Archives Journal des Finances

Quelles valeurs choisir face à la hausse des matières premières

25/03/2005 00:00 - JDF

  Texte plus grand Texte plus petit Séparateur

-

 
NOTRE CONSEIL

La chimie et les équipementiers automobiles

Les groupes pétroliers et miniers apparaissent comme les grands vainqueurs du choc des matières premières

Après trois années ininterrompues de hausse, la plupart des experts s'accordaient à prédire un reflux du cours des matières premières. Or c'est au phénomène inverse auquel on assiste. Le cours du baril de brent est en marche vers les 60 dollars, et l'indice CRB des matières premières est à son plus haut niveau depuis vingt-cinq ans.

Au premier rang des bénéficiaires de cette situation exceptionnelle, on retrouve bien évidemment les groupes pétroliers et miniers, dont les résultats devraient encore atteindre des sommets.

Avec un bénéfice net de 9,6 milliards d'euros au titre de 2004, Total avait pourtant déjà placé la barre très haut. Mais si les tensions sur le marché pétrolier venaient à perdurer, ce record pourrait être dépassé cette année.

Pour le plus grand profit des actionnaires du groupe pétrolier dans la mesure où une grande partie des liquidités générées leur sera une nouvelle fois reversée sous forme de dividende et de rachat d'actions.

En raison de sa taille et de la concentration de son activité sur l'exploration et la production, l'envolée des cours du pétrole a un effet de levier sur les résultats de Maurel et Prom bien plus important que pour une compagnie intégrée comme Total. Mais cette petite société pétrolière n'en profite pas pleinement car elle a couvert une partie de sa production sur le marché à terme, soit 10.000 barils quotidiens (équivalent à la moitié des volumes produits), au prix unitaire de 40 dollars.

Vers un nouvel exercice record pour les miniers

Sur un plan boursier, les titres des groupes pétroliers ne connaissent aucune effervescence particulière car les marchés ne croient pas que les cours resteront à des niveaux aussi élevés. Ce qui paraît vraisemblable en dehors de tout événement politique majeur.

Les autres grands gagnants de la conjoncture exceptionnelle qui prévaut aujourd'hui sont les groupes miniers. Le rapport de forces qui les oppose à leurs clients, notamment les sidérurgistes, tourne actuellement en leur grande faveur. Les trois principaux producteurs de minerai de fer (Rio Tinto, la dernière compagnie diversifiée à être encore cotée à Paris, BHP Billiton et CVRD) ont ainsi imposé (au cours de négociations de gré à gré) une augmentation de leurs prix de 71,5 % à la fin du mois de février. Tout aussi spectaculaire est la hausse de plus de 60 % décidée par Eramet pour le minerai de manganèse.

Sans compter que les cours des métaux non ferreux cotés sur le LME volent de record en record : le nickel a atteint son plus haut depuis 1989, idem pour le cuivre, l'aluminium depuis dix ans, etc.

Compte tenu de la forte croissance économique dont bénéficie actuellement la Chine, qui soutient la demande de matières premières, tout porte à croire que les prix vont rester élevés dans les prochains mois.

L'exercice se présente dans ce contexte sous les meilleurs auspices pour Eramet, dernier groupe minier français de la cote, pour Inco, son grand rival canadien, essentiellement concentré sur le métal du diable, pour Rio Tinto (présent dans l'aluminium, le charbon ou encore le cuivre) et, enfin, pour CFF Recycling (on s'arrache la ferraille). Néanmoins, les perspectives de gains substantiels en Bourse semblent désormais derrière nous, et la plus grande prudence s'impose donc sur le secteur.

A l'autre bout de la chaîne, Arcelor a jusqu'à présent entièrement répercuté (voire fait même un peu plus) sur les prix de vente de ses aciers la forte hausse des matières premières. Et le groupe sidérurgiste entend poursuivre dans cette voie. Une capacité qu'il conservera tant que la consommation d'acier de la Chine restera dynamique et que l'Empire du Milieu demeurera un importateur net.

