Les plus gros potentiels de gains sont toujours dans les pays émergents

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Dans la crise, les marchés émergents ont conservé leur avantage sur les économies développées, auxquelles ils restent étroitement corrélés.
LE JOURNAL DES FINANCES. Les actions émergentes sont-elles toujours décorrélées par rapport aux valeurs de pays industrialisés ?
Vincent Strauss : La décorrélation des marchés émergents est un mythe car leur développement est historiquement lié à celui des pays développés, cependant le lien est moins important maintenant. Les excédents commerciaux considérables de ces pays subventionnent le consommateur américain, car les Etats-Unis paient leurs fournisseurs en « papier » ; nous avons là une source importante de la création de liquidités mondiales. La croissance dans les grands pays comme la Chine, le Brésil ou l'Inde aurait été vraisemblablement inférieure si la croissance monétaire mondiale avait été plus raisonnable.
Bruno Vanier : Cela revient à se demander si la consommation américaine ne reste pas le principal moteur de croissance du monde émergent. C'est le cas depuis longtemps. La surconsommation américaine bénéfice aux exportateurs chinois, indiens et autres, ce qui tire la croissance et contribue à la hausse des matières premières. De ce point de vue, il y a toujours corrélation économique. Cependant, ce qui est nouveau depuis quelques années, c'est l'émergence d'une classe moyenne. Le consommateur chinois commence à émerger, il en va de même pour les Indiens et cela semble être le cas au Brésil. C'est un élément de décorrélation à long terme.
Philippe Guigny : A court terme, les marchés de pays industrialisés et de pays en voie de développement ne sont pas décorrélés. Mais nous percevons des différences de comportement sur le moyen et le long terme.
Guillaume de Corbiac : Notre approche est essentiellement centrée sur les entrepreneurs. Nous faisons confiance aux hommes et aux femmes investis dans le capital de leur société et ayant fait leurs preuves, que ceux-ci viennent de pays dits développés ou émergents. Or, notre univers devient de plus en plus global. Les dirigeants des pays en développement n'hésitent plus aujourd'hui à conquérir des parts de marché partout dans le monde. Le cas des indiens Mittal ou Tata est assez célèbre. Mais qui connaît vraiment Vijay Mallya, qui vient de racheter une fameuse distillerie de whisky écossais, Li Ka-Shing, qui a acquis le parfumeur français Marionnaud, ou Anand Mahindra qui fabrique la Logan de Renault pour le marché indien ?
LE JOURNAL DES FINANCES. L'impact de la crise des subprimes sur les pays émergents vous semble-t-il exagéré ?
Philippe Guigny : la crise des subprimes a concerné, en premier lieu, l'économie américaine, puis elle s'est diffusée financièrement un peu partout, ce qui a provoqué des turbulences sur l'ensemble des marchés, y compris sur ceux des pays émergents. La corrélation à court terme existe bien. A moyen et long terme, les fondamentaux économiques reprennent le dessus, si bien que les marchés émergents devraient continuer à surperformer les marchés développés.
Bruno Vanier : Soit cette crise aura un impact limité sur la croissance économique du monde développé, et c'est le scénario du « soft landing », déjà amorcé aux Etats-Unis. Les conséquences sur les marchés émergents seraient alors négligeables. Soit l'impact de cette crise sera profond et aura comme conséquence une récession américaine. Dans ce cas, les marchés émergents souffriront. Mais n'oublions pas que cette crise est essentiellement obligataire.
Vincent Strauss : Il me semble surtout que les marchés de la dette un peu partout dans le monde sont stupidement surévalués : dette publique, « corporate » ou émergente. Les investisseurs et les banquiers ont fait preuve d'une crédulité invraisemblable en achetant des montants considérables de fausse dette AAA. La crise du suprime masque en fait une crise globale de la dette, elle est la partie émergée de l'iceberg.
LE JOURNAL DES FINANCES. Le niveau de valorisation des actions émergentes est-il encore intéressant ?
