« Nous reprendrons la distribution d'actions gratuites dès que nos réserves nous le permettront »

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LE JOURNAL DES FINANCES : Les résultats de l'exercice 2005 sont meilleurs que prévu. La marge d'exploitation ressort à 12,7 %, au lieu des 12 % escomptés, et le bénéfice net a progressé plus rapidement que les ventes. Comment expliquez-vous cette performance ?
Christian Courtin : - Tout d'abord, au niveau du chiffre d'affaires, nous avons accompli notre mission. Nous aurions franchi largement la barre du milliard d'euros si deux événements n'avaient pas affecté notre activité. En premier lieu, la fusion de deux distributeurs, Federated et May, aux Etats-Unis devrait se traduire par la fermeture de 80 points de vente. Ensuite, en France, le nouveau propriétaire de Marionnaud a réajusté les stocks en fonction des ventes effectives. Le côté positif de cette décision est que nous démarrons l'exercice 2006 sur de bonnes bases. Etant donné le contexte difficile dans le secteur, nous avons décidé de réduire certains budgets au cours du second semestre, notamment au niveau des frais de structure et de production. Par ailleurs, nous avons bénéficié de la réduction de la charge financière et d'une plus-value sur notre participation dans L'Occitane.
Le parfum Clarins n'a pas tout à fait répondu aux attentes. Quel bilan tirez-vous des lancements de parfums en 2005 ?
- Nous avons un très beau concept avec Par amour et Par amour toujours, nos deux premiers parfums lancés sous la marque Clarins. Nous avons été trop optimistes sur nos prévisions. Nous avons pris conscience que nous devions éduquer le personnel de Clarins sur l'univers du parfum. C'est un bon jus et nous allons persévérer, car le parfum représente plus de 50 % du marché mondial de la distribution sélective. Pour une marque qui a acquis sa légitimité dans le soin, réussir dans le parfum peut prendre du temps. En 2006, les ventes de parfums Clarins seront inférieures à 23 millions d'euros, mais nous n'aurons quasiment pas d'investissements à réaliser, puisque l'essentiel des coûts a été supporté en 2005.
Nous avons aussi sous-estimé le nombre de lancements qu'il y aurait en 2005 et auxquels nous avons participé avec Alien de Thierry Mugler, Miss Me de Stella Cadente, Silver Black d'Azzaro, qui eux sont au-dessus de nos attentes. Alien, lancé en septembre, a généré 23 millions d'euros de chiffre d'affaires au lieu des 15 millions escomptés.
Le contrat de distribution de parfums pour le compte de Procter & Gamble (P&G) s'est achevé le 31 décembre 2005. Comment allez-vous compenser le manque à gagner de 94,4 millions d'euros par an en termes de chiffre d'affaires ?
- Nous avons estimé que les nouveaux contrats déjà engrangés devraient nous rapporter 16 millions d'euros. D'autres accords sont à l'étude et nous misons aussi sur nos propres parfums. La réussite que nous avons connue avec P&G - le chiffre d'affaires a été porté de 50 millions à 120 millions de dollars en cinq ans - nous a ouvert d'autres perspectives avec d'autres confrères. Par ailleurs, nous venons de signer un contrat de distribution avec la marque indépendante Nuxe et Nickel au Canada, et nous devrions prochainement signer un accord au Mexique. Les chiffres d'affaires sont faibles, mais cela permet d'optimiser nos frais de structure. Nous pourrions aussi nouer des partenariats comme celui avec L'Occitane.
Justement, quels sont vos projets concernant L'Occitane ?
- Nous sommes très satisfaits de notre partenariat avec L'Occitane, qui est financier, commercial, industriel et de recherche. Aujourd'hui, notre participation de 5,18 % dans le capital nous permet d'afficher (selon les normes IFRS) une plus-value de 18 millions d'euros dans nos comptes. Nous avons, par ailleurs, la possibilité de convertir nos obligations à compter du mois d'avril jusqu'en 2011, ce qui porterait notre part à environ 25 %. Nous pourrions songer à le faire, puisque la rentabilité dégagée par L'Occitane est désormais supérieure au rendement des obligations (8,25 % par an). Nous disposons effectivement d'un droit de préférence si le propriétaire de la marque était vendeur. Après conversion des obligations, L'Occitane serait valorisé à 457 millions d'euros, ce qui en fait maintenant un acteur de poids dans son créneau.
Quel est votre objectif de chiffre d'affaires pour le groupe Clarins en 2006 ? Escomptez-vous une hausse de la marge opérationnelle ?
