Les capitaux chinois à l'assaut du monde

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« Je suis ravi », s'exclame Claude Tiramani, gérant du fond Parvest China de la BNP Paribas Asset Management. Le gérant, qui avec flair pressentait l'opération depuis quelque temps, peine à cacher son enthousiasme concernant la dernière mesure de dérégulation financière adoptée par le gouvernement chinois ! La Commission de Réglementation de la Bourse Chinoise a enfin signé un accord de principe, la semaine dernière, pour libéraliser les flux de capitaux.
A partir du 5 juillet, les actionnaires de l'Empire du Milieu pourront donc enfin investir ailleurs que sur le marché des actions A des places financières de Shanghai et Shenzhen, qui leur étaient jusqu'à présent réservées. Jusqu'à présent, les Bourses de Shanghai et de Shenzhen volaient de record en record. L'indice composite CSI 300 s'est ainsi apprécié de 75 % sur les six derniers mois. Malgré les alertes répétés des analystes et des caciques du Parti communiste, rien ne semblait arrêter cette hausse vertigineuse. Après chaque mesure monétaire restrictive - hausse des taux d'intérêt en février, taxes sur les transactions en mai -, les marchés avaient violement corrigé. Mais la correction était toujours éphémère, et il ne leur fallait que quelques jours de répit avant de reprendre leur course effrénée vers les sommets.
Une mini-révolution financière
Et pour cause : les investisseurs n'ont tout simplement pas le choix. D'une part, les taux d'intérêt réels de rémunération des comptes de dépôts sont négatifs, ce qui les pousse à placer leur épargne dans des comptes titres. D'autre part, les niveaux de valorisation très élevés (50 fois les bénéfices estimés en 2007) ne sont pas significatifs, puisque les investisseurs n'ont pas accès aux autres marchés des capitaux jusqu'à présent. Les ratios de valorisation tels que le PER, sur lesquels se basent les investisseurs pour choisir entre plusieurs placements, n'ont dès lors aucun sens. Les « marchés chinois domestiques », anglicisme qu'aiment utiliser les financiers en parlant des places de Shanghai et Shenzhen, tournent en vase clos. C'est donc une véritable porte de sortie que les autorités chinoises viennent d'offrir aux investisseurs locaux. Donc une mini-révolution financière. Avec cette nouvelle mesure d'assouplissement, les courtiers et les fonds d'investissement chinois vont avoir accès aux actions, obligations et produits dérivés de 33 marchés, dont les Etats-Unis, Hongkong, le Japon, le Vietnam ou le Nigeria, pour un montant minimum de 200 millions de yuans (20 millions d'euros). Christian Deseglises, responsable mondial pour les marchés émergents chez HSBC, précise : « Il est clair qu'à long terme on va vers une plus grande porosité et une convergence entre les places internationales. »
Mais d'après Claude Tiramani, le premier des marchés à bénéficier de cette mesure est celui de Hongkong. On s'en est bien rendu compte la semaine dernière, lorsque les titres se sont envolés de 7 % en l'espace de sept séances, faisant de la presqu'île la meilleure performance boursière de l'Asie.
Boom attendu à Hongkong
Il est plus que probable que la demande se tourne en faveur des actions H et des Red Chips, qui sont des titres de sociétés chinoises listées à Hongkong. Les valeurs s'échangent en moyenne sur des ratios représentant 16 fois les bénéfices estimés en 2007 pour les actions H. L'arbitrage est donc simple : pourquoi acheter une action plus chère à Shanghai lorsqu'on peut avoir la même à Hongkong, avec une décote de 40 % ? « La décote n'est pas le seul attrait de ces titres. Le consensus a en effet revu ses prévisions de croissance des bénéfices à la hausse et estime que les bénéfices vont bondir de 16 % en 2007 et de 21 % en 2008 », argumente Claude Tiramani. Et la demande va être d'autant plus soutenue à Hongkong que les investisseurs internationaux, qui avaient jusqu'à présent boudé la place chinoise, vont revenir sur cette place en force. En témoignent les volumes échangés sur la place depuis une semaine, qui n'ont jamais été aussi élevés.
Coup de semonce à Shanghai et Shenzhen
Si Hongkong devrait afficher de très bonnes performances cet été, Shanghai et Shenzhen devraient croître à un rythme moins rapide, voire corriger, comme en témoigne le recul de 4,6 % de l'indice CSI 300 depuis le 21 juin. La dernière mesure d'assouplissement dévidée par le gouvernement n'en est pas la seule cause. Elle est jumelée à une série d'introductions en Bourse qui vont en effet contribuer à lisser les marchés. Après China Cosco, il y a quelques jours, les poids lourds de l'industrie chinoise comme PetroChina et China Mobile vont s'introduire sur les places de l'intérieur dans les mois à venir. Demande en berne, gonflement de l'offre, la loi des marchés parle d'elle-même : le gouvernement a enfin pris l'une des mesures qui s'imposait pour calmer la hausse vertigineuse. En découvrant l'arbitrage, c'est-à-dire le libre choix, les chinois vont aussi découvrir le risque, notion jusque-là difficile à prendre en compte dans des marchés en hausse permanente. La création d'un marché des produits dérivés, repoussée de mois en mois, est donc plus qu'attendue, et sera certainement la prochaine mesure de libéralisation.
Et ces réformes sont d'autant plus saluées qu'elles sont structurelles, et permettent d'alléger les pressions sur l'appréciation de la devise chinoise. Cependant, les observateurs de la place s'accordent pour juger que les sorties de capitaux à venir, même massives, seront encore insuffisantes pour compenser les entrées de devises étrangères dans les réserves de change, estimées à 1,6 trillion de dollars. Dans une note, Richard Lee, spécialiste des devises chez Forex Capital Market, relatait des commentaires du gouverneur de la Banque Centrale chinoise, Wu Xiaoling. Aux évocations d'un prochain assouplissement du régime de change vers plus de flexibilité, il a demandé « plus de patience pour résoudre les problèmes structurels ». Les questions relatives à l'utilisation des réserves de change restent en suspens, bien que la création d'un fonds d'investissement sur le modèle du Temex de Singapour reste l'issue la plus probable.
Court terme positif au-dessus de 21.050 pts
- L'indice de Hongkong a dégagé un important potentiel de hausse en venant à bout, à la mi-juin, de la résistance des 21.000 points, qui le coiffait depuis le début de l'année. Au-dessus de 21.050 points, soit le bas du gap laissé le 18 juin, la configuration reste résolument positive à court terme. Une rupture des 22.085 points déclencherait une nouvelle accélération haussière en direction des 22.500, puis 23.000 points. A moyen terme, la formation d'une figure en double bottom autour de 20.100 implique un support solide. Le voisinage de la moyenne mobile à 150 jours, sur une pente ascendante, entretient une configuration de fond positive.
Court terme positif au-dessus de 21.050 pts
- L'indice de Hongkong a dégagé un important potentiel de hausse en venant à bout, à la mi-juin, de la résistance des 21.000 points, qui le coiffait depuis le début de l'année. Au-dessus de 21.050 points, soit le bas du gap laissé le 18 juin, la configuration reste résolument positive à court terme. Une rupture des 22.085 points déclencherait une nouvelle accélération haussière en direction des 22.500, puis 23.000 points. A moyen terme, la formation d'une figure en double bottom autour de 20.100 implique un support solide. Le voisinage de la moyenne mobile à 150 jours, sur une pente ascendante, entretient une configuration de fond positive.
