Archives Journal des Finances

L'action Eurazeo décote de 18 % par rapport à son actif net réévalué estimé en fin d'année

02/07/2005 00:00 - JDF

  Texte plus grand Texte plus petit Séparateur

-

 
NOTRE CONSEIL

ACHAT POUR LE LONG TERME

Connu désormais pour ses activités de capital-investissement dans le non-coté, Eurazeo est également devenu, après la fusion avec sa maison mère Rue Impériale, une société détentrice d'un patrimoine immobilier important. Situé au centre de Lyon (100.000 mètres carrés) et de Marseille (290.000 mètres carrés), l'ensemble avoisine une valeur de 430 millions d'euros, soit 13 % de l'actif net réévalué du groupe. Patrick Sayer a réaffirmé à l'assemblée générale la stratégie de réévaluation de ces actifs pour atteindre, à terme, un taux de rendement interne (TRI) de l'ordre de 15 % par an, contre seulement 2,6 % aujourd'hui. Pour y parvenir, en plus des efforts qui sont réalisés dans la rénovation des immeubles (montant proche de 35 millions d'euros) et après avoir divisé par deux les charges de gestion (2,7 millions d'euros), Eurazeo a racheté la société cotée ANF à Finaxa pour 100 millions d'euros. Elle y a apporté l'ensemble des actifs immobiliers et va ainsi bénéficier du statut fiscal de SIIC, qui permet de défiscaliser les revenus locatifs et les plus-values immobilières sous conditions de distribution de plus de 85 % du bénéfice net. L'impact chiffré est important, car il diminuerait de moitié les charges fiscales latentes, qui sont aujourd'hui de l'ordre de 140 millions d'euros.

Eurazeo a les moyens financiers de faire croître son portefeuille de participations

Le président du directoire, Patrick Sayer, a réaffirmé, lors l'assemblée générale du 4 mai dernier, sa stratégie de poursuite des investissements vers le non-coté en restant fidèle aux critères de sélectivité très stricts fixés lors de son accession au poste de président du directoire, en 2002. Les conditions restent donc : investir sur des marchés où il existe une forte barrière à l'entrée, sur des sociétés rentables, positionnées sur des secteurs en croissance, et s'assurer de l'existence d'une direction compétente. Gilbert Saada, membre du directoire, précise qu'Eurazeo n'a pas pour vocation d'être un actionnaire minoritaire dans une affaire. Le but est d'être majoritaire ou comajoritaire dans un montage financier de rachat avec effet de levier par endettement (LBO). Huit ou neuf dossiers d'investissement importants sont actuellement à l'étude, dont trois ou quatre peuvent êtres considérés comme « sérieux », en sachant que certaines opérations pourraient dépasser les 3 milliards d'euros.

Cité en début de semaine comme un acquéreur potentiel de Groupe Taittinger en cas de cession des participations des familles héritières et d'Albert Frère, Eurazeo n'a pas souhaité faire de commentaire. Gilbert Saada a tout de même avoué regarder le dossier « comme beaucoup d'acteurs du capital investissement de la place ».

En plus des 600 millions d'euros touchés à la suite de la cession de la participation dans la Banque Lazard, la société a reçu 563 millions d'euros de dividende exceptionnel d'Eutelsat. A ces liquidités, disponibles immédiatement, s'ajoutent près d'1 milliard d'euros de participation dans deux sociétés cotées, 3,6 % du capital de Danone (730 millions d'euros) et 2,2 % de Veolia Environnement (230 millions d'euros). Patrick Sayer a réaffirmé, le lundi 20 juin, dans une entrevue à notre confrère La Tribune, que ces positions sont totalement liquides et peuvent être immédiatement mobilisées en cas de besoin. Enfin, Gilbert Saada nous a confirmé le souhait de la holding de revendre la participation (40 %) détenue dans Terreal, l'ancienne activité de tuiles et de briques de Saint-Gobain, acquise au milieu de l'année 2003 (et valorisée 28 millions d'euros pour sa quote-part). La liquidation du fonds d'investissement IRR, géré par le défunt Edouard Stern, dont Eurazeo avait initialement doté sa participation de 268 millions d'euros, constitue également une autre source de liquidités, même si cet investissement n'est plus valorisé qu'à 190 millions d'euros. Gilbert Saada espère retirer au moins la moitié de cette somme pour la fin de l'année.

