Archives Journal des Finances

Les efforts des sociétés du CAC 40 pour fidéliser leurs actionnaires sont perfectibles

30/06/2006 00:00 - JDF

  Texte plus grand Texte plus petit Séparateur

-

 

A l'heure des scandales sur la vente de stock-options et des rémunérations disproportionnées de certains dirigeants, les actionnaires doivent renforcer leurs exigences en matière de communication. La troisième édition de notre enquête annuelle sur les services rendus aux actionnaires par les sociétés du CAC 40 montre malheureusement qu'il faut encore trop souvent payer de sa personne et engager des moyens financiers supplémentaires pour obtenir des informations fiables, claires et, surtout, qui ne font pas appel de manière outrancière au marketing. Les divers supports d'information destinés aux actionnaires constituent en effet des outils de promotion potentiellement efficaces, mais ils occultent encore trop souvent l'essentiel : des tarifs de courtage élevés pour la gestion des titres au nominatif, des services téléphoniques payants, des gadgets totalement inutiles offerts pendant les assemblées générales ou des pseudo-rencontres des actionnaires avec des dirigeants fantômes qui ne prennent pas la peine de se déplacer. Il ne faut pourtant pas oublier que les actionnaires individuels constituent une source de financement non négligeable pour les sociétés cotées en Bourse. De trop nombreuses sociétés l'oublient pourtant.

Quelques très mauvais élèves

On peut ainsi faire partie du compartiment boursier le plus prestigieux sans pour autant entreprendre quoi que ce soit pour ses actionnaires. C'est le cas de STMicroelectronics. La multinationale spécialisée dans la fabrication de semi-conducteurs redouble d'efforts pour soigner les investisseurs institutionnels et les gérants de fonds, mais ne fait strictement rien pour ses minoritaires. Nous avons dû fortement insister pour que le service dédié aux investisseurs, qui est installé à Genève, en Suisse, daigne répondre plus que partiellement à notre questionnaire ! Parallèlement, le vieil adage « Les cordonniers sont toujours les plus mal chaussés » se vérifie de manière surprenante. Les sociétés spécialisées dans les médias et la communication ont ainsi de gros progrès à réaliser en matière d'information du grand public. Publicis a beau être le numéro quatre mondial de la publicité et de la communication, il se contente du strict minimum en matière de communication financière en éditant un rapport annuel, mais ne publie aucune lettre pour ses actionnaires ni aucun guide d'informations pratiques, n'organise pas de réunion en province, et ne semble avoir aucun projet pour que tout cela évolue favorablement. Heureusement, son responsable des relations avec les actionnaires individuels a répondu impeccablement aux quelques questions que nous lui avons posées de manière anonyme. A contrario, la personne qui a répondu à nos questions-tests par téléphone chez Lagardère a même été extrêmement désagréable, mais, surtout, ne savait même pas nous indiquer la progression du cours de l'action du groupe de médias depuis le début de l'année ! On pouvait attendre plus de sérieux et de glamour de la part du propriétaire de la radio Europe 1 et des célèbres magazines Elle ou Paris-Match... Chez Danone, le service téléphonique dédié aux actionnaires est très moyen. Notre interlocutrice n'a rien compris à nos questions, et ne sait même pas nous renseigner sur la progression du cours de l'action depuis le début de l'année. Quant à Capgemini, la responsable du service actionnaires, qui s'occupe également des relations avec les investisseurs et des analystes financiers, est très compétente... mais aussi absente puisque nous avons été orientés à plusieurs reprises sur son répondeur. La société de services informatiques n'ayant rien entrepris depuis l'année dernière pour ses actionnaires, elle pointe encore à la trente-huitième place de notre classement.

De gros efforts des challengers,

qui ont détrôné Air Liquide

La grande surprise de l'année est le glissement d'Air Liquide de la première à la septième place de notre classement. En dépit de l'excellence de ses services, comme le versement d'un jeton de présence de 10 euros aux actionnaires qui se déplacent à l'assemblée générale ou le versement d'un dividende majoré de 10 % aux actionnaires qui détiennent leurs titres depuis plus de deux ans, le leader mondial des gaz industriels n'a pas varié d'un iota depuis l'année dernière. On aurait pu s'attendre à plus d'innovation et de créativité de la part de la vingtaine de personnes chargées toute l'année de veiller à l'information des actionnaires. Les dix premières places de notre classement, dont les notations évoluent dans un mouchoir de poche, se sont jouées à quelques détails près, comme la présence d'une liste des analystes financiers ou la publication de résultats trimestriels, qui concourent selon nous à l'optimisation de la qualité des informations transmises aux particuliers. Il faut également noter que notre contact téléphonique chez Air Liquide a été déplorable, dans la mesure où il n'a répondu qu'à une seule des questions que nous lui avons posées ! Air Liquide a donc été dépassé par des sociétés qui ont réalisé des efforts importants en direction de leurs actionnaires, mais aussi par l'entrée fracassante du poids lourd EDF à la cinquième place de notre classement.