- Sur la base des ventes réalisées hors distribution de parfums pour P&G, de 900 millions d'euros en 2005, nous escomptons une croissance interne de 6 %, pour un marché attendu en hausse de 3 %. L'apport des nouveaux contrats de distribution de parfums serait de l'ordre de 16 millions d'euros. Au total, le chiffre d'affaires devrait avoisiner 970 millions d'euros, contre 998,2 millions en 2005. L'activité à fin février est parfaitement en ligne avec nos prévisions, puisqu'elle progresse de 8 %. Les nouvelles réglementations européennes nous interdisent de communiquer sur les estimations de résultats, mais je puis vous dire que l'amélioration de la marge opérationnelle reste notre objectif permanent. Mécaniquement, elle va progresser dans le parfum car les dépenses vont nettement se réduire par rapport à 2005 et augmenter, en revanche, dans le pôle beauté (soins et maquillage).
Songeriez-vous à vous développer sur un autre circuit de distribution, comme celui des pharmacies ? La nouvelle ligne de soins My Blend pourrait-elle être commercialisée sur ce réseau ?
- La distribution sélective montre, au niveau mondial, des signes d'essoufflement. Ce marché progresse de 2,6 % par an. En France, la pharmacie fait 20 % de mieux dans la vente des produits de soins. Nous étudions le rachat de marques distribuées à travers ce réseau, et pas seulement en France. Cela dépendra des opportunités. Nous n'avons pas de dossier aujourd'hui, et plusieurs maisons, comme Nuxe ou Caudalie, ont clairement manifesté leur souhait de rester indépendantes. Nous pourrions aussi développer nos propres marques pour ce réseau ou nous associer avec des marques par un lien capitalistique.
Le lancement de My Blend se fera finalement en 2007 aux Etats-Unis. Nous pourrions envisager de la commercialiser dans les parapharmacies dans les autres pays.
Quels seront les axes de développement en 2006 ? Le segment des soins pour hommes est-il toujours aussi dynamique ?
- En 2006, nous allons recentrer nos efforts sur la beauté. Nous avons programmé six lancements pour le premier semestre dans les soins et deux dans le maquillage.
Il nous a fallu cinq ans pour développer la ligne de soins pour hommes, mais cela nous a permis de nous placer immédiatement et durablement à la deuxième place sur le marché français, avec une part de marché de 27 %, juste derrière le leader (31 %) (Ndlr : Biotherm) et loin devant le troisième (9,3 %) (Ndlr : Nickel). Nous réalisons environ 30 millions d'euros de chiffre d'affaires dans cette activité qui progresse beaucoup plus vite que le marché. Nous avons beaucoup de projets, dont un nouveau produit très spectaculaire. Des lancements sont prévus au cours du second semestre de cette année.
Vous allez verser un dividende net en hausse de 23,9 % pour 2005, correspondant à un taux de distribution supérieur à 35 %. Ce niveau pourra-t-il être maintenu en 2006 ?
- La progression du dividende prouve notre confiance dans l'avenir du groupe.
Nous avons toujours annoncé que nous voulions atteindre ce niveau de distribution. Par ailleurs, nous n'avons pas l'intention de mettre un terme à notre politique de fidélisation de nos actionnaires avec les attributions gratuites. Nous ne l'avons pas fait cette année pour des raisons techniques, mais, dès que nos réserves nous le permettront, nous la reprendrons.
Les rumeurs de vente de Clarins sont récurrentes. Quelle est votre position à ce sujet ?
- Il y a un prix pour tout. Jusqu'à présent, la famille Courtin a tenu à conserver sa participation autour de 65 % du capital, justement pour nous permettre de financer une éventuelle opération de croissance externe tout en restant majoritaire.
Vous le voyez, nous ne sommes pas dans une démarche de cession, mais plutôt d'expansion du groupe, en comptant sur nos propres forces.
Son dernier cours
> Le vendredi 24 mars, à l'annonce des résultats de l'exercice 2005 meilleurs que prévu tant par la société que par les analystes, le titre a bondi de 5,28 %, signant la plus forte hausse du SRD. Depuis son plus bas niveau de 2002, l'action a gagné 164 %, pour revenir à 52,8 euros, un cours précédemment atteint en 2001.
Ses objectifs
> Pour le présent exercice, la société vise une croissance interne comprise entre 6 et 7 %, en excluant les ventes réalisées grâce à Procter & Gamble. Le chiffre d'affaires devrait ainsi revenir à 970 millions d'euros.
Son dernier cours
> Le vendredi 24 mars, à l'annonce des résultats de l'exercice 2005 meilleurs que prévu tant par la société que par les analystes, le titre a bondi de 5,28 %, signant la plus forte hausse du SRD. Depuis son plus bas niveau de 2002, l'action a gagné 164 %, pour revenir à 52,8 euros, un cours précédemment atteint en 2001.
Ses objectifs
> Pour le présent exercice, la société vise une croissance interne comprise entre 6 et 7 %, en excluant les ventes réalisées grâce à Procter & Gamble. Le chiffre d'affaires devrait ainsi revenir à 970 millions d'euros.
