A quoi régissent les taux d'intérêt
Un taux d'intérêt est, par définition, le niveau de rémunération à partir duquel une personne (morale ou un particulier) accepte de prêter une certaine somme d'argent, pendant une période prédéterminée, à un tiers. Ce dernier s'engage à rembourser au prêteur, selon un échéancier fixé (mensuellement ou annuellement), une quote-part du capital emprunté augmentée des intérêts calculés à un taux défini. C'est ce que l'on appelle le taux nominal d'une obligation. Il est soit fixe sur toute la durée de l'emprunt, soit variable, en fonction de certains paramètres (inflation ou taux d'intérêt de référence).
Le taux actuariel représente le rendement qui ressort de l'actualisation des flux financiers (intérêt et remboursement du capital) par rapport au prix d'achat d'une obligation. Le niveau du taux d'intérêt dépend du risque de solvabilité de l'emprunteur, de la durée du prêt et du niveau de l'inflation. Plus la maturité d'un prêt est longue, plus le risque de défaut (incapacité de l'emprunteur à rembourser) augmente en théorie et plus le niveau de rémunération exigé sera élevé. Les emprunteurs les plus solvables sont les pays (aucun Etat n'a à ce jour fait faillite), les collectivités et entreprises publiques qui bénéficient de la garantie de l'Etat et les entreprises privées. Une prime de risque plus ou moins importante par rapport à un taux d'intérêt sans risque accordé à un pays peut ainsi être exigée en fonction de la nature de l'emprunteur, et surtout de la solidité financière de son bilan, qui est notée par des agences de notation (Standard & Poor's, Moody's et Fitch).
La croissance et l'inflation, deux paramètres anticipés par les taux d'intérêt
Le marché des taux d'intérêt, le plus important au monde, avec un volume quotidien de l'ordre de 8.000 milliards de dollars (en intégrant les produits dérivés), devant le marché des devises (1.900 milliards de dollars) et les actions (moins de 500 milliards de dollars), se décompose en deux parties : le marché monétaire, qui regroupe les titres de créance négociables ayant des durées de vie de vingt-quatre heures à un an, et le marché obligataire, qui porte sur des durées beaucoup plus longues.
Les banques centrales, que ce soit en Europe avec la BCE ou aux Etats-Unis avec la Fed, fixent, via leur taux directeur (le taux refinancement en Europe ou les fed funds outre-Atlantique), le taux d'intérêt qui servira de référence sur toute la partie de la courbe des taux en fonction des durées d'emprunt. Le taux directeur évolue en fonction des paramètres de croissance et (ou) d'inflation retenus par les banques centrales dans la conduite de leur politique monétaire.
Aux Etats-Unis, par exemple, la Réserve fédérale regarde à la fois les perspectives de croissance et de maîtrise des prix, ce qui l'amène à réduire son taux directeur en phase de ralentissement économique et d'absence d'inflation. Elle peut, au contraire, comme c'est le cas depuis deux ans, augmenter son taux directeur dans les cycles de surchauffe économique afin de lutter contre l'inflation. En Europe, la BCE n'a comme mission officielle que de veiller à la stabilité des prix.
Les investisseurs anticipent sur le marché obligataire les conséquences des politiques monétaires des banques centrales au niveau de l'économie en termes tant de perspectives de croissance que d'inflation.
Ainsi, la courbe des taux d'intérêt, logiquement pentue en phase de croissance économique, peut s'inverser, comme c'est le cas aujourd'hui aux Etats-Unis, lorsque les investisseurs anticipent un ralentissement de la croissance à la suite d'un resserrement par la Réserve fédérale de sa politique monétaire.