> Sept secteurs à jouer pour se protéger contre la hausse du pétrole

Si la hausse du pétrole est globalement négative pour la croissance de l'économie du fait qu'elle ampute le pouvoir d'achat des ménages et entraîne des restrictions budgétaires chez les entreprises, la rédaction du Journal des Finances a identifié sept grands secteurs d'activité insensibles à l'évolution des cours de l'or noir.

Ceux-ci constituent un placement refuge, comme en témoigne la performance boursière réalisée par les concessions autoroutières ou l'immobilier, offrant une excellente visibilité sur l'évolution de leur activité et des rendements souvent très supérieurs à la moyenne du marché.

La voiture demeure un moyen de locomotion incontournable et le pétrole cher n'empêchera pas les Français d'emprunter les réseaux autoroutiers d'APRR, d'ASF ou de la Sanef pour se déplacer.

Les foncières jouissent de la réglementation immobilière assez restrictive qui les protège contre une renégociation immédiate à la baisse des loyers pendant la durée légale de trois, six et bien souvent neuf ans des baux. Sauf à payer une indemnité de départ équivalente à la durée restante du bail, l'entreprise locataire d'un immeuble est condamnée à y rester.

Ces deux secteurs, déjà largement joués en 2004, nous paraissent aujourd'hui surévalués en raison d'une part de leur manque de flottant en Bourse et de leur sensibilité à une remontée des taux d'intérêt à long terme.

De véritables machines à cash

En revanche, le secteur des services aux collectivités, qui a fait l'objet d'importantes restructurations financières, paraît intéressant à jouer dans une optique défensive.

Dans le secteur de l'eau et l'énergie, Veolia Environnement a achevé son recentrage stratégique en cédant ses concessions non rentables, et Suez profite depuis cet été de la libéralisation du marché européen de l'énergie. Les deux valeurs figurent sur notre liste des valeurs préférées.

Le secteur des télécoms est également protégé des turbulences liées à la flambée des cours du pétrole et des matières premières. C'est notamment le cas de France Télécom, qui est aujourd'hui en ordre de marche avec des niveaux d'endettement plus raisonnables et des augmentations significatives des dividendes liées à la hausse des liquidités générées par son activité. Au titre de l'exercice 2004, le dividende a ainsi été porté à 0,48 euro par action. Nous pensons que l'opérateur sera en mesure de verser 1 euro l'année prochaine. Ces sociétés sont de véritables machines à cash-flow dans la mesure où leurs investissements sont autofinancés.

Le secteur de la restauration collective, avec Elior et Sodexho, et surtout celui des services liés à la santé sont deux pans d'activité qui ne dépendent pas de l'évolution des cours du pétrole. Bastide, Medidep ou Orpéa, évoluent ainsi sur le marché porteur des personnes âgées et profitent à la fois du vieillissement et de l'allongement de la durée de vie de la population.

Dans un autre domaine, Eurofins Scientific, spécialiste des analyses biologiques dans l'agroalimentaire et l'environnement, ou Biomérieux, expert en détection de maladies, bénéficient de l'attention croissante à la question de la santé publique.

Enfin, les laboratoires Sanofi-Aventis et Stallergènes surfent sur une consommation toujours croissante de médicaments qui est insensible à l'évolution du cycle économique, et leur processus de production n'utilise pas de matières premières.

> La chimie et les équipementiers automobiles sont les plus touchés...

Le constat est frappé au coin de l'évidence : les secteurs d'activité les plus touchés par la hausse du prix des matières premières et de l'énergie sont ceux dont ces ressources constituent l'un des principaux postes de coûts. Il s'agit notamment de toutes les industries de transformation de la matière, et plus principalement celles dont la part de valeur ajoutée dans les prix de vente des produits finis est la plus faible.