Philippe Guigny : Les investisseurs étrangers ont principalement accès aux actions chinoises cotées à Hongkong, dont la valorisation reste attrayante. Sur les autres marchés, comme le Brésil, l'Inde et la Russie, les actions se trouvent à des niveaux de valorisation plus raisonnables, avec une croissance bénéficiaire de 15 à 25 % et avec des cours de 10 à 17 fois les bénéfices. Les fondamentaux macroéconomiques de ces pays sont plutôt bons. Et tant que le renminbi ne monte pas trop vite, les monnaies des autres pays émergents restent sur une pente ascendante modeste. Elles sont pratiquement toutes sous-évaluées. Nous ne nous attendons donc pas à une baisse prononcée de ces marchés.
Bruno Vanier : La liquidité mondiale va probablement être moins abondante qu'elle ne l'était ces cinq dernières années. Cette nouvelle donne devrait influencer plus fortement la dette que les actions, dont les multiples de valorisation sont très raisonnables au regard des perspectives de croissance bénéficiaire. A 14 fois les bénéfices pour une croissance estimée à près de 15 %, le risque nous paraît bon à prendre.
Philippe Guigny : Au plus haut, le 24 juillet, les marchés émergents avaient gagné 28,5 % en dollars depuis le début de l'année alors que l'indice MSCI monde progressait de 10,6 %. Dans la baisse, les marchés émergents ont reculé de 6 % au 3 septembre, contre un repli de 4 % pour les marchés industrialisés. La performance globale des pays émergents sur l'année reste supérieure de 13 %. La crise sur les subprime loans n'a pas trop pénalisé les places émergentes. Dans un deuxième temps, il faudra analyser les conséquences de cette crise sur la consommation des Américains et sur les exportations des pays émergents.
LE JOURNAL DES FINANCES. Les échanges intra-régionaux, notamment en Asie et en Amérique latine, vous semblent-ils suffisamment puissants pour atténuer le ralentissement de l'économie américaine ?
Philippe Guigny : Ce ne sont pas tant les échanges intrarégionaux, placés dans le cadre de la redistribution de la chaîne de production internationale, que la montée de la demande domestique de grands pays en voie de développement qui apporte un soutien à la croissance mondiale. Cela limitera l'impact négatif de la baisse de la consommation aux Etats-Unis. La population de la Chine est de 1,3 milliard d'habitants, celle de l'Inde de 1,2 milliard et celle de l'Indonésie de 250 millions.
Guillaume de Corbiac : Les échanges intrarégionaux sont une opportunité incomparable pour les entrepreneurs les plus réactifs. Nous avons repéré en Israël des entrepreneurs dans le secteur de l'agroalimentaire, des énergies alternatives ou de la mode, qui se développent rapidement hors de leur territoire. En Turquie, de grandes familles exportent des quantités impressionnantes de marchandises vers l'Europe de l'Est, la Russie ou le Moyen-Orient.
Vincent Strauss : Les échanges régionaux se développent. Globalement, le niveau de consommation est faible dans les marchés émergents, en revanche, les dépenses d'investissement (aéroports, électricité, autoroutes, etc.) soutiennent activement la croissance.
Bruno Vanier : La hausse des échanges intrarégionaux cache quelques fois une spécialisation grandissante des « Etats usines ». Il faut donc analyser ces chiffres avec une grande prudence. Cela dit, on assiste partout dans le monde émergent à une croissance forte de la demande finale (consommation des ménages et dépenses d'infrastructures de plusieurs centaines de milliards de dollars en Inde et en Chine). Cela est très positif et va permettre d'atténuer le ralentissement américain.
LE JOURNAL DES FINANCES. Arrive-t-on à un palier dans le développement des marchés émergents, leur population ayant besoin de temps pour s'adapter aux évolutions culturelles et techniques ?
Guillaume de Corbiac : Nous sommes convaincus que les pays qui s'en sortiront le mieux à long terme seront ceux qui auront fait le plus de place à des entrepreneurs responsables et engagés, capables de s'attaquer aux formes de domination de la population, comme les cartels ou les industries polluantes, grâce à des solutions de développement innovantes. En tant qu'investisseurs, nous voulons participer à ce mouvement.
