Spéculations sur une alliance entre Areva, Alstom et Bouygues

-
L'ouverture du capital d'Areva est à nouveau au centre des scénarios et des hypothèses de la semaine. Cette question est cruciale pour le groupe, qui a un besoin financier considérable, afin de sécuriser ses approvisionnements en nucléaire et de favoriser son développement dans les énergies sans dioxyde de carbone.
Selon une information parue mardi 11 septembre dans Les Echos, autour de l'Agence des participations de l'Etat, le cabinet de conseil McKinsey et la banque HSBC ont été mandatés par l'Elysée pour travailler sur l'avenir du groupe nucléaire français. Le porte-parole de l'Elysée, David Martinon, a ensuite confirmé « une réflexion stratégique à long terme » sur la filière énergétique.
Il n'y aurait pas d'urgence, donc, car les enjeux dépassent le cadre purement industriel et que le dossier Areva éveille les appétits de différents acteurs, aux intérêts divergents.
Alstom et Bouygues sont les deux premiers intéressés. L'une des hypothèses envisagées dans une note publiée par le Commissariat à l'énergie atomique cet été serait la fusion entre Alstom et Areva. Cette hypothèse satisferait Bouygues, qui détient déjà 25 % du capital d'Alstom. Selon Le Canard enchaîné, si ce scénario était réalisé, Bouygues prendrait 35 % de la holding de tête, l'Etat garderait 18 % et le reste serait placé en Bourse.
Pour financer cette acquisition, la vente de Bouygues Télécom serait une option pour le groupe. Celle-ci n'est pour l'instant pas à l'ordre du jour, mais le récent renforcement de Bouygues dans sa filiale de téléphonie (en reprenant 6,5 % du capital contrôlé par BNP Paribas) pourrait lui permettre une cession plus rapide et plus rentable.
Pour l'instant, Bouygues n'a confirmé aucune de ces hypothèses. Martin Bouygues reste intéressé par le dossier, mais pas dans le cas d'une participation minoritaire dans un capital dilué. Cependant, un éventuel rapprochement entre Areva et Alstom irait clairement à l'encontre des projets d'Anne Lauvergeon. Forte d'un partenariat avec Mitsubishi, la présidente du groupe nucléaire refuse d'enfermer Areva dans un schéma purement franco-français. Le groupe travaille en effet déjà avec Siemens, qui détient 34 % du capital d'Areva NP, la filiale de construction des centrales nucléaires. De plus, la stratégie d'Anne Lauvergeon est de créer un grand groupe d'énergies sans dioxyde de carbone, ce qui se conçoit mal avec les activités de centrales à charbon d'Alstom. La présidente d'Areva serait donc favorable à une entrée d'autres acteurs dans le groupe. Siemens serait alors prêt à échanger sa participation dans Areva NP contre une part dans la holding de tête (de l'ordre de 8 à 10 %).
En tout état de cause, le fond du dossier est purement politique et la volonté de l'Etat français guidera l'évolution à venir. Nicolas Sarkozy, proche de Martin Bouygues et d'Anne Lauvergeon, devra ménager les intérêts de chacun. Et, dans un contexte franco-allemand très tendu, il continue de souhaiter une maîtrise complètement française de l'énergie nucléaire, où la participation de Siemens pose problème.
L'Etat se laisse donc le temps d'étudier toutes les hypothèses, mais les spéculations sur l'ouverture du capital d'Areva ont dynamisé les cours des trois principales entreprises concernées par le dossier. Le jour de la parution de l'article des Echos, l'action Alstom a pris 6,47 %, celle de Bouygues 3,41 % et celle d'Areva 2,62 %.