Pression sur les marges

Les équipementiers automobiles font partie des secteurs qui devraient le plus souffrir en 2005. Cette activité, qui subit déjà traditionnellement de fortes pressions sur les marges, du fait des exigences des clients, va subir un redoutable « effet de ciseaux » : alors que les coûts vont progresser, les constructeurs automobiles ne relâcheront pas leur pression, surtout à un moment où ils font eux-mêmes face à une érosion de leur marché. L'impact de la hausse des matières premières sur Valeo et Faurecia a été limité en 2004 (voir tableau). Mais, en 2005, le scénario sera sans doute plus sombre. Ainsi, Pierre Lévi, président de Faurecia, a prévenu lors de la présentation des résultats annuels que la marge opérationnelle du groupe devrait connaître un repli au premier semestre par rapport à la même période de l'année dernière. La visibilité sur le second semestre reste dans ces conditions très limitée.

Cette problématique se retrouve plus généralement chez tous les manufacturiers. Ainsi, Pinguely-Haulotte, fabricant de nacelles élévatrices, a vu son excédent brut d'exploitation amputé de 11,5 % du fait de la hausse du prix de l'acier (certains types ayant vu leur prix doubler l'année dernière), qui représente 15 % du prix de revient de ses équipements. Au final, la marge opérationnelle du groupe aurait affiché 2 points de moins en 2004 s'il n'y avait pas eu une hausse des volumes d'affaires, une politique d'innovation et une réduction des coûts structurels. Mais si l'acier poursuit sa hausse en 2005, Pinguely- Haulotte ne pourra sans doute pas afficher les mêmes performances qu'en 2004 (voir l'interview page 32).

Le secteur de la chimie sera lui aussi particulièrement touché par la hausse du prix des matières premières, et principalement du pétrole. En effet, les dérivés d'hydrocarbures représentent 63 % des approvisionnements de Rhodia en matériaux de base. Le groupe a pu en partie compenser la hausse de ses coûts en 2004 par des hausses de prix. Et notamment grâce à une hausse de la demande, une augmentation de 15 % du prix des polyamides, qui génèrent un tiers de l'excédent brut d'exploitation. Mais ce dernier s'est tout de même trouvé réduit de près de 30 % par rapport au niveau qu'il aurait affiché à prix du pétrole constant.

A une nuance près, toutefois : ce pourcentage est accentué par des hausses de prix qui n'auraient pas pu passer auprès des clients sans l'argument d'un renchérissement des hydrocarbures. Il n'en reste pas moins que les perspectives ne sont guère favorables en 2005.

Les compagnies aériennes sont elles aussi très dépendantes de l'évolution du prix du pétrole, qu'elles brûlent dans leurs avions sous forme de kérosène. La plupart d'entre elles, pour compenser la hausse, appliquent des surtaxes sur le prix des billets vendus aux voyageurs. Mais cette pratique, qui n'est pas toujours suffisante, n'est pas exempte d'effets pervers : le renchérissement des billets peut dissuader certains de prendre l'avion. Fort heureusement, Air France-KLM, dont l'excédent brut d'exploitation a été réduit de 23,6 % au troisième trimestre de l'exercice qui sera clos le 31 mars, du fait de la hausse de la facture pétrolière, peut compter sur les synergies issues de la fusion des deux anciennes compagnies nationales française et néerlandaise. Ce qui permet malgré tout de compter sur une progression des marges lors du prochain exercice, sans prévoir pour l'heure un relèvement de la surtaxe appliquée depuis mai 2004 sur le prix des billets.

La facture énergétique occasionne un surcoût

Enfin, les sociétés spécialisées dans les matériaux de construction, très gourmandes en énergie, pourraient également se voir pénalisées par la hausse du pétrole. Les cimentiers sont en première ligne. Ainsi, le surcoût énergétique par tonne de ciment de Lafarge, qui s'est élevé à 0,9 euro en 2004, pourrait atteindre 1 euro en 2005. Pour Ciments Français, la facture énergétique a représenté plus de la moitié de la hausse des coûts variables en 2004. Résultat : la marge d'exploitation a baissé au second semestre par rapport à la même période de 2003, passant de 20,2 % à 19,2 % du seul fait de la hausse du coût des combustibles. Quant à Saint-Gobain, le surcoût de l'énergie s'est élevé à 250 millions d'euros en 2004, faisant baisser sa marge opérationnelle de 1,4 point.

