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L'épée de Damoclès de l'hiver 1995

08/10/2005 00:00 - JDF

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Voilà le gouvernement prévenu : il travaille désormais sous l'oeil des syndicats, qui ont défilé mardi dernier, pour la quatrième fois depuis le début de l'année. Pour Dominique de Villepin, le moment est venu de la première épreuve en tant que chef du gouvernement : « Gouvernement et Medef ont quelques jours pour donner des signes tangibles qu'ils ont entendu le message », a grondé Bernard Thibault, le patron de la CGT. Depuis l'hiver 1995, quand ils ont paralysé la France pour s'opposer aux réformes proposées par Alain Juppé, les syndicats jouent du muscle politique. Alors que la France ne compte que 10 % de salariés syndiqués, contre 90 % en Suède par exemple, les syndicats français entendent peser sur les décisions des gouvernements et s'opposer à toute réforme qu'ils jugent contraire à leurs intérêts. Au premier rang de ceux-ci figure la défense de l'emploi dans la fonction publique. Alors que la France est le pays moderne qui compte le plus de fonctionnaires (un actif sur quatre travaille dans la fonction publique), que l'Etat consacre 44 % de ses ressources budgétaires aux salaires et pensions de ses fonctionnaires, et que toutes les études montrent que sans une diminution des effectifs de la fonction publique il est illusoire de prétendre équilibrer les dépenses de l'Etat, les syndicats bloquent toutes les réformes envisagées. En 1996, Dominique Perben étant ministre de la Fonction publique, deux rapports attiraient l'attention du gouvernement sur les risques de crise financière que faisait courir à l'Etat le poids des salaires et des retraites de ses salariés. Le gouvernement s'apprêtait à se pencher sur le problème, poussé en cela par plusieurs députés. La riposte syndicale ne se fit pas attendre : « Le gouvernement serait bien inspiré de calmer sa majorité, s'il ne veut pas se retrouver devant un mouvement comme celui de l'hiver dernier. » Les rapports rejoignirent d'autres rapports, études et documents qui, consacrés au même sujet, dorment dans les placards. En dix ans, les choses n'ont pratiquement pas bougé ! Alain Lambert, puis Francis Mer avaient proposé de ne remplacer qu'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite.

En août 2003, Jean-Pierre Raffarin a abandonné cet objectif, qui le plaçait sous la menace des foudres de la CGT et de FO notamment. Son successeur se montre aussi prudent : sur les 70.000 fonctionnaires qui partiront en retraite l'an prochain le projet de budget 2006 prévoit d'en remplacer 65.000... seuls 5.000 postes ne seront pas pourvus de remplaçants. Or, pour payer ses fonctionnaires, l'Etat s'endette avec constance depuis trente ans, et depuis trente ans il dépense chaque année plus qu'il n'encaisse. La gauche au pouvoir en 1981 a augmenté le déficit public de 120 % et ouvert en grand les portes de la fonction publique aux candidats fonctionnaires, qui sont ses électeurs et les adhérents les plus nombreux des syndicats. Faute de réformer la fonction publique, l'Etat déploie des trésors d'imagination pour s'endetter : désormais il emprunte à 50 ans. Nos enfants et petits-enfants paieront dans 50 ans des salaires et des retraites versés aujourd'hui ! La dette publique (Etat, collectivités locales, Sécurité sociale) se montait à 1.000 milliards de francs en 1985 ; en 2005, elle représente toujours 1.000 milliards... mais il s'agit d'euros. Il y a vingt ans, cette dette absorbait 6 % des dépenses budgétaires, contre 15 % aujourd'hui, elle est devenue le deuxième poste budgétaire. Comment peut-on imaginer que la France puisse continuer à s'endetter et à refuser de réformer les 35 heures, l'ISF, le fonctionnement de l'Etat, de l'éducation nationale, des services de santé. Pendant combien de temps encore allons-nous vivre sous l'épée de Damoclès de l'hiver de 1995 ?

L'ACTUALITE VUE PAR... Philippe Sassier