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Ce n'est pas une crise financière, mais...

25/08/2007 00:00 - JDF

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... une crise économique

-Je commence à entendre déjà, quelques jours après la tourmente, une théorie selon laquelle la crise de cet été n'était qu'une crise financière, exotique même, avec un nom impossible à comprendre, « subprime », une crise qui ne coûtera finalement « que 150 milliards de dollars » (mais d'où sort ce chiffre ridicule qu'on lit partout ?) et qui passera aussi vite sur les marchés que Dean sur les Caraïbes. C'est faux. La crise des subprimes, ces prêts hypothécaires à des ménages peu solvables, n'est que la partie visible d'un iceberg : la crise économique américaine.

Les Etats-Unis ont réussi à éviter la récession après l'explosion de la bulle Internet et le 11 septembre 2001 en ouvrant les vannes des liquidités et de l'endettement. Ils ont créé ainsi une bulle phénoménale, la bulle immobilière, une bulle qui montre des signes inquiétants, depuis quelques mois, que tout le monde s'est attaché à ignorer. Les Etats-Unis ne pourront plus éviter la récession maintenant.

Cette récession est même salutaire pour leur permettre de s'attaquer enfin à leurs déficits structurels.

... une vaste escroquerie

Il faut franchir le pas que franchit le président Sarkozy tous les jours en n'ayant pas peur d'utiliser des mots qui fâchent ou qui choquent.

Ce qui vient de se passer est une véritable arnaque. Les coupables évidents et faciles de cette carambouille sont les vendeurs peu scrupuleux de prêts immobiliers « pourris » aux Etats-Unis. A cause d'eux, des milliers de ménages américains modestes vont se retrouver à la rue et en faillite. Mais arrêter le petit dealer de banlieue n'a jamais permis de régler le problème de la drogue.

Que dire des banques d'affaires américaines qui ont enrobé ces prêts empoisonnés pour les rendre plus présentables à des investisseurs crédules ? Que dire des agences de notation financière, pompiers pyromanes, qui ne dénoncent le danger qu'une fois que la zone est entièrement dévastée ? Que dire de ceux qui ont mis ces prêts radioactifs dans des fonds de père de famille avec un label rassurant, « monétaire », et un qualificatif, « dynamique », qu'il fallait prononcer « dynamite » ?

Que dire, enfin, des autorités de contrôle qui harcèlent les petites maisons comme les nôtres mais laissent les grands établissements faire tout et n'importe quoi ?

... et une formidable opportunité

Il est temps de changer les choses. La sphère financière doit cesser de faire de l'appât du gain à court terme son unique moteur. Pour gagner, nous, acteurs du monde de la finance, devons accepter de dire la vérité et accepter, parfois, de sacrifier temporairement nos profits et nos veaux d'or, les bonus, pour sortir gagnants sur le long terme.

Accepter de jouer le rôle désagréable de Cassandre, car notre devoir est d'alerter les épargnants sur les risques qu'ils prennent. Quand le CAC est au-dessus de 6.000 points et entame sa cinquième année de hausse, nous ne devons pas attiser l'euphorie en annonçant les 7.000 imminents, comme l'ont fait certains économistes renommés, mais au contraire nous attacher à expliquer que la route devient glissante.

Il faut briser l'omerta qui consiste à garder le silence sur les risques tout en prêchant la hausse. Il est vrai que les commissions des banques et des intermédiaires, les bonus des financiers, et les audiences sont corrélés à la hausse des marchés, mais ce n'est pas une raison pour ne pas bien faire notre métier.

Non, la crise de cet été n'a rien à voir avec une crise financière. C'est une crise économique qui, je l'espère, provoquera une crise de conscience.

* président-directeur général d'Euroland France

Par Marc Fiorentino *