> ... tandis que les transporteurs et les sociétés bien gérées résistent

Toutes les sociétés ne sont pas à égalité face à la hausse du prix des matières premières, même dans les secteurs d'industrie les plus touchés par le phénomène. Certains groupes trouvent en effet des moyens de compenser à 100 % cet impact sur leurs coûts, et cette problématique de pression sur les marges leur est ainsi totalement étrangère.

Des clauses d'indexation sur l'or noir

De fait, le secteur du transport routier devrait figurer au premier rang des victimes de la hausse des prix du pétrole, qui renchérit le montant des sommes dépensées à chaque passage à la pompe et peut représenter de 10 à 15 % des charges d'exploitation. Pourtant, il n'en est rien.

Les transporteurs ajoutent en effet à leurs contrats de vente des clauses d'indexation sur le prix de l'or noir dont la hausse est ainsi entièrement répercutée sur les clients.

En outre, ils ont pour la plupart développé des opérations de diversification, notamment dans la logistique, des activités qui ne sont pas directement soumises à la problématique de la hausse du prix des matières premières.

C'est le cas de Géodis et de Norbert Dentressangle, la part de l'activité logistique représentant chez ce dernier environ 30 % du chiffre d'affaires. Les deux groupes ont ainsi pu afficher de très bons résultats pour l'exercice 2004, malgré la hausse du prix de l'or noir, et restent confiants pour 2005.

Le plasturgiste Plastivaloire, pour sa part, renégocie les contrats avec ses clients tous les trois mois, ce qui lui permet de revoir régulièrement ses prix de ventes en fonction de la hausse de ses coûts. Chez SEB, fabricant de petit électroménager qui utilise des plastiques et des métaux, le prix des achats a diminué de 2 % en 2004. L'astuce ? Le groupe développe ses approvisionnements dans des pays à bas coûts.

Des systèmes de couverture pour se protéger des fluctuations

Le cuivre est un élément prépondérant des coûts de fabrication de Nexans, société spécialisée dans le câble. C'est pour cette raison que le groupe a mis au point un système de couverture qui lui permet d'annuler pour une bonne part la hausse du prix du cuivre, qui a atteint récemment des sommets. Pour le solde, cette hausse est répercutée sur les clients par l'augmentation des prix de vente. Nexans reste donc pratiquement imperméable à l'évolution du cuivre.

Même pratique chez Schneider Electric, fabricant d'équipements électriques et d'automatismes industriels, exposé aux fluctuations des cours de métaux comme le cuivre, l'aluminium, l'argent, le nickel et le zinc.

Pour se prémunir contre de mauvaises surprises, les directions des achats des filiales opérationnelles transmettent deux fois par an leurs prévisions d'approvisionnement à la direction des finances et de la trésorerie du groupe.

Cette dernière peut ainsi couvrir les engagements d'achats, notamment à l'aide de contrats à terme sur les matières concernées.

Dans un autre registre, Michelin a montré l'an dernier qu'il pouvait compenser la flambée des matières premières par des hausses de prix. Ce sera encore le cas en 2005.

Il y a enfin des sociétés dont la problématique propre relègue au second plan la hausse de leurs charges opérationnelles liée aux approvisionnements.

C'est typiquement le cas de Carbone Lorraine, spécialiste des applications du graphite et des matériaux de haute performance. Le groupe a vu la hausse des coûts de l'énergie et des matières premières amputer de 10 % le résultat opérationnel au cours de l'exercice 2004.

