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Bercy prépare déjà ses prochaines cessions de titres

30/06/2007 00:00 - JDF

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104 milliards d'euros. C'est le montant (en euros courants) que les cessions de titres ont rapporté aux finances publiques françaises depuis 1986. Une somme considérable, qui représente pourtant moins de 10 % de la dette publique cumulée en 2006.

La dernière opération de vente de participations publiques s'est déroulée discrètement entre dimanche 24 et lundi 25 juin. Cinq banques ont été mandatées pour placer auprès d'investisseurs institutionnels 5 % du capital de France Télécom, soit 130 millions d'actions. Au prix de 20,40 euros par action, Bercy a ainsi récolté 2,65 milliards d'euros qui, selon la ministre de l'Economie et des Finances, seront « intégralement affectés au désendettement de l'Etat et des administrations publiques ». Cette opération, largement attendue par les marchés, devrait être suivie de nouveaux désengagements. Le budget de l'Etat français prévoit 4 milliards d'euros de cessions en 2007, un montant modeste après les 16 milliards récoltés en mars et juin 2006 pour la vente de titres des trois sociétés concessionnaires d'autoroutes. L'attention des spéculateurs se porte aujourd'hui sur EDF, Areva et Renault.

Pourquoi l'Etat a-t-il décidé de vendre des participations ?

C'est un geste rassurant pour Bruxelles, qui, par la voix de Joaquim Almunia, commissaire chargé des affaires économiques et monétaires, a exprimé à plusieurs reprises son inquiétude face à la politique budgétaire française. La dette publique française s'élevait à 1.142,2 milliards d'euros fin 2006, soit 63,7 % de son PIB, en net dépassement du seuil de 60 % fixé par le pacte de stabilité et de croissance. La législation européenne n'autorise pas les Etats à vendre des titres de sociétés cotées pour financer des mesures budgétaires. Les recettes issues de ces cessions ne pourront donc pas être utilisées pour compenser les mesures fiscales annoncées par le nouveau gouvernement. Pourtant, selon les prévisions de la Commission, la France aura en 2007 le plus haut niveau de dépenses publiques européen, à 53,2 % du PIB.

Vendre des titres de sociétés en portefeuille est une manière simple pour les Etats de faire rentrer de l'argent dans les caisses publiques. La France a largement pratiqué cette politique et s'est déjà délestée de la majorité de son patrimoine public. L'excellente tenue de la Bourse de Paris valorise au plus haut, aujourd'hui plus de 190 milliards d'euros, les actifs de l'Etat. Mais comme tous les investisseurs, Bercy reste menacé par une dégradation des marchés.

Pourquoi avoir choisi de vendre des titres France Télécom ?

Le choix de vendre des titres de France Télécom et le timing de l'opération sont plus étonnants. Le titre, introduit en Bourse à 27,75 euros par action fin 1997, n'était plus valorisé que 20,40 euros par action à la date de vente. Son cours avait par ailleurs décru de près de 11 % depuis le 1er juin 2007. Après des annonces négatives sur l'immobilier américain, les marchés de capitaux se sont montrés frileux lundi. Les banques mandatées, la Société Générale, ABN-Amro Rothschild, Citigroup et Goldman Sachs, n'ont pu ainsi placer que 5 % des titres, contre les 7 % espérés par Bercy. A l'issue de l'opération, l'Etat détient encore 27,4 % du capital de France Télécom. Son influence sur l'opérateur est intacte. D'autant que les rumeurs au sujet du fonds d'investissement Carlyle se sont avérées infondées.

Quelles sont les autres participations de l'Etat ?

Le tableau ci-dessus détaille les différentes participations de l'Etat dans des sociétés cotées. Areva a été ajouté à la liste, même si la société n'est pas réellement cotée, car représentée en Bourse via des « certificats d'investissement ». Cette semaine, l'ensemble des participations cotées publiques atteignait un montant supérieur à 190 milliards d'euros. Cette valorisation est très largement soutenue par la flambée du titre EDF, dont les 87,3 % détenus par Bercy représentent à cette date près de 125 milliards d'euros.

Pourquoi ne pas avoir alors vendu des titres EDF ?