Enfin, dernier gros dossier, Eutelsat devrait faire son entrée en Bourse dans les douze mois à venir et permettre au groupe de retirer une très confortable plus-value en cédant une petite partie de sa participation. Des sources proches du dossier laissent entendre que l'opération pourrait avoir lieu avant la fin de l'année 2005.

Pour l'heure, une chose est certaine, le groupe disposera sur l'année d'au moins 2 milliards de liquidités à consacrer à des investissements d'envergure. L'exercice 2005 s'annonce donc sous les meilleurs auspices, après un exercice 2004 pénalisé par la provision de 148 millions d'euros sur la participation dans la Banque Lazard. Le bénéfice net 2004 était revenu à seulement 13,5 millions d'euros, ce qui n'a pas empêché le directoire d'Eurazeo d'augmenter indirectement de 19 % le dividende, en complétant la distribution d'un coupon de 1 euro par l'attribution d'une action gratuite pour 10 détenues. Il n'en reste pas moins que le titre offre un rendement relativement faible (1,4 %). Compte tenu des projets d'investissement de la société, l'attrait boursier d'Eurazeo n'est pas à chercher dans une perspective d'un rendement élevé à court terme. A titre de comparaison, le rendement de Wendel Investissement ne s'élève qu'à 1,8 %.

Pour l'heure, le pari boursier d'Eurazeo repose sur la capacité des dirigeants du groupe à faire régulièrement croître la valeur de son portefeuille. Car, en dépit des difficultés rencontrées au cours de ces dernières années, l'investisseur qui a placé 1 euro dans la société en juin 1995 a vu sa mise multipliée par trois fois et demie en dix ans.

Aujourd'hui, compte tenu de la très bonne performance des participations cotées d'Eurazeo (Danone et Veolia), de l'appréciation des participations non cotées (Eutelsat et Rexel), ainsi que du travail de revalorisation réalisé sur le patrimoine immobilier du groupe (lire ci-contre), nous estimons que l'actif net réévalué d'Eurazeo est proche de 4 milliards d'euros, soit 79,1 euros par action. Au regard des opérations d'investissement et de désinvestissement à venir, nous pensons que l'actif net réévalué pourrait dépasser 4,3 milliards d'euros à la fin de l'année, soit 85 euros par action. Au cours actuel, la décote anticipée est donc de 18 % sur notre estimation de l'actif net réévalué de fin d'année. On jouera donc une forte réduction de cette décote en sachant que celle-ci a totalement disparu dans les pays anglo-saxons. Les investisseurs ont en effet pris conscience des potentiels de valorisation des holdings spécialisées dans le non-coté et leur applique de façon usuelle une surcote qui peut atteindre 15 %.

La direction met l'accent sur la revalorisation des actifs immobiliers

> Connu désormais pour ses activités de capital-investissement dans le non-coté, Eurazeo est également devenu, après la fusion avec sa maison mère Rue Impériale, une société détentrice d'un patrimoine immobilier important. Situé au centre de Lyon (100.000 mètres carrés) et de Marseille (290.000 mètres carrés), l'ensemble avoisine une valeur de 430 millions d'euros, soit 13 % de l'actif net réévalué du groupe. Patrick Sayer a réaffirmé à l'assemblée générale la stratégie de réévaluation de ces actifs pour atteindre, à terme, un taux de rendement interne (TRI) de l'ordre de 15 % par an, contre seulement 2,6 % aujourd'hui. Pour y parvenir, en plus des efforts qui sont réalisés dans la rénovation des immeubles (montant proche de 35 millions d'euros) et après avoir divisé par deux les charges de gestion (2,7 millions d'euros), Eurazeo a racheté la société cotée ANF à Finaxa pour 100 millions d'euros. Elle y a apporté l'ensemble des actifs immobiliers et va ainsi bénéficier du statut fiscal de SIIC, qui permet de défiscaliser les revenus locatifs et les plus-values immobilières sous conditions de distribution de plus de 85 % du bénéfice net. L'impact chiffré est important, car il diminuerait de moitié les charges fiscales latentes, qui sont aujourd'hui de l'ordre de 140 millions d'euros.

par JEAN-BAPTISTE FROVILLE