La Bourse de Paris sera soumise aux aléas des taux et de la consommation américaine en 2006

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Et de trois ! La Bourse de Paris vient de boucler une troisième année consécutive de hausse, avec un gain de 23,39 %. Il s'agit de sa meilleure performance depuis 1999. Si les deux années précédentes portaient encore les stigmates des excès commis à la fin des années 1990 et du contrecoup des attentats du 11 septembre 2001, l'année 2005 peut être considérée comme celle du retour à la normale.
Pour les entreprises, d'abord, qui, après s'être restructurées et désendettées, sont repassées à l'offensive en investissant et en renouant avec les opérations de croissance externe. Pour les investisseurs, ensuite, qui ont transféré leurs abondantes liquidités sur les marchés d'actions dans un contexte beaucoup plus serein qu'au cours des dernières années.
Année faste pour les pétrolières, les technologiques et les valeurs dollars
De fait, la hausse de l'indice CAC 40 a été régulière et progressive, puisque nous avons connu neuf mois de hausse sur douze (seuls avril, août et octobre ont affiché un bilan négatif). En fin d'année, la capitalisation boursière de la place de Paris atteignait ainsi 1.440 milliards d'euros (soit 4 % du record de 1.500 milliards atteint en 2000).
Dans un contexte beaucoup plus détendu, la tendance a surtout été le reflet d'une activité économique mondiale très soutenue et des bons résultats délivrés par les entreprises.
Force est toutefois de constater que trois catégories de valeurs ont surtout stimulé les indices. Les titres du secteur de l'énergie ont vraiment décollé cette année, à l'image du fabricant de tubes Vallourec ou des groupes parapétroliers comme Schlumberger, Technip et Géophysique, qui vont bénéficier des investissements menés en amont par les grandes compagnies pétrolières.
Les valeurs technologiques ont également été recherchées, notamment les éditeurs de logiciels, comme Business Objects et les sociétés de services informatiques telles qu'Unilog ou Capgemini, dans la perspective d'une reprise des dépenses de la part des entreprises, qui avaient gelé leur budget informatique depuis quatre ans.
Enfin, et c'est la révélation de l'année 2005, les valeurs dollars sont revenues en force sur le devant de la scène avec le rebond du billet vert par rapport à l'euro. Les groupes exportateurs ou réalisant une part substantielle de leurs profits en dollars, comme EADS dans l'aéronautique ou LVMH dans le luxe, ont pleinement profité de cette tendance.
Les télécoms et l'automobile à la peine
Du côté des perdants, trois secteurs ont également émergé du lot. Les télécoms, France Télécom en tête, ont été victimes de l'ouverture de leur marché et de l'intensification de la concurrence. L'automobile (Peugeot, Faurecia) a beaucoup souffert de la morosité de la consommation en Europe, tout comme la distribution (Casino, Guyenne & Gascogne).
Autre phénomène intéressant, les investisseurs n'ont pas hésité à jouer les situations de retournement en plébiscitant des dossiers comme Alstom ou Soitec, preuve supplémentaire que l'optimisme est bien revenu à Paris.
Vers une accélération des opérations de fusion-acquisition
La multiplication des OPA est une autre illustration de la confiance retrouvée des opérateurs. Il est vrai que la scène mondiale a été animée par des rapprochements spectaculaires, comme Procter & Gamble et Gillette dans les biens de consommation, Gas Natural et Endesa dans l'énergie ou encore Telefonica et O2 dans les télécoms.
Les grands groupes français ont fait preuve d'audace en poussant leurs pions hors de leurs frontières. Pernod Ricard a mis la main sur le britannique Allied Domecq, tandis que Saint-Gobain s'est emparé de BPB. Arcelor est, de son côté, parti à l'assaut du sidérurgiste canadien Dofasco sans toutefois être sûr de gagner la mise, puisque ThyssenKrupp a aussi déclaré son intérêt pour le dossier.
D'autres opérations devraient se concrétiser au cours des prochains mois. EADS lorgne sur Thales avec de plus en plus d'insistance. Atos Origin pourrait intéresser T-Systems, la filiale informatique de Deutsche Telekom. Quant à Danone, il n'est toujours pas à l'abri d'une OPA de PepsiCo. Dans le luxe, les rumeurs sur un changement de contrôle du groupe Hermès sont de plus en plus insistantes.
