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Quand le risque du regret engendre l'inaction

13/07/2007 00:00 - JDF

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Face à une décision difficile à prendre, il est souvent tentant de ne rien faire. Plutôt que de se tromper, on préfère opter, bon gré mal gré, pour l'option par défaut. Si a posteriori cette option se révèle ne pas avoir été la meilleure, au moins on ne se maudit pas d'avoir causé sa propre perte en changeant le cours des événements. Des expériences ont confirmé ce constat en montrant que, par rapport à l'inaction, l'action augmentait la joie tirée d'un événement favorable, mais aussi le désagrément associé à une fin malheureuse.

La différence entre le biais d'omission et le statu quo

Celui qui craint par-dessus tout les regrets affiche donc une inclination à ne rien faire. Cette inclination, appelée biais d'omission, rappelle en de nombreux points le biais de statu quo évoqué la semaine dernière. Les deux sont souvent indissociables, puisque ne rien faire conduit à maintenir le statu quo. Néanmoins, des chercheurs sont parvenus à différencier les deux biais et ont montré que l'inertie dans les décisions n'était pas réductible à la seule envie de maintenir une situation inchangée.

C'est notamment le cas d'Ilana Ritov et de Jonathan Baron, professeurs de psychologie respectivement à l'université de Pennsylvanie et à l'université hébraïque de Jérusalem. Au début des années 1990, ces deux chercheurs ont demandé à des étudiants de classer quatre personnages virtuels, Paul, George, Frank et Henry, selon leur niveau de bien-être. Les quatre personnages sont tous dans la même situation d'avoir aujourd'hui en portefeuille des actions de la société A, alors qu'ils auraient pu avoir des actions de la société B, ce qui les aurait rendus plus riches de 1.200 dollars. La différence entre les quatre personnages tenait au scénario qu'ils avaient vécu :

Paul détenait des actions de la société A. Durant l'année écoulée, il a pensé les vendre pour acheter des actions de la société B. Il ne l'a finalement pas fait.

George détenait des actions de la société B. Durant l'année écoulée, il a vendu ces actions pour acheter des actions de la société A.

Frank détenait des actions de la société B. Durant l'année écoulée, son conseiller financier lui a demandé s'il trouverait un inconvénient à vendre ces actions pour acheter des actions de la société A. Frank ne fit aucune objection.

Henry détenait des actions de la société A. Durant l'année écoulée, son conseiller financier lui a demandé s'il trouverait un inconvénient à vendre ces actions pour acheter des actions de la société B. Henry s'y opposa et conserva ses actions de la société A.

L'option par défaut généralement choisie

Les résultats montrent que les sujets ont considéré que le scénario avait eu une grande importance sur le niveau de bien-être des quatre personnages. C'est Paul, qui a maintenu le statu quo, qui se trouve, et de loin, le moins amer à la fin de l'année. George et Henry, qui eux ont été actifs, se retrouvent finalement les plus déçus. L'expérience a été répliquée avec d'autres types de choix, et les résultats ont été confirmés.

Chaque fois, quand le dénouement est malheureux, l'action paraît affecter, plus que l'inaction, le bien-être.

Une telle découverte suggère que les épargnants sont sensibles à la présentation des choix qui leurs sont proposés. Une option par défaut aura plus de chances d'être « choisie » qu'une option qui nécessiterait une action personnelle et « impliquante ». D'autres travaux académiques appuient cette idée en montrant que l'enrôlement automatique des salariés dans les plans d'épargne-entreprise modifie considérablement les comportements des salariés vis-à-vis des plans. Quand l'entreprise se met à faire souscrire par défaut ses salariés au plan - tout en leur offrant la possibilité de se désinscrire par l'envoi d'un simple courrier -, le taux de participation s'envole subitement. De même, le taux de contribution (la part du salaire investie) et l'allocation d'actifs choisis par les salariés convergent alors souvent vers ceux fixés, discrétionnairement, par l'entreprise (et que les salariés peuvent pourtant facilement modifier !).

Ainsi, la fainéantise, l'incapacité à décider et la peur que la décision prise soit mauvaise sont autant d'éléments qui font que l'on rechigne à intervenir pour modifier ses placements. Ces traits de caractère si humains laissent une responsabilité importante aux entreprises dans la fixation des contributions et de l'allocation de l'épargne qui est bloquée dans les PEE ou dans les plans pour la retraite. Ils incitent aussi les investisseurs en direct, notamment les moins impliqués et les moins en confiance, à faire preuve de minutie lors de la constitution d'un portefeuille dont la composition pourrait - par omission - rester longtemps inchangée.

Mickaël Mangot