C'est la principale question que se sont posée les analystes. Le cours actuel d'EDF, qui atteint 79,43 euros par action au 27 juin, aurait permis à l'Etat de récolter 7 milliards d'euros en se délestant de seulement 5 % de son capital. Bercy s'est engagé juridiquement à conserver 70 % du capital du producteur d'électricité, alors qu'il en possède aujourd'hui 87,3 %. C'est donc 17 % de ces titres qui pourraient facilement être écoulés sur les marchés. Selon une source proche du dossier, des banques auraient déjà été mandatées pour préparer cette cession, qui est attendue dans les semaines ou mois à venir. Un point important reste à éclaircir : les particuliers seront-ils invités à participer au rachat des actions ou bien les banques traiteront-elles de gré à gré avec des institutionnels, comme cela a été le cas pour la cession des titres France Télécom ?

Qu'en est-il de GDF ? Si la fusion avec Suez est réalisée, quelle sera la marge de décision de Bercy ?

Une cession sur les marchés des actions Gaz de France reste subordonnée à l'éclaircissement des questions sur l'avenir du groupe que dirige Jean-François Cirelli. Le mariage tant attendu avec Suez pourrait justement avoir lieu cet été, si toutes les difficultés sont aplanies (lire page 10). La difficulté de cette fusion réside dans la différence de valorisation des deux groupes (35.900 millions d'euros pour GDF, contre 53.600 millions pour Suez), alors que l'opération doit être réalisée à parité d'action pour maintenir la part de l'Etat dans le nouveau groupe. Pour Philippe de Montreynaud, gérant chez Edmond de Rothschild Asset Management : « Le scénario le plus probable pourrait passer par le versement d'un dividende exceptionnel de Suez à ses actionnaires, qui serait financé par la cession des 57 % de Suez dans Distrigaz (2 milliards d'euros), cession exigée par la Commission européenne, ainsi que par la cession de Fabricom (3,5 milliards), considéré par Suez depuis 2003 comme un actif non stratégique. » Une fois le mariage conclu, l'Etat pourrait céder jusqu'à 50 % de ses titres de la nouvelle entité dès l'hiver.

L'ouverture du capital d'Areva est-elle toujours envisagée ?

Le gouvernement est très attendu sur cette question. Avant de quitter Bercy, fin 2004, Nicolas Sarkozy avait affirmé envisager une ouverture du capital à hauteur de 33 %, voire 40 % du groupe nucléaire. La proposition avait été immédiatement contrecarrée par Dominique de Villepin. Selon plusieurs sources concordantes, le dossier Areva sera bientôt ouvert, sans doute dès septembre. Bouygues, actionnaire de référence d'Alstom, ainsi que Siemens, qui détient aujourd'hui 34 % du capital d'Areva, s'intéressent par ailleurs de très près à toute opportunité de monter dans le capital du groupe dirigé par Anne Lauvergeon.

De quels autres titres l'Etat pourrait-il se délester ?

L'envolée boursière du titre Renault nourrit les spéculations sur l'actionnariat du constructeur automobile. Carlos Ghosn, son P-DG, a affirmé ne pas être au courant des intentions de l'Etat, mais, en cas de vente des 15 % détenus par Bercy, le groupe serait sans aucun doute candidat au rachat. Des rumeurs sur la vente par Renault de sa participation de 20 % dans Volvo afin de racheter des titres de l'Etat ont soutenu le titre depuis un mois. Les bruits sur une nouvelle cession de titres Aéroports de Paris ont été, en revanche, démentis par son P-DG Pierre Graff. « Actuellement la loi française stipule que l'Etat doit rester majoritaire au capital d'ADP. C'est évidemment à l'actionnaire de décider ce qu'il aura à faire. A ma connaissance, ce n'est pas un sujet qui est à l'ordre du jour », a-t-il déclaré mardi 26 juin. Après une première ouverture à hauteur de 30 % du capital d'ADP en juin 2006, l'Etat possède encore 68 % des titres du groupe aéroportuaire.

Les participations de l'Etat dans Air France-KLM (19 %, valorisés 1,7 milliard d'euros), Safran (31 %, valorisés 2,4 milliards) et Thales (27 %, valorisés 2,4 milliards) sont considérées comme stratégiques pour la stabilité de l'économie française. Elles ne pourront donc être vendues. Quant à EADS, c'est plutôt un renforcement de la position de l'Etat qui semblerait d'actualité à Bercy.

Anne de Guigné