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Une crise de l'information sur les risques

01/09/2007 00:00 - JDF

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Quel est l'enjeu réel des événements qui agitent en ce moment les marchés ? Pas le marché immobilier américain : même si certains établissements ont placé plus de prêts immobiliers qu'il n'auraient dû, cela ne suffit pas à expliquer la violence des mouvements de ces dernières semaines. Le coeur de la tempête est en fait une crise de l'information, et plus précisément de l'information sur les risques.

Depuis un mois, le marché a fait tomber ses sanctions sans pitié là où cette information lui a semblé manquer de fiabilité, comme s'il se prenait à douter de son propre système nerveux. Cela a notamment été le cas partout où la structuration des dettes a conduit à tronçonner le risque à un degré qui ne permettait plus de le suivre à travers la chaîne des intermédiaires, comme pour le subprime mais aussi pour les grandes opérations de LBO ou de financement de projets, qui connaissent actuellement un quasi- tarissement. Là où le marché donnait aux acteurs le bénéfice du doute, à présent il ne croit plus que ce qu'il voit et comprend.

Le déficit d'information a inquiété les marchés

Ce syndrome de saint Thomas ressemble à celui qui avait fait chuter sévèrement les cours des actions en 2001-2002, lorsque les soupçons sur les pratiques comptables avaient touché même les groupes les plus établis comme GE ou IBM, jusqu'à ce que les investisseurs se convainquent que l'exemple d'Andersen et la loi Sarbanes-Oxley conduiraient à une information financière de meilleure qualité.

Il se passe quelque chose de comparable en ce moment, sauf que l'information qui est en cause porte sur le risque, et non sur la valeur des actifs et passifs comme dans le cas d'Enron, WorldCom et autres Parmalat. Or cette information se laisse difficilement standardiser, et la confiance est donc encore plus délicate à rétablir.

Certes, en apportant plus de transparence sur les dérivés, la norme IAS 39 tant décriée en 2003-2004 aide actuellement le marché à se faire une opinion sur les bilans bancaires. Mais sa pratique est encore très imparfaitement stabilisée, et de toute manière les risques se laissent mal capturer par des normes comptables qui servent avant tout à produire un instantané à la date de clôture, alors que le risque s'apprécie dans la durée.

La sophistication croissante des chaînes de traitement des aliments a imposé une « traçabilité » qui n'avait pas lieu d'être dans les périodes antérieures. De même, la complexification des circuits de traitement des risques doit se traduire par une augmentation de la qualité d'information à leur sujet.

Le marché avait pris l'habitude de s'appuyer sur les agences de notation pour accomplir ce rôle de démêlage et de certification, mais elles se sont laissé distancer par la rapidité des transformations, plus encore sans doute que par leurs indéniables conflits d'intérêts.

Un arrêt du développement des produits structurés, qui répondent à une exigence concrète d'efficacité économique et de partage du risque, ne serait pas souhaitable. Mais il faudra trouver de nouveaux moyens de traiter l'information correspondante et de la restituer sous une forme qui puisse être utilisée avec confiance. L'un des enjeux clés des prochaines années sera de déterminer comment fournir aux investisseurs cette information dont ils ont besoin pour s'y retrouver dans ce paysage du risque auquel l'innovation financière ne cesse d'ajouter de nouvelles dimensions.

* Economiste au centre Bruegel à Bruxelles (www.bruegel.org) et associé de la société de conseil Ecif.

Par Nicolas Véron *