Les banques à la fête

Sur le plan sectoriel, celui de la banque se détache nettement du lot. La Société Générale, BNP Paribas, Dexia et Crédit Agricole SA arrivent respectivement en deuxième, quatrième, neuvième et onzième place de notre classement. Les banques sont en effet passées maîtresses dans l'art de lier et de cultiver un contact durable avec leurs actionnaires individuels. Elles organisent nombre de visites de sites pour les investisseurs particuliers et, surtout, mobilisent leurs dirigeants plusieurs fois dans l'année pour rencontrer les actionnaires individuels. La Société Générale n'a ainsi pas hésité à organiser quatre réunions supplémentaires par rapport aux cinq meetings mis en place en 2005. Les banques sont aussi des championnes en matière de fidélisation et d'animation. Leurs clubs d'actionnaires sont absolument exceptionnels, contrairement à celui de Dexia, qui n'apporte rien « si ce n'est de recevoir de l'information », nous a expliqué l'un des responsables du service des relations avec les actionnaires. Même s'il faut être propriétaire de 200 titres pour espérer intégrer le très sélect « cercle » des actionnaires de BNP Paribas, le jeu en vaut vraiment la chandelle. Les porteurs sont en effet invités à pléthore de manifestations culturelles, événements sportifs, etc. A la Société Générale, ils ont même droit à des offres promotionnelles sur des voyages et à des bouteilles de vin de prestige !

Notre méthode d'évaluation

> Pour la troisième année consécutive, nous avons passé au crible les services dédiés aux actionnaires individuels des sociétés du CAC 40. Notre objectif est de mesurer le degré d'utilité réelle des services proposés au porteur. L'actionnaire individuel n'a, selon nous, pas à supporter des frais indirects pour obtenir des renseignements ou pour optimiser la gestion des parts de sociétés qu'il possède. Tout coût additionnel de gestion de ses titres engendre en effet mécaniquement une baisse du rendement de son investissement.

Dans ce cadre, Le Journal des Finances a mis au point une grille de notation précise sur plusieurs dizaines de critères. Nous avons ainsi testé la rapidité de réaction et l'efficacité des réponses de tous les services téléphoniques dédiés aux actionnaires. Parallèlement, nous nous sommes penchés sur le confort d'utilisation et l'exhaustivité des sites Internet, et de leurs éventuels espaces dédiés aux actionnaires individuels. Des points supplémentaires ont été attribués aux sociétés permettant à leurs actionnaires d'accéder à toutes les informations souhaitées ou à toutes les questions qu'ils se posent sans frais supplémentaires. Des points de bonus se sont ajoutés pour les sociétés proposant, par exemple, des tarifs de courtage exceptionnellement bas, qui, fait encore unique, remboursent les éventuels frais de transfert de leurs titres au nominatif ou versent des jetons de présence aux actionnaires se déplaçant aux assemblées générales, ou à toutes les sociétés dont les dirigeants font l'effort de se déplacer aux réunions d'information organisées avec les porteurs de titres. A contrario, des points ont été retirés aux tarifs élevés (téléphone, frais de courtage des titres inscrits au nominatif), ou aux sociétés qui n'ont pas souhaité répondre à une ou à plusieurs de nos questions. Enfin, notre enquête bénéficiant désormais d'une antériorité de trois ans, nous avons attribué des points supplémentaires aux sociétés qui ont réalisé des efforts pour mieux communiquer avec leurs actionnaires. Les points obtenus nous ont ensuite permis d'attribuer des étoiles. Plus leur nombre est élevé, plus la société notée a obtenu de points.

Les temps changent

Est-ce par philosophie ou par opportunisme ? Dans tous les cas, les résultats sont là et les deux grandes sociétés d'énergie récentes à la cote et dans le CAC 40, à savoir EDF et Gaz de France, font une entrée tonitruante dans notre classement, respectivement à la 5e et à la 8e place. Elles ont ainsi mis la barre très haut, bouleversant la hiérarchie, qui voit la référence nationale en matière de relations avec les actionnaires, Air Liquide, abandonner sa première place au profit de Total. Si l'on y ajoute les progressions spectaculaires de Société Générale (2e), de L'Oréal (10e) et Sanofi-Aventis (19e), mais aussi les reculs significatifs de Lafarge (22e), Renault (23e) et Lagardère (34e), on aura résumé les grandes tendances de ce troisième palmarès du Journal des Finances.