Vincent Strauss : Nous assistons plutôt à l'accélération de la vitesse d'adaptation sur les pays les plus en pointe. A la fin du xixe siècle, il fallait, en France et au Royaume-Uni, près de cinquante ans pour doubler le PNB par habitant, puis les Japonais y sont parvenus en vingt-cinq ans, et, maintenant, les Chinois le réalisent en six ou sept ans. Le développement économique s'accélère dans le temps. Personne ne s'attendait à ce que l'Inde rattrape aussi rapidement son retard sur ses voisins. La croissance économique du pays s'élève à 9 %.
Philippe Guigny : Les contraintes culturelles et techniques existent, mais certaines naissent du développement lui-même, comme la pollution. Si cette contrainte devient trop importante, elle imposera dans un premier temps un ralentissement. Ainsi, les autorités de Pékin ont expérimenté la circulation des automobiles un jour sur deux pour faire baisser la pollution, en vue de la préparation des jeux Olympiques.
Bruno Vanier : La Chine et l'Inde ont actuellement des taux de croissance jamais vus, même si les statistiques chinoises ne sont pas toujours très fiables. Les actions des banques centrales chinoise et indienne ont pour objectif de calmer cette croissance, car elle pourrait générer des goulots d'étranglement, que ce soit du côté des infrastructures ou des matières premières, ce qui conduirait à ralentir le rythme. La pollution est un point important, notamment le manque d'eau. Le développement durable prend de la consistance et nous conduit à investir dans les sociétés en croissance forte les moins polluantes. Nous ne prenions pas en compte ces éléments il y a quatre ou cinq ans.
LE JOURNAL DES FINANCES. Estimez-vous nécessaire de faire évoluer votre allocation régionale ? Ou vont vos préférences ?
Philippe Guigny : Notre exposition était plutôt acheteuse sur le secteur des télécoms et celui de l'énergie, dont le prix devrait se maintenir à un niveau relativement élevé, alors que la demande continue à être assez forte. Nous n'allons donc pas changer notre allocation à la suite de la crise des subprimes.
Bruno Vanier : Anticipant une hausse des devises émergentes, nous sommes depuis longtemps surpondérés sur les valeurs domestiques qui dépendent de la demande intérieure. Nous étions également fortement investis sur les matières premières, notamment l'acier. Ces positions n'ont pas changé au mois d'août et ont même été renforcées dans la tourmente. En revanche, nous avons allégé nos investissements sur les financières, notamment sur les banques de Singapour, pourtant jugées comme faisant partie des plus sûres. Par prudence, nous préférons nous tenir à l'écart du secteur, dans le cas où les banques dévoileraient des expositions sur des emprunts à risque. Nous avons également réduit nos positions, déjà faibles, sur les valeurs technologiques.
Guillaume de Corbiac : Notre allocation régionale est le fruit de notre sélection de valeurs. Nous restons principalement positionnés sur le Brésil, l'Inde, la Chine, ainsi que sur la Corée, pour sa créativité. Nous avons également investi dans des entrepreneurs talentueux en Malaisie, à Singapour, au Mexique et en Afrique du Sud. Nous avons peu d'entrepreneurs dans le pétrole. Nous sommes plutôt investis sur des leaders du secteur des énergies alternatives.
Vincent Strauss : La rotation de nos portefeuilles est très faible chez Comgest ; nos portefeuilles étaient et resteront défensifs sans considération pour les indices. Beaucoup de valeurs exportatrices étaient extrêmement chères dans les pays émergents il y a une dizaine d'années : ce n'est plus le cas aujourd'hui, et des valeurs comme Embraer (aéronautique) ou Weg (moteurs) nous semblent bon marché.
Leurs valeurs préférées
PHILIPPE GUIGNY
Brasil Telecom
Pour le thème de la restructuration dans le secteur de la téléphonie fixe au Brésil, pour la faible valorisation et le fort rendement du titre.
Petrobras
Cette pétrolière brésilienne pour sa faible valorisation, alors que le groupe bénéficie d'une forte demande.
Reliance Communication
Deuxième opérateur de téléphonie mobile en Inde, qui vient d'enregistrer un nouveau record de prises d'abonnements en août. Ses perspectives de croissance sont excellentes car le taux d'équipement des ménages reste faible (20 %).
