Alternext : un bon vivier de valeurs de croissance

-
LE JOURNAL DES FINANCES. Alternext fêtera prochainement le deuxième anniversaire de sa création, en mai 2005. Quel bilan tirez-vous de ces premières années ?
Damien Rahier : Le bilan est très largement positif : 88 sociétés ont été introduites depuis la création d'Alternext et, après une année 2006 déjà très satisfaisante, le rythme des introductions s'est encore accéléré. La qualité des entreprises introduites est dans l'ensemble très bonne, avec des taux de croissance de l'activité et des résultats remarquables pour des affaires aussi jeunes. Les sociétés introduites viennent d'ailleurs d'horizons assez variés : un bon nombre d'entre elles appartiennent au secteur des nouvelles technologies, mais il y a aussi beaucoup d'affaires traditionnelles venues chercher en Bourse les fonds nécessaires au financement de leur développement.
Robert de Vogüé : Alternext joue parfaitement bien son rôle de recomposition et d'enrichissement de la cote. Les investisseurs ont désormais accès à des affaires à la fois innovantes et rentables, ce qui, dans le passé, n'a pas toujours été le cas avec les introductions en Bourse. Aujourd'hui, le marché est très porteur, mais il ne faut pas se faire d'illusions, Alternext n'a que deux ans d'existence et n'a connu qu'un marché haussier. Ce compartiment est réservé à des sociétés très jeunes, il y aura tôt ou tard des désillusions, comme cela se produit toujours en Bourse un jour ou l'autre.
Régis Lefort : Ce qui est remarquable, c'est qu'Alternext soit parvenu à convaincre des émetteurs et des investisseurs venus d'horizons très divers. Les sociétés introduites trouvent un cadre réglementaire de cotation plus souple que sur la cote officielle. Côté investisseurs, en plus d'un vrai succès auprès des particuliers et des gérants spécialisés dans les petites valeurs, nous comptons des investisseurs anglo-saxons qui viennent chercher des participations significatives dans des sociétés innovantes.
Marc Fiorentino : Alternext a réussi à assurer sa pérennité. Non seulement il est parvenu à convaincre les plus sceptiques, qui étaient nombreux à sa création, il y a deux ans, mais nous allons rapidement nous rendre compte que ce nouveau compartiment de la cote jouera un rôle moteur dans le développement de la Bourse de Paris. Alternext était l'élément qui nous manquait pour relancer la dynamique boursière dans notre pays. Alternext fonctionne surtout mieux que son concurrent britannique, l'AIM, qui compte plus de 3.000 sociétés, mais dont seulement 250 font l'objet de transactions régulières.
Muriel Faure : Que dire de plus sur Alternext, qui constitue effectivement un bon compromis entre le private equity (le marché privé des actions non cotées en Bourse) et le marché réglementé, qui impose de trop lourdes contraintes pour les sociétés de petite taille ?
LE JOURNAL DES FINANCES. Alternext est un succès, mais quelles propositions formulez-vous pour améliorer son fonctionnement ?
Muriel Faure : Alternext n'offre pas toujours un flottant suffisamment important. En tant que gérant de fonds, nous éprouvons d'énormes difficultés à intervenir sur ce marché dans de bonnes conditions, car, pour nous constituer une ligne de titres représentant au moins 1 % de notre portefeuille, il faudrait dans certains cas ramasser entre 15 à 20 % du capital d'une même société, ce qui n'est pas très raisonnable. Ce problème nous interdit donc d'y investir de façon importante, alors que nous sommes intéressés par de nombreuses sociétés présentes sur ce compartiment.
Marc Fiorentino : La liquidité est parfois faible, mais elle est souvent meilleure que sur certaines petites valeurs du Compar- timent C, par exemple. Il ne faut, par ailleurs, pas se fier aux seules transactions visibles au fil de l'eau durant la séance de Bourse. Il existe un marché de blocs très actif qui permet de se constituer des lignes de titres importantes dans de bonnes conditions.
