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Les entreprises sont de plus en plus généreuses avec leurs actionnaires

17/11/2007 00:00 - JDF

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Les entreprises françaises prennent soin de leurs actionnaires et n'hésitent plus à partager avec eux les bénéfices records qu'elles engrangent. Ainsi, sur les quelque 100 milliards d'euros de profits réalisés par les sociétés du CAC 40 l'année dernière, 39 milliards ont été redistribués par le biais de rachats d'actions et de dividendes, selon les données de la lettre Vernimmen.

Rien d'étonnant toutefois. De fait, la croissance bénéficiaire a été soutenue ces dernières années : elle a atteint 12 % l'an passé pour les 40 valeurs vedettes de la place parisienne. Par ailleurs, les excès du passé ont été gommés et les bilans sont aujourd'hui très sains. Enfin, les sociétés cotées en Bourse se doivent de satisfaire les exigences croissantes de retour sur investissement exprimées par leurs actionnaires, et notamment par les investisseurs étrangers, fonds de pension en tête. Des investisseurs dont le poids ne cesse d'augmenter : selon les données de la Banque de France, les non-résidents détenaient 46,2 % des actions du CAC 40 à fin décembre 2006, contre 42 % fin 2002. De manière générale, la structure actionnariale d'une société influe fortement sur sa politique de rémunération de l'actionnaire. Ainsi, les fonds d'investissement militent souvent pour le versement de dividendes exceptionnels ou pour la mise en place d'un taux de distribution élevé, afin de faire remonter rapidement du cash. L'an dernier, Accor a par exemple versé un dividende exceptionnel de 1,5 euro (en plus du dividende ordinaire de 1,45 euro, qui faisait déjà ressortir un taux de distribution de 63 %), sous la pression du fonds Colony Capital, qui détient 10,3 % de son capital. L'Etat actionnaire, qui doit trouver des fonds pour renflouer les finances publiques, peut également jouer un rôle déterminant. Il vient d'ailleurs de demander à EDF de verser un acompte sur son dividende 2007.

Sur les 39 milliards d'euros retournés aux actionnaires du CAC  40 l'an dernier, les programmes de rachats d'actions, soumis à leur vote en assemblée générale, ont représenté 7,9 milliards. A elles seules, trois sociétés ont réalisé les deux tiers de ces rachats d'actions : Total (à hauteur de 3,5 milliards d'euros), L'Oréal et BNP Paribas (pour 1 milliard chacun). La multiplication de ces programmes au cours des derniers mois n'est toutefois pas toujours vue d'un très bon oeil. Bien entendu, le procédé a un impact positif sur le résultat net par action, les titres rachetés étant annulés. Il prouve aussi que la société considère que son cours de Bourse constitue une opportunité d'achat. Mais il met également en lumière le manque de projets stratégiques d'une entreprise (investissements dans l'outil industriel, développement sur de nouveaux marchés, opérations de croissance externe...). D'ailleurs, de nombreux observateurs commencent à s'impatienter et à demander une allocation plus constructive des ressources financières.

Heureusement, les sommes allouées aux programmes de rachats restent encore limitées, en comparaison avec celles consacrées aux dividendes : 31 milliards d'euros en 2006, soit une hausse de 30 % en un an. Des chiffres qui témoignent du traitement de faveur accordé aux actionnaires. Tout d'abord, les dividendes qui leur sont payés dépassent de loin les frais financiers remboursés aux créditeurs. Selon les estimations du cabinet Ricol, Lasteyrie & Associés, ceux-ci n'ont en effet représenté que 16 milliards d'euros l'an passé (pour le CAC 40), soit deux fois moins que le montant des coupons.

Par ailleurs, la progression des dividendes a été bien plus forte que celle des profits (respectivement 30 % et 12 %). Cela a donc entraîné une hausse du taux de distribution (pay-out ratio), qui frôle 40 % pour le CAC 40. Surtout, le rendement moyen de l'indice atteint désormais un niveau attrayant : il est ressorti à 2,7 % en 2006 et, sur la base des estimations de dividendes du Journal des Finances pour 2007, il devrait se monter à 2,9 % cette année.

Un état de fait favorable aux actionnaires, mais qui met en lumière une certaine dérive du système. L'an dernier, les sociétés françaises ont rendu plus d'argent à leurs actionnaires - 39 milliards d'euros, donc, pour les seules sociétés du CAC 40 - qu'elles ne leur en ont demandé. Selon les données Euronext, les entreprises cotées à Paris ont au total levé 37,5 milliards d'euros: 9,7 milliards sur le marché primaire (introductions en Bourse), et 27,8 milliards sur le marché secondaire (augmentations de capital, obligations convertibles...).

MARIANNE DI MEO