Cette effervescence sur le marché des fusions-acquisitions a été largement entretenue par les fonds d'investissement, candidats inattendus au rachat de nombreuses affaires de taille moyenne. On a vu par exemple une entité du groupe Axa intervenir à deux reprises pour s'emparer du spécialiste du prêt-à-porter Camaïeu.
Si les retraits de la cote issus de ces opérations se sont multipliés, la Bourse de Paris a accueilli de nouveaux candidats de renom comme GDF, Sanef ou EDF, qui à eux trois représentent une levée de fonds de 10,2 milliards d'euros. Au total, près de cinquante sociétés ont franchi les portes de la Bourse cette année, dont un tiers par le biais du Marché Libre. Elles ont permis de battre un record, avec 13,7 milliards d'euros de capitaux levés.
Sauf accident majeur sur les marchés, 2006 pourrait être un bon millésime pour les introductions. Aéroports de Paris, Areva, Groupama et Legrand sont attendus de pied ferme.
Le pétrole et le dollar restent au centre des préoccupations
Paradoxalement, la flambée des prix du pétrole a eu des effets plus positifs que négatifs sur l'évolution du CAC 40. En s'adjugeant plus de 30 %, l'action Total, dont la pondération dans l'indice atteint 15 %, a largement influé sur la tendance générale. Il faut dire aussi que les entreprises, tous secteurs confondus, ont jusqu'à maintenant remarquablement absorbé le choc des matières premières, ce qui leur a permis de ne pas être sanctionnées en Bourse. Mais cette capacité de résistance reste fragile et pourra être remise en cause en cas de nouveaux dérapages sur les prix des matières.
Autre paramètre incontournable, le dollar a contribué à faire les beaux jours de la Bourse de Paris en regagnant du terrain par rapport à l'euro. En un an, la parité euro/dollar a ainsi été ramenée de 1,36 à 1,19, pour le plus grand bonheur des sociétés fortement exportatrices ou réalisant une part substantielle de leurs profits en dollars. Les déficits accumulés par les Etats-Unis ne plaident pourtant pas pour la fermeté du billet vert, mais le travail de la Réserve fédérale a fait son oeuvre. La Banque centrale américaine a procédé à un treizième relèvement de ses taux directeurs depuis 2001, pour porter ces derniers à 4,25 %. Un mouvement qui pourrait se poursuivre en 2006, mais à un rythme beaucoup plus mesuré.
Menace sur la consommation des ménages américains
Les autorités monétaires auront à résoudre une difficile équation consistant à maîtriser le regain d'inflation que pourrait faire naître le renchérissement du prix de l'énergie sans casser pour autant la croissance américaine, attendue entre 3,5 et 4 % en 2006. Une croissance jusqu'à maintenant entretenue par la consommation des ménages américains, qui ont bénéficié ces dernières années de taux d'intérêt attrayants et de réductions d'impôts. « Aujourd'hui, la réduction d'impôt n'est plus appliquée, les taux d'intérêt augmentent, le marché immobilier résidentiel ralentit et le taux d'épargne des Américains est négatif », s'inquiète Tony Dolphin, directeur de l'économie et de la stratégie du fonds Henderson Global Investors, dont le message est on ne peu plus prudent : « L'ombre du ralentissement de la consommation aux Etats-Unis planant sur les perspectives économiques et financières, les investisseurs doivent se préparer à l'éventualité d'un changement du climat d'investissement en 2006, relativement peu favorable aux marchés d'actions. » La Banque JP Morgan table ainsi sur un recul de 11 % de l'indice S&P 500 en 2006. Il semble toutefois que, comme cela a été le cas en 2005, les entreprises européennes devraient mieux s'en sortir que leurs homologues américaines l'an prochain. La hausse des taux d'intérêt sur le Vieux Continent devrait en effet rester plus modérée qu'outre-Atlantique, et la croissance des bénéfices des entreprises européennes devrait de nouveau dépasser celle des américaines en 2007, après le rééquilibrage attendu en 2006.
L'or a, de son côté, pleinement trouvé son rôle de valeur refuge. L'once de métal fin, qui évoluait autour de 440 dollars il y a un an, a passé en cours d'année la barre des 500 dollars. Et rien se semble pouvoir s'opposer à la poursuite de ce mouvement, ne serait-ce que pour des raisons fondamentales, la demande devenant peu à peu supérieure à l'offre. Les mines d'or devraient donc encore tirer leur épingle du jeu en 2006, comme elles l'ont fait cette année.