Régis Lefort : Parmi les améliorations à apporter, il faudrait pouvoir mieux distinguer les sociétés qui font appel public à l'épargne de celles qui ont fait l'objet d'un placement privé réservé à une catégorie d'investisseurs dits « qualifiés ». Une solution serait de présenter la cote d'Alternext en deux groupes distincts. Je vois deux autres améliorations possibles : comme c'est le cas sur Eurolist, il faudrait donner la possibilité à un actionnaire détenant plus de 95 % du capital de pouvoir mettre en oeuvre un retrait obligatoire (OPR) sur les titres restants, de manière à effectuer une vraie sortie de cote. Il faudrait aussi permettre aux sociétés de racheter leurs propres titres.
Robert de Vogüé : Le grand problème que nous rencontrons sur ce marché, c'est qu'il est impossible de couvrir ses positions, comme c'est le cas sur les sociétés du CAC 40, pour lesquelles il existe de nombreuses possibilités de couverture, telles que les options. Sur Alternext, ce n'est pas possible, et il n'y a, hélas, pas de solution envisageable aujourd'hui. Il faudrait peut-être aussi créer un statut d'OPCVM spécialisés dans les valeurs Alternext, qui correspondent à des véhicules d'investissement à moyen/long terme sur lesquels il serait possible d'accepter de geler momentanément les demandes de rachat si la pression vendeuse était trop forte. Car, aujourd'hui, le marché est toujours à la merci de fortes demandes de sortie qui pourraient conduire à une accélération de la baisse.
Marc Fiorentino : Dernier point, il faudrait donner aux sociétés cotées sur le Compartiment C qui ont du mal à remplir leurs obligations en raison du coût et des contraintes que représente la récente directive de transparence d'aller sur Alternext, où les contraintes sont moins fortes. Or, aujourd'hui, ce n'est pas possible, alors que nous savons qu'une cinquantaine de petites sociétés seront prochainement confrontées à des difficultés notamment liées à l'alourdissement des contraintes d'information qui incombent aux sociétés cotées sur un marché réglementé.
LE JOURNAL DES FINANCES. Justement, l'information fournie par les sociétés cotées vous paraît-elle suffisante ?
Damien Rahier : S'agissant de l'information financière, nous n'avons pas rencontré, comme on pouvait le craindre à la création d'Alternext, de problèmes particuliers de la part des sociétés introduites. Elles ont au contraire plutôt tendance à en faire plus que les autres.
Régis Lefort : Nous ne constatons aucune différence avec les autres petites sociétés de la cote sur les entreprises que nous suivons.
Damien Rahier : La seule différence notable existe avec les sociétés ne faisant pas appel public à l'épargne qui sont pourtant cotées sur Alternext au même titre que les autres. En temps qu'intermédiaire boursier, et conformément au règlement, nous veillons à ne pas laisser aller les particuliers sur ces sociétés, sur lesquelles l'information est uniquement destinée à des investisseurs dits « qualifiés », comme cela a été dit précédemment. Elle est donc très limitée, voire inexistante auprès du grand public.
LE JOURNAL DES FINANCES. Existe-t-il une démarche propre pour sélectionner ce type de société ?
Damien Rahier : On ne travaille pas différemment sur Alternext ou sur les autres compartiments de la cote. Il faut faire preuve de la même vigilance et appliquer les mêmes critères d'analyse que ceux utilisés pour les autres sociétés de la cote.
Regis Lefort : Alternext n'est pas un marché exclusivement dédié aux valeurs technologiques, tous les grands secteurs d'activité y sont représentés. Ce qui est essentiel, c'est de repérer des valeurs disposant de réelles perspectives de croissance, situées si possible sur les niches, où elles disposent d'un savoir-faire particulier.
Muriel Faure : Les critères sont finalement assez classiques. La croissance, mais aussi le niveau de valorisation. Sur Alternext, toutes les valeurs ne sont pas suivies par les analystes, il est donc possible de repérer de belles affaires délaissées ou momentanément sous-valorisées. Inutile, en revanche, de chercher du rendement. Pour la plupart des sociétés cotées sur Alternext, la priorité est au développement de l'activité, et non pas à la rémunération des actionnaires par la plus-value uniquement.
