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Les biotechs séduisent les grands laboratoires

17/11/2007 00:00 - JDF

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Biotech. Une abréviation déroutante pour une réalité complexe : la biotechnologie est fondée sur la production ou la transformation de molécules non pas à base de principes chimiques, mais à partir d'organismes biologiques vivants (cellules, gènes, bactéries...). Ces procédés permettent des avancées dans des domaines de pointe aux besoins encore insatisfaits (cancers, vaccins, immunothérapies...).

Depuis les premières biotechs américaines créées à la fin des années 1970 (Genentech, Biogen, Amgen), le secteur s'est progressivement structuré. Aujourd'hui, c'est une véritable industrie qui a généré 89 milliards de dollars de revenus en 2006, dont 80 % aux Etats-Unis. Et selon la société de gestion Pictet, la croissance annuelle devrait rester supérieure à 20 % dans les années à venir, soit quatre fois plus que celle du marché pharmaceutique. Quant à la capitalisation du secteur, elle a tout simplement décuplé en dix ans.

Les premiers bénéfices n'interviennent qu'au bout de douze à seize ans

Cet engouement pour les biotechs n'a pourtant rien d'évident. Ces petites sociétés, spécialisées sur des niches thérapeutiques complexes, doivent financer des années de recherches intensives plus ou moins couronnées de succès avant d'engranger leurs premiers profits. Même une fois cotées en Bourse, elles ne prévoient souvent leurs premiers bénéfices qu'à un horizon de cinq ans ! Au total, le cycle de développement d'une molécule dure de douze à seize ans, pour un coût moyen de 800 millions d'euros. Conséquence : « pour une biotech, le cash constitue le nerf de la guerre, indique Gérard Pontonnier, analyste chez Euroland Finance. Sans lui, impossible de mener à bien le développement d'un médicament pour ensuite négocier des partenariats lucratifs avec les laboratoires ».

C'est là le principe de base du développement d'une biotech : attirer l'attention d'un géant de la pharmacie, qui pourra injecter des liquidités complémentaires sous forme de paiement initial puis de « versements d'étape » pour assurer la poursuite des recherches, notamment les tests à grande échelle, avant de commercialiser le médicament. En retour, la biotech recevra des « royalties » sur les revenus engrangés - 10 à 30 % des ventes en moyenne. Un cycle vertueux mais encore très hasardeux. En 2003, l'arrêt brutal du partenariat signé par Nicox avec AstraZeneca, peu satisfait des résultats d'études cliniques de la biotech, a fait plonger le cours de cette dernière de... 80 % en une séance. A l'inverse, le français Transgène a signé en mars avec Roche un accord prometteur en vue de commercialiser un vaccin contre le cancer du col de l'utérus (lire page 10). Pour pallier les risques inhérents à ce métier, les biotechs diversifient leurs projets de recherche. Et le secteur s'organise : en 2007 ont eu lieu les deux premières opérations de rapprochement entre biotechs.

Les rachats par des laboratoires se multiplient

L'évolution des pratiques du secteur pharmaceutique constitue également un soutien important. De plus en plus de laboratoires sont confrontés à une pénurie de recherche- développement (R&D). « Face à la mondialisation de leurs marchés et à l'appauvrissement de leur pipeline, les grands groupes ont dû recentrer leurs ressources sur le marketing et la commercialisation, explique Gérard Pontonnier. Et les mouvements de rapprochement entre laboratoires ont conduit à des départs au sein des équipes de R&D. » Les biotechs permettent dès lors aux laboratoires de renouveler leurs portefeuilles. « Plus de 50 % des molécules actuellement développées par les laboratoires proviennent de la biotech », précise Rodolphe Besserve, analyste à la Société Générale. Au passage, ces pratiques atténuent la menace des génériques, car les médicaments issus du vivant sont moins facilement « copiables » que leurs prédécesseurs chimiques.

Autre atout pour les biotechs : la concurrence accrue entre laboratoires pousse ces derniers à s'inviter de plus en plus tôt dans le processus de développement des molécules (voir illustration). Sans s'en tenir au schéma classique « paiements d'étape-royalties », les géants de la pharmacie n'hésitent plus à mettre leur savoir-faire technologique et financier au service de projets prometteurs. Et la tendance au rachat de biotechs s'accélère. Le suisse Roche, qui avait racheté dès 1990 l'américain Genentech, fait figure de vétéran.

Depuis, ses concurrents lui ont presque tous emboîté le pas, avides de s'emparer de produits dont ils pourront ensuite revendiquer la paternité intellectuelle. A tel point que le français Sanofi-Aventis, l'un des derniers à ne pas disposer de « sa » biotech, est régulièrement pointé du doigt. La flambée des valorisations souligne l'enjeu de ce processus. Selon Pictet, les primes de rachat se situaient entre 50 et 70 % en 2006. Et la dernière opération en date, le rachat de Medimmune par AstraZeneca, valorisait la cible 10 fois ses revenus et 70 fois ses bénéfices !

La prudence s'impose

Le rapport de forces entre biotechs et laboratoires semble donc lentement s'inverser. La levée de 350 millions d'euros effectuée par Nicox cette année ne lui permet-elle pas d'achever seul le développement de son médicament phare, l'anti-inflammatoire Naproxcinod, le plaçant en position de force pour négocier avec les laboratoires qui voudront en profiter ?

Ce contexte faste, associé à des levées de fonds plus faciles depuis deux ans, explique la multiplication des introductions en Bourse de biotechs. En France, la création d'Alternext a accéléré le processus : quatre des onze sociétés cotées à Paris le sont sur ce marché et une cinquième devrait les rejoindre prochainement.

Pas question, pour autant, de céder à l'euphorie et de voir dans les biotechs le nouvel eldorado d'un secteur pharmaceutique chahuté. Particulièrement volatils, les dossiers conservent un aspect spéculatif qu'il est impératif de prendre en compte. « Deux conditions me semblent nécessaires pour investir dans une biotech, estime Rodolphe Besserve. La société doit disposer d'au moins une molécule en phase de développement avancée (phase II) et avoir, dans l'idéal, signé un partenariat avec un grand laboratoire. »

Des gages de visibilité qui permettent de pallier une valorisation délicate à déterminer.

DOSSIER RÉALISÉ PAR AUDREY TONNELIER