Comme tous les classements, il est certainement critiquable même si la méthode d'évaluation (lire ci-dessous) est très exhaustive. Mais il faut surtout en retenir que l'évolution dans le classement est liée aux investissements humains et financiers consentis par les sociétés pour se rapprocher de leurs actionnaires individuels en les traitant d'égal à égal avec les investisseurs professionnels et autres analystes financiers ; et cela dépend bien sûr de la volonté stratégique des dirigeants de l'entreprise d'asseoir leur développement (et donc leur avenir) sur une base relativement large d'actionnaires personnes physiques. Ce classement a donc la grande vertu de montrer à nos lecteurs actionnaires les sociétés qui les considèrent et celles qui les subissent comme un mal nécessaire. C'est aussi un critère d'investissement.

Des actionnaires moins nombreux, mais qui se renforcent dans le capital des sociétés

> La hausse de 15,3 % du CAC 40 sur un an n'a pas suscité l'afflux de nouveaux actionnaires à la Bourse de Paris. Echaudés par le dégonflement de la bulle spéculative en 2000, agacés par les différents scandales financiers et par la rémunération des dirigeants, les porteurs d'actions sont restés prudents vis-à-vis de la Bourse, lui préférant d'autres foyers d'investissement, comme l'immobilier. Il n'y a cependant pas eu d'hémorragie, puisque vingt et une des quarante sociétés de notre sélection ont enregistré un recul du nombre de leurs actionnaires individuels. C'est EADS qui remporte la palme de l'assèchement du volume de ses porteurs, avec une perte de 500.000 personnes. Le groupe d'aéronautique et de défense est suivi par Sanofi-Aventis (- 300.000 actionnaires), Crédit Agricole SA (- 200.000), France Télécom (- 150.000) et Renault (- 100.000).

Mais - et c'est plutôt une bonne nouvelle - les actionnaires individuels se sont globalement renforcés dans le capital des sociétés. Le grand public a ainsi augmenté sa participation de 2,2 % dans le capital de Suez, en dépit d'une perte sèche de 40.000 actionnaires. Saint-Gobain a eu beau perdre 13.000 individuels, ces derniers ont augmenté leur participation de 1,6 % dans le capital de l'entreprise.

Les clubs et réunions d'actionnaires pour approcher les dirigeants

> Musées, concerts de musique classique, événements sportifs, formations à la Bourse : les clubs d'actionnaires vous permettent d'enrichir votre culture générale et de remplir vos week-ends de loisirs. Certains vont jusqu'à proposer des réductions importantes sur des produits, comme c'est le cas chez Accor (20 % sur les thalassothérapies) ou France Télécom (jusqu'à 15 % sur des téléphones fixes), ou d'accéder à des produits spécialement créés pour le club, comme l'a déjà fait LVMH ! Les clubs permettent-ils cependant d'enrichir ses connaissances sur les sociétés ?

La réponse est définitivement positive. Les clubs donnent accès à l'envoi automatique et à domicile de toutes les documentations (lettres, guides, rapports annuels) concernant la société. Surtout, ils permettent à leurs membres de visiter les sites

de production ou lieux représentatifs de l'activité des entreprises, ce qui concourt

à optimiser ses connaissances dans des domaines parfois ardus comme l'eau (Veolia Environnement), le pétrole (Total), l'électricité (EDF), le gaz (Gaz de France) ou les assurances (Axa, AGF). Surtout, les clubs constituent le sésame quasi indispensable pour rencontrer les dirigeants des sociétés à l'occasion de réunions organisées à Paris ou en province. Le Crédit Agricole est passé maître en la matière, puisqu'il organise 20 à 25 présentations chaque année !

Il est suivi par Dexia (13 réunions par an) et Sanofi-Aventis (12). Cependant, peu de présidents de société « mouillent leur chemise » pour aller à la rencontre de leurs actionnaires.

France Télécom organise ainsi une dizaine de rencontres dans l'année, mais vous ne risquez pas d'y croiser son président, Didier Lombard.

