Rendement
C'est évidemment très symbolique. La même semaine où les marchés financiers sont à nouveau en proie à la tourmente, la rémunération du livret A remonte officiellement à 3 %. Quelque 46 millions de Français vont sourire à cette bonne nouvelle, tandis que les 6 à 7 millions d'actionnaires qui préfèrent les actions au petit livret rouge connaissent un été un peu moins agréable que prévu à cause du surendettement des ménages américains. Voilà pour la photo instantanée prise au plein milieu de cette saison estivale. Car le film que déroulent depuis plus de deux siècles les marchés financiers se termine toujours par le même happy end. Quelles que soient les périodes, quels que soient les aléas de l'histoire, de l'industrie, de la finance ou de la politique, les actions affichent un rendement moyen annuel supérieur à 7 %. C'est-à-dire plus de deux fois ce que rapporte le livret A.
Curieusement, la France, qui est un pays de fourmis, une nation de bas de laine, un territoire plein de tirelires et qui affiche le taux d'épargne le plus élevé de l'ensemble des pays développés, est aussi celui où l'épargne est le plus mal rémunérée. Plus vous placez votre argent, cher Lecteur, moins il vous rapporte. Curieuse anomalie, dramatique aberration qui n'a qu'un seul fautif : l'Etat.
Pourquoi 115 milliards d'euros continuent à s'investir dans le livret A alors que seule une petite fraction de cet encours finance le logement social ? Parce que l'Etat fait tout ce qu'il faut pour encourager les Français à pointer leur nez à la Caisse d'Epargne ou à La Poste. Pourquoi 1.000 milliards d'euros vont chercher dans une assurance-vie à 4 % par an un refuge en vue d'une retraite ou d'une succession ? Parce que l'Etat a tout fait pour que cet argent finance le déficit budgétaire plutôt que le développement des entreprises.
Résultat : pendant que les fourmis françaises encaissent un rendement moyen de 5 % pour leur épargne, les cigales américaines voient leur pécule rapporter 7 %, soit 40 % de plus. Simplement parce que tout est fait outre-Atlantique pour les convaincre d'investir dans des actions, pour les habituer au risque, pour leur faire miroiter les plus- values de la mondialisation.
Alors, au moment où beaucoup de valeurs de grande qualité sont revenues à des cours d'achat, pourquoi ne pas faire un pied de nez au livret A pour parier sur un rebond du CAC 40 ? Au palmarès des rendements, ce basculement pourrait bien s'avérer très vite largement gagnant.
