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Quand l'analogique remplace la logique boursière

21/04/2007 00:00 - JDF

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« Ne perdons rien du passé. Ce n'est qu'avec le passé qu'on fait l'avenir », avertit Anatole France dans Le Livre de mon ami. Néanmoins, comme l'attention, la mémoire est capricieuse : elle fait l'impasse sur certaines choses et en monte d'autres en épingle. Ainsi, les hommes s'appuient en général sur quelques faits marquants pour bâtir leurs anticipations.

Quand un individu s'appuie sur une règle rapide pour se faire un jugement ou pour décider, on dit qu'il utilise une heuristique. L'heuristique de disponibilité, révélée par les psychologues Amos Tversky et Daniel Kahneman (Prix Nobel d'économie 2002), reprend le principe général par lequel les individus évaluent la probabilité associée à un événement en fonction de la facilité avec laquelle des exemples leur viennent à l'esprit.

Les deux auteurs ont fait ce constat à partir d'une multitude d'expériences. A titre d'exemple, ils ont lu une liste de noms de personnes des deux sexes à des sondés, puis leur ont demandé si la liste contenait davantage d'hommes ou de femmes. Si, parmi les hommes, certains étaient des personnalités publiques dont il était facile de se souvenir, alors ils répondaient que l'échantillon était essentiellement masculin, contrairement à la réalité.

En matière de choix financiers, l'heuristique de disponibilité peut intervenir lorsque, par commodité ou par défaut d'information, l'investisseur utilise un raisonnement plus analogique que logique pour prendre position. C'est notamment le cas lors des introductions en Bourse et des privatisations.

On pouvait par exemple être tenté de participer à l'introduction en Bourse d'EDF, uniquement parce que l'introduction de GDF, l'opération de privatisation la plus comparable, avait été un grand succès cinq moins avant. Sans plus d'information sur les perspectives et la valorisation de l'électricien.

D'ailleurs, des chercheurs en finance font référence à l'heuristique de disponibilité pour expliquer pourquoi les introductions en Bourse, les privatisations et les opérations de fusion-acquisition rencontrent en général un succès d'autant plus important sur le marché que des opérations comparables ont bien réussi dans un passé récent.

La relation est particulièrement nette pour les introductions en Bourse de sociétés jeunes, sans antériorité significative de résultats, où le marché peut difficilement anticiper les profits à venir en les extrapolant à partir des comptes passés. Elle est très remarquable également pour les opérations qui concernent les sociétés de haute technologie, et globalement pour toutes celles dont l'activité est difficilement lisible par les observateurs extérieurs.

Il y aurait des cycles des introductions en Bourse

Pour ce qui concerne les performances en Bourse, le brillant parcours d'EDF ne doit pas faire croire que l'on gagne à tous les coups en suivant les exemples marquants du passé.

Les études tendent à montrer, au contraire, qu'en général plus l'accueil réservé par le marché à une introduction est bon (mesurable par le taux de sursouscription et la hausse le premier jour de cotation), plus la rentabilité pour l'investisseur est faible à long terme...

Il y aurait ainsi un cycle des introductions en Bourse : les succès passés feraient participer en masse les investisseurs aux nouvelles opérations, entraînant une survalorisation à l'introduction et des performances décevantes par la suite.

La sélectivité de certaines analyses ou informations

Robert Shiller, professeur de finance à Yale, connu pour avoir soufflé à Alan Greenspan l'idée d'« exubérance irrationnelle » des marchés, va jusqu'à faire de l'heuristique de disponibilité l'une des pierres angulaires de sa théorie des modes et des bulles spéculatives. Sur les marchés, l'attention collective comme l'attention individuelle se déplaceraient en fonction de la saillance des informations.

Les mouvements grégaires, qui font privilégier une classe d'actifs (par exemple, les titres des sociétés Internet) au détriment d'une autre (les valeurs traditionnelles), seraient dus à la focalisation provisoire de l'attention sur certaines informations ou certaines analyses (la dichotomie nouvelle/ancienne économie).

Lorsque l'attention se détourne, les tendances s'interrompent. Plus ou moins brutalement.

Le portefeuille type

Plus 11 % depuis le 2 janvier 2007

Conformément à la stratégie énoncée en page 4, prenons des bénéfices sur les titres dont le potentiel ne paraît pas suffisant au regard des exigences de notre portefeuille PEA Dynamique. Nous vendons Vivendi, dont l'attrait spéculatif se réduit. Un titre sur lequel nous avons doublé. Nous vendons Havas, qui peine à séduire le marché. A l'opposé, nous faisons le pari d'une poursuite de la hausse de Vallourec et, de façon plus audacieuse, nous achetons CFF Recycling, avec un objectif revu à la hausse à 55 euros.

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Michaël Mangot