Aucune chance également de pouvoir parler aux présidents de Carrefour, de L'Oréal, de Lagardère ou encore de LVMH, de Michelin, Peugeot, Sanofi-Aventis ou Vinci : ils sont trop occupés ! Seuls les dirigeants d'Air Liquide, BNP Paribas, Crédit Agricole, Dexia Saint-Gobain, Arcelor et Vivendi font correctement face à leurs responsabilités en la matière, et n'hésitent pas à se déplacer plusieurs fois dans l'année. La plupart des clubs d'actionnaires sont accessibles dès la première action détenue. Mais, chez certains, la carte de membre se mérite.

Il faut en effet 200 actions pour intégrer le très sélect cercle des actionnaires de BNP Paribas (soit un investissement de plus de 14.000 euros !) et 100 titres pour entrer dans celui de la Société Générale.

Inscrivez vos titres au nominatif tout en prenant garde aux frais de courtage

> Comment recevoir à domicile les avis de convocation aux assemblées générales ? Ou encore bénéficier d'un dividende majoré, et ce sans s'inscrire obligatoirement à un club d'actionnaires ? C'est facile : il suffit d'inscrire ses actions au nominatif. Contrairement aux titres au porteur, l'action nominative est enregistrée au nom des actionnaires directement dans les registres de la société. Le système offre plusieurs avantages. Outre celui d'être plus régulièrement informé sur l'actualité de l'entreprise, il permet de se voir créditer son dividende plus rapidement que pour une action au porteur, qui est soumise aux délais pratiqués par son établissement financier. Certaines sociétés vont plus loin : Air Liquide, Lagardère et Michelin disposent d'un service interne qui inscrit automatiquement tous les actionnaires au nominatif, qui est alors appelé « pur », par opposition à « administré ». Il faut toutefois prendre garde aux frais qui viennent s'ajouter à la gestion de ses titres. A commencer par le transfert des actions de votre établissement bancaire habituel vers celui chargé de gérer les titres au nominatif. Cette prestation est en effet habituellement facturée par les banques. Il faudra donc négocier avec son établissement financier. Car une seule société du CAC 40, BNP Paribas, rembourse les frais de transfert à concurrence de 35 euros aux actionnaires qui inscrivent leurs titres au nominatif. S'ajoutent ensuite des frais de courtage pour les titres inscrits au nominatif, qui sont facturés par l'établissement teneur de votre compte. En la matière, les tarifs peuvent varier du simple au quadruple. AGF, qui dispose d'un service de gestion au nominatif interne, exonère les frais de transaction pour tout ordre n'excédant pas

3.000 euros. Au-delà, le bancassureur propose le tarif imbattable de 0,17 % hors taxes du montant de la transaction ! A l'inverse, les tarifs atteignent 1 % du montant de la transaction, avec une facturation minimale de 14 euros hors taxes par ordre pour les titres Capgemini et de 9 euros hors taxes par ordre chez Pernod Ricard. L'inscription des titres au nominatif permet en outre aux sociétés de fidéliser leurs actionnaires et de s'assurer de leur soutien dans les moments difficiles, par l'attribution de droits de vote double pour les actionnaires qui détiennent leurs titres depuis plusieurs années (deux ans la plupart du temps et jusqu'à quatre ans dans les sociétés familiales comme Michelin, Peugeot et Lagardère). Pour l'heure, à peine plus de la moitié des sociétés du CAC 40 proposent un droit de vote double aux actionnaires inscrits au nominatif. Car, si des tensions apparaissent avec leurs actionnaires, cette arme peut se retourner contre eux, en permettant aux minoritaires de prendre le contrôle d'une société sans lancer d'offre publique d'achat.

Internet : le moyen le plus efficace pour suivre l'actualité financière des sociétés