Marc Fiorentino : Ce qui est remarquable sur ce marché, c'est que la croissance ne se fait pas au détriment de la rentabilité. Car les règles d'admission imposent de disposer d'une situation bénéficiaire. C'est la raison pour laquelle on trouve sur ce marché des affaires qui présentent des taux de rentabilité opérationnels époustouflants souvent compris entre 30 et 40 %, avec des taux de progression des bénéfices souvent supérieurs à ceux de l'activité.
LE JOURNAL DES FINANCES. A vous entendre, on aurait presque envie de participer à toutes les opérations...
Marc Fiorentino : Restons raisonnables. Nous avons à faire à de très petites sociétés, ce qui signifie qu'il faut être prêts à se trouver confrontés un jour ou l'autre à un accident de parcours. L'important, c'est de bien avoir en tête l'indissociable couple risque/rendement, constitué, dans le cas présent, des perspectives de plus-values.
Damien Rahier : La prudence dicte effectivement d'équilibrer son portefeuille entre différentes sortes de titres. Il importe de définir clairement une place pour les petites valeurs, disons entre 10 et 25 % en moyenne, et de se tenir à la limite que l'on s'est fixée.
Muriel Faure : Je pense que passer par un fonds commun de placement spécialisé dans les petites valeurs peut constituer une bonne manière de jouer les opportunités qui se présentent sur Alternext.
Marc Fiorentino : Les fonds communs, oui, mais je suis frappé de voir le succès que rencontre Alternext auprès des particuliers. Il importe donc de conserver le lien qui existe entre les sociétés et leurs actionnaires individuels.
LE JOURNAL DES FINANCES. Que faites-vous pour aider les investisseurs à s'y retrouver ?
Marc Fiorentino : Nous avons décidé de diffuser directement nos études à l'ensemble de nos clients et aux investisseurs individuels qui le demandent. Elles sont consultables sur des sites Internet, comme celui de Boursorama.
Damien Rahier : Le suivi des introductions sur Alternext est, dans l'ensemble, plutôt bien assuré par les analystes que nous sommes. Nos études sont diffusées à l'ensemble de nos clients, professionnels et particuliers, elles sont aussi reprises dans les médias.
Robert de Vogüé : Nous nous efforçons de suivre beaucoup de sociétés, mais il faut reconnaître qu'un bon nombre d'entre elles ne font pas l'objet d'analyses régulières. On ne peut pas attendre des professionnels qu'ils se livrent à un travail de recherche exhaustif sur toute la cote. Le rôle de la presse spécialisée est, de ce point de vue, primordial elle s'en acquitte d'ailleurs plutôt bien.
Régis Lefort : Nous suivons en analyse financière toutes les sociétés que nous avons introduites et celles que nous animons.
LE JOURNAL DES FINANCES. Comment réagissez-vous à certaines envolées des cours au moment des introductions ?
Damien Rahier : Il existe des excès sur certains titres au moment de l'introduction. La meilleure chose à faire, c'est de laisser retomber le soufflé et de revenir une fois que les prix sont plus raisonnables.
Robert de Vogüé : En tout état de cause, il importe de passer des ordres à cours limité en se tenant prêts à attendre plusieurs jours, voire plusieurs semaines, pour espérer que les actions que l'on souhaite acquérir retrouvent la limite du prix que l'on s'est fixé.
Régis Lefort : Pour notre part, nous sommes attentifs aux niveaux de prix proposé lors de l'introduction, ceux-ci doivent laisser un potentiel de hausse aux nouveaux investisseurs. Mais un phénomène d'engouement ne peut jamais être exclu, surtout lorsque les placements sont de petite taille.
Damien Rahier : Il faut tout de même faire attention aux phénomènes de mode sectoriels, ce n'est pas parce que les secteurs de l'environnement, Internet ou des biotechnologies sont, par exemple, porteurs que toutes les sociétés doivent être mises en portefeuille.
Leurs valeurs préférées
REGIS LEFORT
Maximiles
Le leader de la fidélisation sur Internet se paie 13 fois les profits 2008 (objectif 16,9 euros).
MGI Digital
Ce spécialiste des solutions graphiques connaît une forte croissance (objectif : 10,3 euros).
Voyageursdumonde.com
Cette agence de voyages sur Internet a renoué avec la croissance (objectif : 32,2 euros).
