire immobilier de la Côte d'Azur.
Au terme des exigences de la loi « SRU », il manquerait plus de 15.000 logements sociaux sur la ville de Nice... Mais « chacun voit midi à sa porte et personne n'a envie de brader son terrain, même si l'intérêt collectif est en jeu. Il y a des volontés politiques qui ont contribué à ce que l'on se retrouve peu à peu dans une réserve d'Indiens », révèle Dominique Ivaldi, président de la Fédération départementale du bâtiment.
Comment la hausse de l'immobilier joue-t-elle contre l'économie ? « Les élus sont en permanence écartelés entre l'égoïsme quasi forcené de ceux qui votent et une vision urbanistique à long terme du type de celle de l'OIN », lâche Bernard Nicoletti.
Au plan local, le décalage est effrayant et les enjeux parfois très mal compris. « On se pose encore et toujours la question des couvertures de tuiles rondes. Où est la perspective d'avenir là-dedans en matière d'architecture et d'aménagement ? Je fais un voeu : que les principaux maires et adjoints des grandes villes du département aillent voir ce qui se fait à Dubaï, Hongkong ou Barcelone. Ils décideront ensuite s'ils veulent vivre dans une sous-préfecture ou dans un territoire dont le rayonnement est international », propose Bernard Nicoletti.
A bien des égards, le choix peut paraître aussi simple que cela. Nice n'est pas, en effet, dans la situation de sa voisine Marseille, confrontée avant le lancement d'EuroMéditerranée à d'importantes mutations économiques, à l'existence de friches, d'étalement urbain et de profondes exclusions.
Grâce à sa forte notoriété, la Côte d'Azur constitue un vrai territoire métropolitain qu'il s'agit avant tout d'organiser. « On n'est pas dans une dynamique de la déshérence », souligne Dominique Vian, préfet des Alpes-Maritimes. Ce qu'il manque ? « Une fermeture Eclair qui relie les rives est et ouest du Var. Imaginez, actuellement, un million de personnes, soit la moitié de la population de Paris, reliées par trois ponts ! » Voilà donc le premier enjeu, géographique et logistique, de la transformation de la plaine du Var. Il se répète à l'échelle du département.
Alors que la ligne ferroviaire rapide italienne arrivera à Vintimille en 2012-2015, que feront les trains rapides venant de Rome, Gênes ou Milan, qui voudront se rendre à Barcelone ou Paris ? Il se heurteront au chaînon manquant ferroviaire de la Côte d'Azur, toujours dépendante d'une ligne conçue à l'époque de Napoléon III pour marquer le rattachement à la France. La mise en service de la LGV devra encore attendre 2020 ou 2025... Elle s'inscrit dans une logique sud-européenne qui doit rendre la ville attractive au sein d'une grande région franco-italienne associant Provence-Alpes-Côte d'Azur, la Ligurie et le Piémont. Un peu sur le modèle suivi par Lille en Europe du Nord.
Un pôle d'excellence
D'ici là, l'opération d'intérêt national aura commencé à mettre en pratique les concepts nouveaux qui permettront de mieux gérer la juxtaposition d'activités, d'apporter des solutions en matière de logement, de transport, de maintien d'une agriculture et d'approvisionnement énergétique.
De quelle manière ? D'une part, « l'Europe reconnaît l'importance des villes comme moteur d'une croissance durable », note Dominique Vian. Ce qui n'est pas indifférent au chapitre des financements publics. D'autre part, Sophia-Antipolis, devenue une tête de pont en Europe pour les entreprises et les centres de recherche dans les technologies de l'information, des sciences du vivant, de l'environnement et de la chimie fine, constitue un vrai point d'appui pour ce projet.
Au lieu d'être recroquevillé sur son périmètre, le futur établissement public d'aménagement devrait être un instrument de rayonnement, capable d'engager des collaborations et partenariats, y compris au plan « international », puisque la principauté de Monaco s'est également fortement engagée sur la thématique du développement durable depuis le début du règne du prince Albert.
« Ce qui est intéressant, c'est qu'après avoir proposé à Sophia-Antipolis d'inventer la société de l'information avec des puces, des réseaux, des satellites et des logiciels on va maintenant essayer d'inventer celle du développement durable », explique Philippe Stefanini. Le dirigeant de Team Côte d'Azur* mise sur le fait que les Alpes-Maritimes arrivent en tête du palmarès des territoires les plus ouverts aux nouveaux venus. Radios, journaux, écoles primaires et internationales (4.600 élèves)... « C'est le seul endroit en France où il est possible, dans la vie quotidienne, de parler en anglais et de s'intégrer à la vie locale. Il n'y a pas de meilleur endroit où mettre sur pied des équipes multiculturelles qui caractérisent aujourd'hui les entreprises à vocation mondiale. »
Le rêve serait de voir s'installer un de ces géants qui, à l'exemple de General Electric, ont signé le protocole de Kyoto. L'équivalent pour la plaine du Var de ce que furent, à l'époque, IBM et Texas Instrument à Sophia-Antipolis. Des aiguillons pour un foisonnement d'idées qui a débouché sur la première technopole internationale d'Europe.
On aura alors réinventé le monde dans un jardin, comme lorsque à l'époque du roi Léopold, qui avait boisé le cap Ferrat, on avait su rassembler les attraits touristiques du monde entier à travers un jardin d'Eden. Et la boucle sera bouclée.
Si la municipalité n'a toujours pas les moyens de financer les équipements d'une ville capitale, elle s'investit néanmoins dans ce rôle pour décrocher le titre de capitale européenne de la culture en 2013 sur les thèmes de l'imagination, l'humour, la surprise et l'élégance. Comme un écho aux propos du préfet, citant JFK, au sujet de l'opération d'intérêt national : « Demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays et non ce que votre pays peut faire pour vous. » Chacun a, semble-t-il, bien compris son intérêt.
* La structure de promotion économique du département et de la CCI (3,7 millions d'euros de budget en 2006).