BRUNO VANIER
China Mobile (Chine)
Plus gros opérateur mondial de téléphonie mobile et donc premier opérateur chinois du secteur.
Li & Fung (Hongkong)
Société spécialisée dans le métier de la logistique import-export. Elle est leader dans son secteur et exporte partout dans le monde. Elle gagne beaucoup de parts de marché par rapport à une concurrence moins affûtée et grâce à sa technicité.
Golden Agri-Resources (Indonésie)
La plus grande plantation d'huile de palme au monde.
GUILLAUME DE CORBIAC
Chadoa Modern Agriculture
Son fondateur, Kwok Ho, s'appuie sur un réseau d'agriculteurs modestes pour développer cette société qui est devenue l'un des principaux producteurs de fruits et légumes chinois.
United Breweries
Vijay Mallya, le Richard Branson indien, a regroupé ses nombreuses activités sous une marque populaire, Kingfisher, au sein de cette holding cotée en Bourse.
Aspen Pharma
Créateur de cet important groupe pharmaceutique sud-africain, Stephen Saad se bat contre les grands laboratoires internationaux pour permettre à ses compatriotes d'accéder aux meilleurs traitements.
VINCENT STRAUSS
Souza Cruz
Position dominante au Brésil dans les cigarettes, filiale du groupe BAT, Souza Cruz est également un important exportateur de feuilles de tabac de qualité.
Weg
Fabricant de moteurs à forte valeur ajoutée qui bénéficie d'un management remarquable et a réussi à augmenter sa part de marché en dépit de la remontée de la monnaie brésilienne.
Sadia
Un des plus importants producteurs de viande au monde (porc, poulet) : le groupe bénéficie d'un approvisionnement à bas coût de protéines végétales qu'il transforme en protéines animales.
Leurs valeurs préférées
PHILIPPE GUIGNY
Brasil Telecom
Pour le thème de la restructuration dans le secteur de la téléphonie fixe au Brésil, pour la faible valorisation et le fort rendement du titre.
Petrobras
Cette pétrolière brésilienne pour sa faible valorisation, alors que le groupe bénéficie d'une forte demande.
Reliance Communication
Deuxième opérateur de téléphonie mobile en Inde, qui vient d'enregistrer un nouveau record de prises d'abonnements en août. Ses perspectives de croissance sont excellentes car le taux d'équipement des ménages reste faible (20 %).
BRUNO VANIER
China Mobile (Chine)
Plus gros opérateur mondial de téléphonie mobile et donc premier opérateur chinois du secteur.
Li & Fung (Hongkong)
Société spécialisée dans le métier de la logistique import-export. Elle est leader dans son secteur et exporte partout dans le monde. Elle gagne beaucoup de parts de marché par rapport à une concurrence moins affûtée et grâce à sa technicité.
Golden Agri-Resources (Indonésie)
La plus grande plantation d'huile de palme au monde.
GUILLAUME DE CORBIAC
Chadoa Modern Agriculture
Son fondateur, Kwok Ho, s'appuie sur un réseau d'agriculteurs modestes pour développer cette société qui est devenue l'un des principaux producteurs de fruits et légumes chinois.
United Breweries
Vijay Mallya, le Richard Branson indien, a regroupé ses nombreuses activités sous une marque populaire, Kingfisher, au sein de cette holding cotée en Bourse.
Aspen Pharma
Créateur de cet important groupe pharmaceutique sud-africain, Stephen Saad se bat contre les grands laboratoires internationaux pour permettre à ses compatriotes d'accéder aux meilleurs traitements.
VINCENT STRAUSS
Souza Cruz
Position dominante au Brésil dans les cigarettes, filiale du groupe BAT, Souza Cruz est également un important exportateur de feuilles de tabac de qualité.
Weg
Fabricant de moteurs à forte valeur ajoutée qui bénéficie d'un management remarquable et a réussi à augmenter sa part de marché en dépit de la remontée de la monnaie brésilienne.
Sadia
Un des plus importants producteurs de viande au monde (porc, poulet) : le groupe bénéficie d'un approvisionnement à bas coût de protéines végétales qu'il transforme en protéines animales.