Satimo
Belles perspectives de croissance dans les capteurs d'ondes électromagnétiques (objectif : 26,5 euros).
MARC FIORENTINO
Press Index
Ses activités de presse et de services sur Internet sont prometteuses (potentiel : 25 %).
Net Booster
Cette agence de marketing sur Internet vise une place de leader européen (potentiel : 21 %).
Leguide.com
Ce comparateur de prix sur Internet connaît une audience grandissante (potentiel : 20 %).
Weborama
Les logiciels de qualité d'audience sont promis à un très bel avenir (potentiel : 40 %).
ROBERT DE VOGÜE
Maximiles
Ce groupe déjà très rentable bénéficie de la hausse des activités de e-commerce (objectif : 18 euros).
1000Mercis
1000Mercis qui intervient dans le e-mailing publicitaire se développe hors de France (objectif : 31,9 euros).
Rentabiliweb
Déjà présente dans 15 pays, cette plate-forme offre des services destinés à rentabiliser des sites Internet (objectif : 7,8 euros).
MURIEL FAURE
Weborama
Cette affaire vend des services à forte valeur ajoutée et réalise de très belles marges.
Leguide.com
Toutes les qualités nécessaires pour réussir (croissance forte, bon management, marge élevée).
Traqueur
Ce spécialiste des systèmes de repérage des voitures volées est très prometteur. Réservé à des investisseurs professionnels qualifiés.
DAMIEN RAHIER
Autoescape
La location de voitures sur Internet connaît une forte croissance (objectif : 7,4 euros).
Proservia
Cette société de services informatiques fait preuve d'un très bon dynamisme (objectif : 24,5 euros).
Hitechpros
Un modèle unique de place de marché dédié aux prestations de services informatiques (objectif : 13,5 euros).
Prodware
Le cours de ce spécialiste des hébergements de solutions informatiques se redresse (objectif : 19 euros).
Leurs valeurs préférées
REGIS LEFORT
Maximiles
Le leader de la fidélisation sur Internet se paie 13 fois les profits 2008 (objectif 16,9 euros).
MGI Digital
Ce spécialiste des solutions graphiques connaît une forte croissance (objectif : 10,3 euros).
Voyageursdumonde.com
Cette agence de voyages sur Internet a renoué avec la croissance (objectif : 32,2 euros).
Satimo
Belles perspectives de croissance dans les capteurs d'ondes électromagnétiques (objectif : 26,5 euros).
MARC FIORENTINO
Press Index
Ses activités de presse et de services sur Internet sont prometteuses (potentiel : 25 %).
Net Booster
Cette agence de marketing sur Internet vise une place de leader européen (potentiel : 21 %).
Leguide.com
Ce comparateur de prix sur Internet connaît une audience grandissante (potentiel : 20 %).
Weborama
Les logiciels de qualité d'audience sont promis à un très bel avenir (potentiel : 40 %).
ROBERT DE VOGÜE
Maximiles
Ce groupe déjà très rentable bénéficie de la hausse des activités de e-commerce (objectif : 18 euros).
1000Mercis
1000Mercis qui intervient dans le e-mailing publicitaire se développe hors de France (objectif : 31,9 euros).
Rentabiliweb
Déjà présente dans 15 pays, cette plate-forme offre des services destinés à rentabiliser des sites Internet (objectif : 7,8 euros).
MURIEL FAURE
Weborama
Cette affaire vend des services à forte valeur ajoutée et réalise de très belles marges.
Leguide.com
Toutes les qualités nécessaires pour réussir (croissance forte, bon management, marge élevée).
Traqueur
Ce spécialiste des systèmes de repérage des voitures volées est très prometteur. Réservé à des investisseurs professionnels qualifiés.
DAMIEN RAHIER
Autoescape
La location de voitures sur Internet connaît une forte croissance (objectif : 7,4 euros).
Proservia
Cette société de services informatiques fait preuve d'un très bon dynamisme (objectif : 24,5 euros).
Hitechpros
Un modèle unique de place de marché dédié aux prestations de services informatiques (objectif : 13,5 euros).
Prodware
Le cours de ce spécialiste des hébergements de solutions informatiques se redresse (objectif : 19 euros).
