Cyril Julliard, président d'Eraam : « La gestion alternative doit être jugée sur un cycle de 12 à 36 mois »

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Les fonds alternatifs semblent de plus en plus corrélés aux fonds traditionnels. Comment expliquez-vous cette évolution ?
Il ne faut pas oublier que les hedge funds sont investis sur des supports financiers tels que les actions et obligations, si bien qu'ils ne peuvent pas être totalement décorrélés des classes d'actifs traditionnels. Ainsi, en mai 2006, la Bourse avait chuté de manière significative et les fonds de fonds alternatifs avaient baissé aussi, mais avec moins d'ampleur. Sur courte période, on peut observer une similitude de comportement. Cependant, sur une période plus longue, les fonds de fonds auraient stabilisé leur valeur liquidative. Ainsi, nous avons une décorrélation dans les longues périodes de baisse parce que la gestion alternative protège le capital. La gestion alternative ne doit pas être jugée sur un cycle d'un mois ou de quinze jours, mais sur douze à trente-six mois.
Pour quelles raisons le comportement du fonds de fonds alternatif est-il si différent ?
La première tient à la diversité du choix d'allocation d'actifs des gérants. Ils peuvent intervenir sur les actions, les obligations, les devises, les matières premières, et cela à n'importe quel endroit de la planète. En outre, les outils utilisés par nos gestionnaires permettent d'éviter les risques de marché. Les gérants de fonds alternatifs que nous sélectionnons ne sont pas toujours investis, ils peuvent couvrir leurs positions sur les marchés à terme, vendre des options ou prendre des couvertures sur des contrats de gré à gré.
N'est-ce pas une gageure de vouloir anticiper les mouvements de marché ?
En fait, le gérant du fonds alternatif a besoin du même talent qu'un gérant de fonds traditionnel lorsqu'il réalise sa sélection de valeurs au profit de Club Méditerranée et au détriment de Peugeot. Il faut faire confiance à sa capacité à analyser les titres et à bien anticiper les mouvements de marché. Notre métier consiste à sélectionner les meilleurs gérants, ceux qui ont une capacité technique, humaine et intellectuelle pour mener à bien la gestion.
Comment faire pour minimiser l'impact des erreurs du gérant ?
Le fonds de fonds alternatifs a tout son sens. C'est même le seul domaine dans lequel le fonds de fonds crée de la valeur pour les souscripteurs. Le fonds de fonds mutualise les risques et diversifie les supports. Ainsi, lorsque le fonds Amaranth s'est effondré en septembre 2006, les fonds de fonds qui avaient investi dans ce hedge fund ont perdu de 1 à 2,5 %, mais, deux mois plus tard, ils avaient effacé la perte alors que le fonds sous-jacent avait perdu 80 % de sa valeur. La solidité de l'allocation d'actifs a permis de minimiser l'impact de la perte à un niveau comparable à celle subie en une séance sur le CAC 40. Le contrôle du risque protège efficacement le souscripteur du fonds de fonds.
