Révolution
A côté de la déduction fiscale accordée aux souscripteurs de prêts immobiliers ou bien des mesures favorisant le recours aux heures supplémentaires, l'annonce d'une exonération totale de droits de succession au profit du conjoint survivant est passée presque inaperçue. Cette mesure constitue pourtant une véritable révolution fiscale, familiale et sociétale.
Fiscale parce que, jusqu'à présent, tout le monde considérait comme juste qu'un patrimoine constitué par une vie de labeur et d'épargne soit amputé par le fisc dès lors que son détenteur passait de vie à trépas. Or il n'y a aucune justification économique à ce qu'un patrimoine partagé en commun par deux conjoints soit taxé à la mort de l'un d'entre eux. Cette manière de frapper les successions entre époux constituait une véritable spoliation. Et l'exonération que vient de décider le gouvernement Fillon, dans la droite ligne des promesses faites par Nicolas Sarkozy, va toucher tous les patrimoines, toutes les catégories sociales et tous les types de foyers (mariés ou pacsés). Cette mesure, qui coûtera moins de 2 milliards d'euros à l'Etat, rétablira donc une équité fiscale indispensable.
C'est aussi une révolution familiale. L'Etat reconnaît que le patrimoine d'un foyer est indivisible quel que soit le régime matrimonial. Il reconnaît que l'époux et l'épouse sont les ferments de la constitution d'une épargne qui profite aux deux par le niveau de vie, la qualité de l'habitation et le patrimoine financier qui viendra consolider la pension de réversion du dernier survivant. C'est une avancée majeure qui pourra aussi avoir des conséquences sur le plan du droit civil. Tout cela constitue enfin un choc sociétal. Pourquoi ? Parce que la famille, qu'elle soit une ou qu'elle soit recomposée, retrouve enfin de la considération auprès de l'administration. Cela signifie que cette cellule au sein de laquelle s'élaborent les valeurs de l'ensemble de la société, et que vingt-cinq ans de radical-socialisme se sont évertués à détruire, retrouve enfin des raisons d'être. Depuis Vichy, il était devenu inconvenant de parler du travail, de la famille et du reste. En un mois, ce tabou a sauté. Preuve que la politique, c'est effectivement l'art de trouver un passage là où il n'y en a pas.
