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LEON GROSSE

16/07/2005 00:00 - JDF

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Ce groupe de BTP est peu connu du grand public. Et pour cause ! Une clause d'agrément figurant dans les statuts de la société donne le pouvoir au conseil d'administration d'accepter ou de refuser l'entrée d'un investisseur à son capital.

Ce procédé discriminatoire, contraire au principe de libre circulation des capitaux en Bourse, est rendu possible par l'inscription de LEON GROSSE au Marché Libre qui n'est pas réglementé. Pourquoi, dès lors, rester coté en Bourse ? Pour permettre aux familles savoyardes qui accompagnent la société depuis des générations d'entrer ou de sortir du capital plus facilement, rétorque un membre de la direction. Ce dernier justifie également cette politique de confidentialité par la faiblesse du flottant sur le marché (7 % du capital) puisque la famille Grosse (51 %) et les salariés du groupe contrôlent 93 % des actions.

Originaire d'Aix-les-Bains, ce spécialiste du BTP fondé en 1881 par Léon Grosse est entré en Bourse sur le marché du hors-cote en 1921, puis a été transféré au Marché Libre au début des années 2000. Avec un chiffre d'affaires consolidé de 370 millions d'euros réalisé en 2004, le groupe dispose d'une présence géographique sur tout le territoire national, plus forte dans le Grand Est. La priorité semble donnée depuis quelques années au développement sur la façade atlantique, avec deux acquisitions réalisées l'an dernier à Bordeaux et deux autres signées en début d'année dans la région nantaise.

Confidentiel, le titre n'en a pas moins accompli un remarquable parcours boursier depuis un an et demi, avec une progression de 12,9 % l'an dernier, qui s'est accélérée au premier semestre (+ 47,2 %). Il le doit à la distribution le 2 décembre 2004 d'un acompte de 9 euros par action, qui a permis aux actionnaires privilégiés de LEON GROSSE de profiter une dernière fois de l'avoir fiscal, et surtout à la décision prise par le conseil d'administration de verser, le 7 juillet, un dividende exceptionnel de 19,6 euros par action en plus du solde de 11 euros de dividende ordinaire. Les actionnaires de LEON GROSSE auront donc touché au titre de l'exercice 2004 un coupon de 39,6 euros qui, sur la base des cours actuels, fait ressortir un rendement net de 5,91 %. Cette générosité est le résultat d'une très bonne année 2004, au cours de laquelle le chiffre d'affaires consolidé a progressé de 14,2 %. Le bénéfice net social a, pour sa part, plus que doublé pour passer de 6,15 millions à 14,36 millions d'euros. Il intègre toutefois une reprise de provisions de 3,3 millions qui a été redistribuée aux actionnaires sous la forme du dividende exceptionnel. Il n'en reste pas moins que le résultat lié à l'exploitation de la société s'est inscrit en hausse de près de 79 %.

L'exercice en cours s'annonce de la même veine que 2004, le marché du bâtiment et des travaux publics restant toujours aussi dynamique. Le chiffre d'affaires de LEON GROSSE pourrait dès lors atteindre 420 millions d'euros en intégrant l'effet en année pleine des acquisitions réalisées depuis un an. L'hypothèse d'une marge nette de 3 % ferait ressortir un résultat net de 12,6 millions d'euros pour cette année. Sachant que le groupe distribue en moyenne 30 % de son bénéfice net, le dividende représenterait 23 euros par action et offrirait un rendement net de 3,43 %.

Mais la principale richesse de LEON GROSSE réside dans son bilan. Les comptes 2004 n'ayant pas encore été communiqués publiquement aux actionnaires, nous nous référons aux comptes 2003 qui font ressortir 51 millions de fonds propres et 92 millions de trésorerie nette, soit l'équivalent de 547,6 euros par action. Par ailleurs, figurait également au passif du bilan un matelas de provisions pour risque de 28 millions correspondant à un peu plus de la moitié des fonds propres de LEON GROSSE. Cela témoigne de la prudence de la direction qui se réserve ainsi, comme l'an dernier, une marge de manoeuvre pour lisser les résultats de la société.

Si les multiples de capitalisation de 8,9 et 8,3 fois nos estimations de bénéfices pour 2005 et 2006 sont raisonnables, la sous-évaluation du titre est encore plus manifeste d'après le critère de la valeur d'entreprise sur chiffre d'affaires. Elle n'est que de 0,05 fois alors qu'une société de BTP se paie couramment 0,3 fois son volume d'activité. Sur cette base, l'action LEON GROSSE devrait théoriquement valoir 1.208,3 euros. La trésorerie de 547,6 euros par action à fin 2003 n'est donc pas prise en compte par le marché. Même en appliquant une décote de 25 % sur le titre pour prendre en compte son manque de liquidité et le caractère discriminatoire de la clause d'agrément imposée par le conseil d'administration, l'action possède encore un potentiel d'appréciation de 35 %. Notre objectif de cours est fixé à 906 euros.

Comp. ML ; code FR0005717626 (MLLEO) ; cotation Fixing ; cours au 12/07 670 #euro; (4.395 F) ; cours extrêmes sur un an 417,7-715 #euro; ; BNPA 2004, 2005 et 2006 estimés 85,50, 75,00 et 80,35 #euro; ; PER 2004, 2005 et 2006 estimés 7,83, 8,93 et 8,33 fois ; rendement 5,91 % ; moyenne quotidienne des transactions titres ; capitalisation boursière 113 M#euro; ; activité principale BTP.

FrÈdÈric BÈriot