Dans les autres secteurs, l'énergie et les technologiques semblent encore avoir de beaux jours devant eux. A l'inverse, les industries fortement consommatrices de matières premières comme l'automobile voient leurs réserves de productivité s'épuiser sans vraiment pouvoir répercuter complètement l'inflation des coûts sur leurs prix de vente. Comme en 2005, le CAC 40 pourrait donc évoluer à deux vitesses l'an prochain.
Le pétrole et le dollar restent au centre des préoccupations
Paradoxalement, la flambée des prix du pétrole a eu des effets plus positifs que négatifs sur l'évolution du CAC 40. En s'adjugeant plus de 30 %, l'action Total, dont la pondération dans l'indice atteint 15 %, a largement influé sur la tendance générale. Il faut dire aussi que les entreprises, tous secteurs confondus, ont jusqu'à maintenant remarquablement absorbé le choc des matières premières, ce qui leur a permis de ne pas être sanctionnées en Bourse. Mais cette capacité de résistance reste fragile et pourra être remise en cause en cas de nouveaux dérapages sur les prix des matières.
Autre paramètre incontournable, le dollar a contribué à faire les beaux jours de la Bourse de Paris en regagnant du terrain par rapport à l'euro. En un an, la parité euro/dollar a ainsi été ramenée de 1,36 à 1,19, pour le plus grand bonheur des sociétés fortement exportatrices ou réalisant une part substantielle de leurs profits en dollars. Les déficits accumulés par les Etats-Unis ne plaident pourtant pas pour la fermeté du billet vert, mais le travail de la Réserve fédérale a fait son oeuvre. La Banque centrale américaine a procédé à un treizième relèvement de ses taux directeurs depuis 2001, pour porter ces derniers à 4,25 %. Un mouvement qui pourrait se poursuivre en 2006, mais à un rythme beaucoup plus mesuré.
Menace sur la consommation des ménages américains
Les autorités monétaires auront à résoudre une difficile équation consistant à maîtriser le regain d'inflation que pourrait faire naître le renchérissement du prix de l'énergie sans casser pour autant la croissance américaine, attendue entre 3,5 et 4 % en 2006. Une croissance jusqu'à maintenant entretenue par la consommation des ménages américains, qui ont bénéficié ces dernières années de taux d'intérêt attrayants et de réductions d'impôts. « Aujourd'hui, la réduction d'impôt n'est plus appliquée, les taux d'intérêt augmentent, le marché immobilier résidentiel ralentit et le taux d'épargne des Américains est négatif », s'inquiète Tony Dolphin, directeur de l'économie et de la stratégie du fonds Henderson Global Investors, dont le message est on ne peu plus prudent : « L'ombre du ralentissement de la consommation aux Etats-Unis planant sur les perspectives économiques et financières, les investisseurs doivent se préparer à l'éventualité d'un changement du climat d'investissement en 2006, relativement peu favorable aux marchés d'actions. » La Banque JP Morgan table ainsi sur un recul de 11 % de l'indice S&P 500 en 2006. Il semble toutefois que, comme cela a été le cas en 2005, les entreprises européennes devraient mieux s'en sortir que leurs homologues américaines l'an prochain. La hausse des taux d'intérêt sur le Vieux Continent devrait en effet rester plus modérée qu'outre-Atlantique, et la croissance des bénéfices des entreprises européennes devrait de nouveau dépasser celle des américaines en 2007, après le rééquilibrage attendu en 2006.
L'or a, de son côté, pleinement trouvé son rôle de valeur refuge. L'once de métal fin, qui évoluait autour de 440 dollars il y a un an, a passé en cours d'année la barre des 500 dollars. Et rien se semble pouvoir s'opposer à la poursuite de ce mouvement, ne serait-ce que pour des raisons fondamentales, la demande devenant peu à peu supérieure à l'offre. Les mines d'or devraient donc encore tirer leur épingle du jeu en 2006, comme elles l'ont fait cette année.
Dans les autres secteurs, l'énergie et les technologiques semblent encore avoir de beaux jours devant eux. A l'inverse, les industries fortement consommatrices de matières premières comme l'automobile voient leurs réserves de productivité s'épuiser sans vraiment pouvoir répercuter complètement l'inflation des coûts sur leurs prix de vente. Comme en 2005, le CAC 40 pourrait donc évoluer à deux vitesses l'an prochain.
