« La valorisation de Bonduelle n'est pas à la hauteur de son leadership »

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LE JOURNAL DES FINANCES : Quels commentaires vous inspire le chiffre d'affaires que vous venez de publier au titre de l'exercice 2005/2006, clos fin juin ?
Christophe Bonduelle : - Notre chiffre d'affaires s'est établi à 1,196 milliard d'euros, en baisse de 0,4 %. Cette stabilité du niveau d'activité, tout à fait conforme à ce que nous avions prévu, s'explique par la mauvaise conjoncture de certains pays du nord de l'Europe de l'Ouest, notamment la France, le Benelux et l'Allemagne. Une morosité qui a toutefois été compensée par le dynamisme des pays d'Europe du Sud, et surtout de l'Europe de l'Est, dont les ventes représentent désormais 17 % du chiffre d'affaires. D'autre part, Bonduelle a modifié son périmètre de vente. Nous avons en effet arrêté nos activités peu stratégiques et peu rentables, comme les crudités de quatrième gamme vendues sur les marchés de la restauration hors foyer en Allemagne et en France. Ces mesures ont pesé sur nos ventes.
Que peut-on attendre en termes de profits pour l'exercice achevé ?
- Je pense que notre résultat, qui sera publié en octobre, sera au même niveau que l'année précédente. Cet exercice a été pénalisé par des charges de restructuration. Toutefois, la réorganisation entamée depuis deux ans devrait s'avérer payante en 2006/2007. A périmètre constant, le chiffre d'affaires, tout comme la rentabilité, devrait redémarrer dès l'année prochaine.
Comment un groupe comme Bonduelle, dont la majeure partie des productions de légumes est saisonnière, a-t-il vécu ce mois de juillet très difficile d'un point de vue météorologique ?
- Par rapport à 2003, cette canicule a été très différente. Elle a été moins chaude mais plus longue, et s'est déroulée sur le mois de juillet, et non sur le mois d'août, comme il y a trois ans. Du coup, la récolte de petits pois et carottes n'est pas bonne, ce qui va nous obliger à réduire notre activité commerciale et à augmenter les prix pour tenir jusqu'à la prochaine récolte. En revanche, le début de saison s'annonce tout à fait correct en maïs doux et en haricots verts.
Actuellement, le vrai relais de croissance pour Bonduelle se situe dans les pays d'Europe de l'Est, et notamment dans ceux de l'ex-URSS. Ce positionnement géographique est-il appelé à évoluer ?
- L'Europe orientale constitue un relais de croissance tout à fait phénoménal pour Bonduelle, puisque cette zone génère 15 à 20 % de croissance par an. La Russie, l'Ukraine et le Kazakhstan regroupent à eux trois 250 millions d'habitants, soit presque autant que l'Union européenne ! Nous possédons donc un atout stratégique tout à fait important sur lequel il faut miser. Actuellement, nous réalisons en Europe orientale un chiffre d'affaires très important et très rentable, et nos gammes de produits, très courtes, ne demandent qu'à évoluer. Notre deuxième relais de croissance est technologique : il s'agit du pôle « légumes frais élaborés ». Enfin, les Etats-Unis, marché pourtant extrêmement mature, constituent un nouveau front sur lequel nous souhaitons nous développer d'ici trois ans. L'offre produits sur le créneau de la lutte contre l'obésité est assez pauvre en Amérique du Nord, ce qui nous laisse penser qu'en adaptant certains de nos concepts mis au point en Europe nous pouvons établir une position forte. Si, d'ici un à trois ans, Bonduelle parvenait à réaliser un tiers de son chiffre d'affaires en France, un tiers dans les autres pays de l'Euroland et un tiers à l'étranger, je serais tout à fait satisfait. C'est en tout cas mon ambition aujourd'hui.
Globalement, comment évolue la situation française et où en êtes-vous dans les négociations avec vos clients de la grande distribution ?
- Il est difficile de dresser un bilan au bout de six mois. Le choix des distributeurs entre les marques nationales, les marques premiers prix et leurs marques propres n'est pas évident et varie selon les enseignes. Auchan a, par exemple, déréférencé la marque Bonduelle du rayon surgelés. Je pense qu'il faut inscrire ce débat dans une perspective à trois ans. Et, à ce terme, je suis, en ce qui me concerne, tout à fait optimiste. Un nouvel équilibre entre marques nationales, marques distributeurs et marques premiers prix sera trouvé.
