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Le village Gallois

13/10/2007 00:00 - JDF

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On se trouve les prophètes que l'on mérite. A un moment la droite ne jurait plus que par Jean Peyrelevade, autoproclamé sauveteur du Crédit Lyonnais, et adoubé économiste en chef de François Bayrou. Triste destin quand on y songe !

Aujourd'hui c'est Louis Gallois qui joue le rôle du prophète en son pays. Chacune de ses phrases, et Dieu sait si cet homme est économe de ses pensées, est devenue parole d'évangile, surtout pour les parlementaires UMP. Le président d'EADS a donc déclaré qu'il allait mettre fin à toutes les stock-options au sein de l'entreprise qu'il dirige au profit d'une distribution d'actions gratuites.

Ce n'est pas à proprement parler une innovation dans la mesure où beaucoup de sociétés anglo-saxonnes ont opté pour ces « attributions annuelles » qui sont davantage des bonus que des volontés d'associer durablement le personnel au capital de l'entreprise.

Mais si on prend la peine de pousser la réflexion un peu plus loin - ce que ne manqueront pas de faire les parlementaires -, ce sera pour eux l'occasion de se rappeler que les stock-options ne sont rien d'autre qu'une donation faite par les actionnaires au profit des salariés, de manière à ce que les intérêts de ces deux catégories convergent. Ce qui est fondamentalement assez sain et qui a produit bien plus de richesse que d'enquêtes pour délit d'initié.

Louis Gallois, qui va avoir besoin de toute sa trésorerie pour financer le développement de l'A380, puis de l'A350, devrait en revanche réaliser que l'attribution d'actions gratuites consiste pour l'entreprise à racheter ses propres titres aux dépens de son cash, donc de ses investissements futurs, et donc de sa stratégie de développement.

Mais, pire que cela, elle transforme les actions, qui sont des titres de propriété dans une entreprise, en une sorte d'« acquis social » dépourvu de tout caractère aléatoire et donc de toute incitation à créer de la richesse. Louis Gallois est un formidable chef d'entreprise, humaniste, performant et irréprochable, mais il est davantage un grand commis de l'Etat qu'un « créateur de richesse ». Or ce dont la France a le plus besoin aujourd'hui, c'est de vrais créateurs de richesse, qui n'ont pas peur de ce mot, qui veulent profiter du chaos destructif du capitalisme schumpeterien pour gagner le plus d'argent possible et en faire gagner à la collectivité, c'est-à-dire à leurs salariés, à leurs partenaires, voire à l'Etat. Encore faut-il que celui-ci ne sombre pas à nouveau dans la législation de circonstance et dans les mesures rétrogrades.

PAR YVES DE KERDREL