A quelques mois de sa mise en retraite « partielle » - il quittera ses fonctions de président du groupe pour assumer la présidence du conseil du surveillance à compter du 1er juillet -, Jean-Michel Hiolle a obtenu le feu vert des Autorités de marché pour transférer sa société sur l'Eurolist.
Trente après sa création et après avoir été couronné Société de l'année 2006 sur le Marché Libre, Hiolle Industries fait son entrée dans la cour des grands. Le Compartiment C n'est d'ailleurs qu'une étape pour son fondateur et dirigeant, qui vise une capitalisation boursière supérieure à 150 millions d'euros à l'horizon de deux ans. Un projet ambitieux, certes, mais qui semble tout à fait réalisable quand on rencontre cet homme volontaire.
C'est une multitude de PME que Jean-Michel Hiolle a fédérées autour de lui, « parce qu'il est plus facile de diriger des petites entreprises de 50 salariés qu'un seul groupe de 700 personnes », explique ce patron très proche de ses cadres et de ses ouvriers. Sans doute plus proche d'eux que de la bourgeoisie locale, au sein de laquelle ce fils d'agriculteurs ne se sent pas forcément à l'aise. Car c'est dans une ferme, au coeur du Valenciennois, qu'a grandi Jean-Michel Hiolle.
Très tôt enfant turbulent, ses parents l'envoient en pension à l'âge de 12 ans. Il en ressort six ans plus tard avec un CAP d'ajusteur et un CAP de dessinateur en poche. La ferme n'est pas assez grande pour fournir du travail à toute la famille, c'est donc l'aîné de la fratrie qui en reprend l'exploitation. Un beau jour de 1963, Jean-Michel Hiolle part sur sa Mobylette s'inscrire à une formation de dessinateur chez Bombardier, mais c'est comme ajusteur qu'il débute sa carrière professionnelle.
Treize ans après, sans rien connaître à la finance ou au droit des entreprises, il fonde avec trois amis le groupe Team, qui deviendra par la suite Hiolle Industries. L'idée des quatre associés est simple : proposer des services de maintenance aux industriels locaux. Mais, rapidement, ils doivent se rendre à l'évidence. Les clients potentiels quittent progressivement la région... en laissant sur place leurs outils de production. De là naît l'idée de donner une seconde vie à ces usines abandonnées et de les recycler dans les pays en voie de développement.
Du jour au lendemain, l'ancien pensionnaire qui collectionnait les mauvaises notes en français apprend l'anglais et part à la conquête de la Chine et de l'Inde, où il livre des usines clés en main de plus de 300.000 tonnes. Cette activité requiert l'intervention de tous les corps de métiers de la région et permet de sauver des emplois dans la chaudronnerie, l'électricité, la métallurgie ou la soudure au moment même où le Nord s'englue dans la crise.
Le photovoltaïque est son dernier dada
Jean-Michel Hiolle aurait pu en rester là, mais c'est mal connaître cet hyperactif. En permanence en quête d'innovation, il s'intéresse dès le début des années 1980 à l'environnement. « A l'époque, on ne parlait même pas de recyclage, tout juste de récupération », explique celui qui sera à l'origine de la mise en service de la première ligne de traitement des déchets industriels banals en France. Aujourd'hui, ses équipes conçoivent et réalisent des équipements destinés aux traitements de déchets hospitaliers, des détecteurs de radioactivité, des systèmes de traitement de l'air. Parce que rien ne se perd et que tout se recycle, Jean-Michel Hiolle réfléchit très tôt à l'énergie produite à partir de la biomasse. Il est sans doute un des rares à se réjouir de la flambée des cours du pétrole, qui devrait favoriser les énergies renouvelables. Le Picard n'avoue d'ailleurs qu'un seul regret : celui de pas avoir saisi une opportunité dans l'éolien il y a dix ans, parce qu'il était trop occupé avec un gros contrat en Chine. Peu importe, le photovoltaïque est le dernier dada auquel il consacre la fin de sa carrière. Une carrière bien remplie couronnée de diverses récompenses, dont le prestigieux prix de l'Autodidacte décerné par le Harvard Business School Club l'an dernier.
A l'aube d'une nouvelle vie, celui qui avoue « sa passion pour l'entreprise », mais qui a su passer le relais, va pouvoir s'adonner à d'autres plaisirs, comme la pêche ou la sculpture... un oeil toujours rivé sur son cours de Bourse.