> Si vous n'êtes pas encore abonné à Internet ou ne possédez pas encore de micro-ordinateur, il va falloir vous y mettre. Courez vite chez votre revendeur, et connectez-vous ! Car Internet est le meilleur canal pour obtenir de l'information sur les sociétés cotées en Bourse. La plupart des entreprises qui composent le CAC 40 ont mis en place, la plupart du temps, un espace « actionnaires » exclusivement dédié à la publication d'informations à destination des petits porteurs. Et ça marche : certains sites enregistrent plusieurs dizaines de milliers de visiteurs chaque mois ! LVMH, qui souhaite visiblement conserver une certaine distance avec les actionnaires individuels, privilégie le « contact » par Internet et diffuse sur son très beau site les informations essentielles concernant la vie de son action. Mais attention, tout comme une publication « papier », la beauté des pages n'a pas constitué un critère pour notre grille de notation. Nous avons retenu avant tout les sites Internet qui facilitent la tâche des actionnaires dans leur recherche d'informations. Aujourd'hui, toutes les sociétés ou presque permettent de télécharger leurs rapports annuels, communiqués de presse ou lettres aux actionnaires, et de suivre en direct une vidéo de leur assemblée générale. La plupart d'entre elles publient même les résultats des votes (92,5 % des sociétés de notre classement) ! Mais nous avons été plus minutieux. Et nous avons ajouté des notes aux sociétés qui vont jusqu'à publier les notations de leur dette (21 sociétés sur 40), leurs statuts (42,5 % des entreprises de notre classement), qui communiquent la liste des analystes financiers qui les suivent (30 % des entreprises du CAC 40), ou qui ont mis en ligne une liste complète des questions les plus fréquemment posées par les internautes (celui d'EDF comporte 33 questions-réponses). Le site Internet de Vinci va même un peu plus loin que les autres puisque l'on y trouve même les opinions des analystes financiers récemment publiées sur la société. Parallèlement, de nombreuses entreprises diffusent les présentations des réunions organisées exclusivement avec les analystes financiers et les gros investisseurs (institutionnels ou fonds). Problème : ces présentations sont généralement rédigées en anglais. Seul Renault, auquel nous avons attribué un petit bonus, fait l'effort de traduire en français un certain nombre de ces diapositives électroniques pour garantir une meilleure compréhension des informations diffusées aux actionnaires. Cela s'appelle le respect pour l'investisseur, si modeste soit-il. Mais peu de sociétés intègrent encore cette notion dans leur politique de communication. N'hésitez donc pas à vous connecter à tous ces sites Internet, qui sont généralement très bien conçus. Profitez-en pour suivre également tous les conseils du Journal des Finances sur les valeurs qui composent votre portefeuille sur www.jdf.com !

Lettres, guides : le minimum exigible

> On pourrait logiquement penser que toutes les sociétés du CAC 40 communiquent avec leurs actionnaires par l'intermédiaire de supports papier. Il n'en est rien. Essilor International, Publicis et STMicroelectronics n'éditent aucune lettre d'information pour les petits porteurs . A contrario, quatorze sociétés du CAC 40 éditent une lettre, parfois très luxueuse, comme celle du cercle des actionnaires de BNP Paribas, dont la périodicité est trimestrielle. En complément de la désormais traditionnelle lettre qui reprend les éléments financiers essentiels de la société (progression de l'activité, résultats, parcours boursier, initiatives diverses, etc.), la nouvelle marotte des sociétés du CAC 40 est de créer un guide pratique où sont reprises toutes les informations concernant la vie de l'action ou les modalités d'inscription de ses titres au nominatif. Air Liquide a été pionnier en la matière : son premier guide d'informations pour les actionnaires a été publié en 1980 ! Les initiatives ont été timides par la suite. Mais les sociétés se réveillent progressivement. Depuis l'année dernière, six sociétés ont créé leur propre guide, qui est, de plus, téléchargeable sur Internet. Gaz de France a été particulièrement réactif, puisque son propre document était déjà prêt lors de son introduction en Bourse ! Axa, EDF, Lagardère et Schneider Electric étudient la sortie d'un tel document pour cette année, voire en 2007.

Notre méthode d'évaluation

> Pour la troisième année consécutive, nous avons passé au crible les services dédiés aux actionnaires individuels des sociétés du CAC 40. Notre objectif est de mesurer le degré d'utilité réelle des services proposés au porteur. L'actionnaire individuel n'a, selon nous, pas à supporter des frais indirects pour obtenir des renseignements ou pour optimiser la gestion des parts de sociétés qu'il possède. Tout coût additionnel de gestion de ses titres engendre en effet mécaniquement une baisse du rendement de son investissement.

Dans ce cadre, Le Journal des Finances a mis au point une grille de notation précise sur plusieurs dizaines de critères. Nous avons ainsi testé la rapidité de réaction et l'efficacité des réponses de tous les services téléphoniques dédiés aux actionnaires. Parallèlement, nous nous sommes penchés sur le confort d'utilisation et l'exhaustivité des sites Internet, et de leurs éventuels espaces dédiés aux actionnaires individuels. Des points supplémentaires ont été attribués aux sociétés permettant à leurs actionnaires d'accéder à toutes les informations souhaitées ou à toutes les questions qu'ils se posent sans frais supplémentaires. Des points de bonus se sont ajoutés pour les sociétés proposant, par exemple, des tarifs de courtage exceptionnellement bas, qui, fait encore unique, remboursent les éventuels frais de transfert de leurs titres au nominatif ou versent des jetons de présence aux actionnaires se déplaçant aux assemblées générales, ou à toutes les sociétés dont les dirigeants font l'effort de se déplacer aux réunions d'information organisées avec les porteurs de titres. A contrario, des points ont été retirés aux tarifs élevés (téléphone, frais de courtage des titres inscrits au nominatif), ou aux sociétés qui n'ont pas souhaité répondre à une ou à plusieurs de nos questions. Enfin, notre enquête bénéficiant désormais d'une antériorité de trois ans, nous avons attribué des points supplémentaires aux sociétés qui ont réalisé des efforts pour mieux communiquer avec leurs actionnaires. Les points obtenus nous ont ensuite permis d'attribuer des étoiles. Plus leur nombre est élevé, plus la société notée a obtenu de points.