Alors que Bonduelle n'avait plus réalisé d'acquisitions depuis trois ans, deux opérations ont été annoncées coup sur coup : l'acquisition des dernières activités de surgelé d'Unilever en Espagne et, surtout, la prise d'une participation minoritaire dans le leader canadien des légumes en conserve et surgelés Aliments Carrière. Comment doit-on interpréter cette offensive et de quelle manière va-t-elle contribuer à la croissance de votre groupe ?
- Notre opération en Espagne nous a permis de « boucler la boucle », puisqu'elle s'inscrit dans la continuité du rachat, en 2001, des légumes surgelés d'Unilever en Espagne. Désormais, nous n'avons plus aucun lien en Espagne avec Unilever, et Unilever ne possède plus aucune activité sur le segment des surgelés (hors crèmes glacées). Le groupe Unilever n'aurait certainement pas pu valoriser cette branche dans une vente globale. L'impact de cette acquisition sur notre chiffre d'affaires 2006/2007 devrait être de 10 millions d'euros. Notre prise de participation dans Aliments Carrière est stratégiquement très différente. Il s'agit d'un confrère, spécialisé dans le légume en conserve et surgelé, avec lequel Bonduelle travaille depuis plusieurs années. Aliments Carrière possède 70 % de parts de marché au Canada, tant dans les conserves que dans les surgelés, et il réalise un tiers de son chiffre d'affaires aux Etats-Unis. Cette opération est donc une très bonne base pour Bonduelle, qui pourra ainsi placer, en Amérique du Nord, de nouveaux produits et un savoir-faire qu'Aliments Carrière ne possédait pas jusqu'à présent. En termes de rentabilité, cet investissement est sain. Aliments Carrière réalise 9 à 10 % de marge d'exploitation sur un chiffre d'affaires de 230 millions d'euros. Cette participation de 25 % est constituée d'une partie d'achat d'actions et d'un apport provenant de notre filiale américaine Bonduelle Inc., qui existe depuis sept ans à Millington, dans le New Jersey. Enfin, l'opération, qui sera relutive dès le prochain exercice, sera intégrée en équivalence, c'est-à -dire que 25 % du résultat d'Aliments Carrière nous reviendra, soit 2 à 3 millions d'euros de résultat net.
Cette participation est-elle appelée à évoluer ? Bonduelle prendra-t-il le contrôle d'Aliments Carrière ?
- L'avenir nous le dira. Ce groupe canadien est une société familiale, l'actionnaire de référence étant la famille Ostiguy. Le reste du tour de table est composé de deux institutionnels et de l'encadrement. L'actionnariat est donc assez éclaté. A très court terme, l'intérêt est d'échanger des synergies contre un savoir-faire et des produits à valeur ajoutée.
En huit ans, le parcours boursier de Bonduelle a été assez erratique. Après une longue traversée du désert, le titre semble retrouver les faveurs des investisseurs...
- Il est vrai que notre parcours boursier est en forme d'escalier. Nous avons introduit Bonduelle en Bourse en 1998, et, jusqu'en 2000, l'action a connu une période très difficile. J'ai même eu l'impression que le titre n'intéressait pas le marché... Aujourd'hui, l'action est en train d'aborder une phase ascendante et je crois que les investisseurs ont pris conscience que Bonduelle évoluait sur un secteur à cash-flow récurrent avec de belles croissances. Les valorisations et les multiples qui nous sont actuellement appliqués ne sont pas à la hauteur de notre leadership. Et je trouve que cette prise de conscience est un peu longue. Quant à notre politique de distribution, Bonduelle a pour habitude de distribuer 25 % de son résultat net. Une tradition à laquelle nous n'avons pas l'intention de déroger.
Son dernier cours
> Après avoir cédé plus de 15 % en 2005, l'action est revenue sur une phase ascendante.
Elle s'est d'ailleurs octroyé un gain de 25 % depuis le début de l'année en raison des perspectives prometteuses offertes par Bonduelle sur les trois prochains exercices.
Ses objectifs
> La direction table sur une stabilité du chiffre d'affaires et du résultat net pour l'exercice 2005/2006. Toutefois, la rentabilité, tout comme le niveau d'activité, devrait redémarrer dès l'année 2006/2007.
Son dernier cours
> Après avoir cédé plus de 15 % en 2005, l'action est revenue sur une phase ascendante.
Elle s'est d'ailleurs octroyé un gain de 25 % depuis le début de l'année en raison des perspectives prometteuses offertes par Bonduelle sur les trois prochains exercices.
Ses objectifs
> La direction table sur une stabilité du chiffre d'affaires et du résultat net pour l'exercice 2005/2006. Toutefois, la rentabilité, tout comme le niveau d'activité, devrait redémarrer dès l'année 2006/2007.