Les temps changent

Est-ce par philosophie ou par opportunisme ? Dans tous les cas, les résultats sont là et les deux grandes sociétés d'énergie récentes à la cote et dans le CAC 40, à savoir EDF et Gaz de France, font une entrée tonitruante dans notre classement, respectivement à la 5e et à la 8e place. Elles ont ainsi mis la barre très haut, bouleversant la hiérarchie, qui voit la référence nationale en matière de relations avec les actionnaires, Air Liquide, abandonner sa première place au profit de Total. Si l'on y ajoute les progressions spectaculaires de Société Générale (2e), de L'Oréal (10e) et Sanofi-Aventis (19e), mais aussi les reculs significatifs de Lafarge (22e), Renault (23e) et Lagardère (34e), on aura résumé les grandes tendances de ce troisième palmarès du Journal des Finances.

Comme tous les classements, il est certainement critiquable même si la méthode d'évaluation (lire ci-dessous) est très exhaustive. Mais il faut surtout en retenir que l'évolution dans le classement est liée aux investissements humains et financiers consentis par les sociétés pour se rapprocher de leurs actionnaires individuels en les traitant d'égal à égal avec les investisseurs professionnels et autres analystes financiers ; et cela dépend bien sûr de la volonté stratégique des dirigeants de l'entreprise d'asseoir leur développement (et donc leur avenir) sur une base relativement large d'actionnaires personnes physiques. Ce classement a donc la grande vertu de montrer à nos lecteurs actionnaires les sociétés qui les considèrent et celles qui les subissent comme un mal nécessaire. C'est aussi un critère d'investissement.

Des actionnaires moins nombreux, mais qui se renforcent dans le capital des sociétés

> La hausse de 15,3 % du CAC 40 sur un an n'a pas suscité l'afflux de nouveaux actionnaires à la Bourse de Paris. Echaudés par le dégonflement de la bulle spéculative en 2000, agacés par les différents scandales financiers et par la rémunération des dirigeants, les porteurs d'actions sont restés prudents vis-à-vis de la Bourse, lui préférant d'autres foyers d'investissement, comme l'immobilier. Il n'y a cependant pas eu d'hémorragie, puisque vingt et une des quarante sociétés de notre sélection ont enregistré un recul du nombre de leurs actionnaires individuels. C'est EADS qui remporte la palme de l'assèchement du volume de ses porteurs, avec une perte de 500.000 personnes. Le groupe d'aéronautique et de défense est suivi par Sanofi-Aventis (- 300.000 actionnaires), Crédit Agricole SA (- 200.000), France Télécom (- 150.000) et Renault (- 100.000).

Mais - et c'est plutôt une bonne nouvelle - les actionnaires individuels se sont globalement renforcés dans le capital des sociétés. Le grand public a ainsi augmenté sa participation de 2,2 % dans le capital de Suez, en dépit d'une perte sèche de 40.000 actionnaires. Saint-Gobain a eu beau perdre 13.000 individuels, ces derniers ont augmenté leur participation de 1,6 % dans le capital de l'entreprise.

Les clubs et réunions d'actionnaires pour approcher les dirigeants

> Musées, concerts de musique classique, événements sportifs, formations à la Bourse : les clubs d'actionnaires vous permettent d'enrichir votre culture générale et de remplir vos week-ends de loisirs. Certains vont jusqu'à proposer des réductions importantes sur des produits, comme c'est le cas chez Accor (20 % sur les thalassothérapies) ou France Télécom (jusqu'à 15 % sur des téléphones fixes), ou d'accéder à des produits spécialement créés pour le club, comme l'a déjà fait LVMH ! Les clubs permettent-ils cependant d'enrichir ses connaissances sur les sociétés ?

La réponse est définitivement positive. Les clubs donnent accès à l'envoi automatique et à domicile de toutes les documentations (lettres, guides, rapports annuels) concernant la société. Surtout, ils permettent à leurs membres de visiter les sites

de production ou lieux représentatifs de l'activité des entreprises, ce qui concourt

à optimiser ses connaissances dans des domaines parfois ardus comme l'eau (Veolia Environnement), le pétrole (Total), l'électricité (EDF), le gaz (Gaz de France) ou les assurances (Axa, AGF). Surtout, les clubs constituent le sésame quasi indispensable pour rencontrer les dirigeants des sociétés à l'occasion de réunions organisées à Paris ou en province. Le Crédit Agricole est passé maître en la matière, puisqu'il organise 20 à 25 présentations chaque année !

Il est suivi par Dexia (13 réunions par an) et Sanofi-Aventis (12). Cependant, peu de présidents de société « mouillent leur chemise » pour aller à la rencontre de leurs actionnaires.

France Télécom organise ainsi une dizaine de rencontres dans l'année, mais vous ne risquez pas d'y croiser son président, Didier Lombard.

Aucune chance également de pouvoir parler aux présidents de Carrefour, de L'Oréal, de Lagardère ou encore de LVMH, de Michelin, Peugeot, Sanofi-Aventis ou Vinci : ils sont trop occupés ! Seuls les dirigeants d'Air Liquide, BNP Paribas, Crédit Agricole, Dexia Saint-Gobain, Arcelor et Vivendi font correctement face à leurs responsabilités en la matière, et n'hésitent pas à se déplacer plusieurs fois dans l'année. La plupart des clubs d'actionnaires sont accessibles dès la première action détenue. Mais, chez certains, la carte de membre se mérite.

Il faut en effet 200 actions pour intégrer le très sélect cercle des actionnaires de BNP Paribas (soit un investissement de plus de 14.000 euros !) et 100 titres pour entrer dans celui de la Société Générale.

Inscrivez vos titres au nominatif tout en prenant garde aux frais de courtage

> Comment recevoir à domicile les avis de convocation aux assemblées générales ? Ou encore bénéficier d'un dividende majoré, et ce sans s'inscrire obligatoirement à un club d'actionnaires ? C'est facile : il suffit d'inscrire ses actions au nominatif. Contrairement aux titres au porteur, l'action nominative est enregistrée au nom des actionnaires directement dans les registres de la société. Le système offre plusieurs avantages. Outre celui d'être plus régulièrement informé sur l'actualité de l'entreprise, il permet de se voir créditer son dividende plus rapidement que pour une action au porteur, qui est soumise aux délais pratiqués par son établissement financier. Certaines sociétés vont plus loin : Air Liquide, Lagardère et Michelin disposent d'un service interne qui inscrit automatiquement tous les actionnaires au nominatif, qui est alors appelé « pur », par opposition à « administré ». Il faut toutefois prendre garde aux frais qui viennent s'ajouter à la gestion de ses titres. A commencer par le transfert des actions de votre établissement bancaire habituel vers celui chargé de gérer les titres au nominatif. Cette prestation est en effet habituellement facturée par les banques. Il faudra donc négocier avec son établissement financier. Car une seule société du CAC 40, BNP Paribas, rembourse les frais de transfert à concurrence de 35 euros aux actionnaires qui inscrivent leurs titres au nominatif. S'ajoutent ensuite des frais de courtage pour les titres inscrits au nominatif, qui sont facturés par l'établissement teneur de votre compte. En la matière, les tarifs peuvent varier du simple au quadruple. AGF, qui dispose d'un service de gestion au nominatif interne, exonère les frais de transaction pour tout ordre n'excédant pas

3.000 euros. Au-delà, le bancassureur propose le tarif imbattable de 0,17 % hors taxes du montant de la transaction ! A l'inverse, les tarifs atteignent 1 % du montant de la transaction, avec une facturation minimale de 14 euros hors taxes par ordre pour les titres Capgemini et de 9 euros hors taxes par ordre chez Pernod Ricard. L'inscription des titres au nominatif permet en outre aux sociétés de fidéliser leurs actionnaires et de s'assurer de leur soutien dans les moments difficiles, par l'attribution de droits de vote double pour les actionnaires qui détiennent leurs titres depuis plusieurs années (deux ans la plupart du temps et jusqu'à quatre ans dans les sociétés familiales comme Michelin, Peugeot et Lagardère). Pour l'heure, à peine plus de la moitié des sociétés du CAC 40 proposent un droit de vote double aux actionnaires inscrits au nominatif. Car, si des tensions apparaissent avec leurs actionnaires, cette arme peut se retourner contre eux, en permettant aux minoritaires de prendre le contrôle d'une société sans lancer d'offre publique d'achat.

Internet : le moyen le plus efficace pour suivre l'actualité financière des sociétés

> Si vous n'êtes pas encore abonné à Internet ou ne possédez pas encore de micro-ordinateur, il va falloir vous y mettre. Courez vite chez votre revendeur, et connectez-vous ! Car Internet est le meilleur canal pour obtenir de l'information sur les sociétés cotées en Bourse. La plupart des entreprises qui composent le CAC 40 ont mis en place, la plupart du temps, un espace « actionnaires » exclusivement dédié à la publication d'informations à destination des petits porteurs. Et ça marche : certains sites enregistrent plusieurs dizaines de milliers de visiteurs chaque mois ! LVMH, qui souhaite visiblement conserver une certaine distance avec les actionnaires individuels, privilégie le « contact » par Internet et diffuse sur son très beau site les informations essentielles concernant la vie de son action. Mais attention, tout comme une publication « papier », la beauté des pages n'a pas constitué un critère pour notre grille de notation. Nous avons retenu avant tout les sites Internet qui facilitent la tâche des actionnaires dans leur recherche d'informations. Aujourd'hui, toutes les sociétés ou presque permettent de télécharger leurs rapports annuels, communiqués de presse ou lettres aux actionnaires, et de suivre en direct une vidéo de leur assemblée générale. La plupart d'entre elles publient même les résultats des votes (92,5 % des sociétés de notre classement) ! Mais nous avons été plus minutieux. Et nous avons ajouté des notes aux sociétés qui vont jusqu'à publier les notations de leur dette (21 sociétés sur 40), leurs statuts (42,5 % des entreprises de notre classement), qui communiquent la liste des analystes financiers qui les suivent (30 % des entreprises du CAC 40), ou qui ont mis en ligne une liste complète des questions les plus fréquemment posées par les internautes (celui d'EDF comporte 33 questions-réponses). Le site Internet de Vinci va même un peu plus loin que les autres puisque l'on y trouve même les opinions des analystes financiers récemment publiées sur la société. Parallèlement, de nombreuses entreprises diffusent les présentations des réunions organisées exclusivement avec les analystes financiers et les gros investisseurs (institutionnels ou fonds). Problème : ces présentations sont généralement rédigées en anglais. Seul Renault, auquel nous avons attribué un petit bonus, fait l'effort de traduire en français un certain nombre de ces diapositives électroniques pour garantir une meilleure compréhension des informations diffusées aux actionnaires. Cela s'appelle le respect pour l'investisseur, si modeste soit-il. Mais peu de sociétés intègrent encore cette notion dans leur politique de communication. N'hésitez donc pas à vous connecter à tous ces sites Internet, qui sont généralement très bien conçus. Profitez-en pour suivre également tous les conseils du Journal des Finances sur les valeurs qui composent votre portefeuille sur www.jdf.com !

Lettres, guides : le minimum exigible

> On pourrait logiquement penser que toutes les sociétés du CAC 40 communiquent avec leurs actionnaires par l'intermédiaire de supports papier. Il n'en est rien. Essilor International, Publicis et STMicroelectronics n'éditent aucune lettre d'information pour les petits porteurs . A contrario, quatorze sociétés du CAC 40 éditent une lettre, parfois très luxueuse, comme celle du cercle des actionnaires de BNP Paribas, dont la périodicité est trimestrielle. En complément de la désormais traditionnelle lettre qui reprend les éléments financiers essentiels de la société (progression de l'activité, résultats, parcours boursier, initiatives diverses, etc.), la nouvelle marotte des sociétés du CAC 40 est de créer un guide pratique où sont reprises toutes les informations concernant la vie de l'action ou les modalités d'inscription de ses titres au nominatif. Air Liquide a été pionnier en la matière : son premier guide d'informations pour les actionnaires a été publié en 1980 ! Les initiatives ont été timides par la suite. Mais les sociétés se réveillent progressivement. Depuis l'année dernière, six sociétés ont créé leur propre guide, qui est, de plus, téléchargeable sur Internet. Gaz de France a été particulièrement réactif, puisque son propre document était déjà prêt lors de son introduction en Bourse ! Axa, EDF, Lagardère et Schneider Electric étudient la sortie d'un tel document pour cette année, voire en 2007.

Enquête réalisée et coordonnée par YANNICK DUVERGÉ, avec la participation de JOAN CHEMLA -