Mais Carbone Lorraine arrive à la fin d'une phase de restructuration qui lui a notamment permis d'économiser 17 millions d'euros l'année dernière. Du coup, le résultat opérationnel a tout de même progressé de 34 %, avec une marge de 8,3 %. Le groupe entame en outre un cycle de croissance dans ses activités les plus porteuses et dans des zones géographiques à bas coûts, comme la Chine et l'Inde. Il promet donc d'améliorer encore le résultat opérationnel pour porter la marge au minimum à 10 %. L'impact de la hausse des matières premières devrait ainsi s'avérer marginal.

> Les groupes pétroliers et miniers apparaissent comme les grands vainqueurs du choc des matières premières

Après trois années ininterrompues de hausse, la plupart des experts s'accordaient à prédire un reflux du cours des matières premières. Or c'est au phénomène inverse auquel on assiste. Le cours du baril de brent est en marche vers les 60 dollars, et l'indice CRB des matières premières est à son plus haut niveau depuis vingt-cinq ans.

Au premier rang des bénéficiaires de cette situation exceptionnelle, on retrouve bien évidemment les groupes pétroliers et miniers, dont les résultats devraient encore atteindre des sommets.

Avec un bénéfice net de 9,6 milliards d'euros au titre de 2004, Total avait pourtant déjà placé la barre très haut. Mais si les tensions sur le marché pétrolier venaient à perdurer, ce record pourrait être dépassé cette année.

Pour le plus grand profit des actionnaires du groupe pétrolier dans la mesure où une grande partie des liquidités générées leur sera une nouvelle fois reversée sous forme de dividende et de rachat d'actions.

En raison de sa taille et de la concentration de son activité sur l'exploration et la production, l'envolée des cours du pétrole a un effet de levier sur les résultats de Maurel et Prom bien plus important que pour une compagnie intégrée comme Total. Mais cette petite société pétrolière n'en profite pas pleinement car elle a couvert une partie de sa production sur le marché à terme, soit 10.000 barils quotidiens (équivalent à la moitié des volumes produits), au prix unitaire de 40 dollars.

Vers un nouvel exercice record pour les miniers

Sur un plan boursier, les titres des groupes pétroliers ne connaissent aucune effervescence particulière car les marchés ne croient pas que les cours resteront à des niveaux aussi élevés. Ce qui paraît vraisemblable en dehors de tout événement politique majeur.

Les autres grands gagnants de la conjoncture exceptionnelle qui prévaut aujourd'hui sont les groupes miniers. Le rapport de forces qui les oppose à leurs clients, notamment les sidérurgistes, tourne actuellement en leur grande faveur. Les trois principaux producteurs de minerai de fer (Rio Tinto, la dernière compagnie diversifiée à être encore cotée à Paris, BHP Billiton et CVRD) ont ainsi imposé (au cours de négociations de gré à gré) une augmentation de leurs prix de 71,5 % à la fin du mois de février. Tout aussi spectaculaire est la hausse de plus de 60 % décidée par Eramet pour le minerai de manganèse.

Sans compter que les cours des métaux non ferreux cotés sur le LME volent de record en record : le nickel a atteint son plus haut depuis 1989, idem pour le cuivre, l'aluminium depuis dix ans, etc.

Compte tenu de la forte croissance économique dont bénéficie actuellement la Chine, qui soutient la demande de matières premières, tout porte à croire que les prix vont rester élevés dans les prochains mois.

L'exercice se présente dans ce contexte sous les meilleurs auspices pour Eramet, dernier groupe minier français de la cote, pour Inco, son grand rival canadien, essentiellement concentré sur le métal du diable, pour Rio Tinto (présent dans l'aluminium, le charbon ou encore le cuivre) et, enfin, pour CFF Recycling (on s'arrache la ferraille). Néanmoins, les perspectives de gains substantiels en Bourse semblent désormais derrière nous, et la plus grande prudence s'impose donc sur le secteur.

A l'autre bout de la chaîne, Arcelor a jusqu'à présent entièrement répercuté (voire fait même un peu plus) sur les prix de vente de ses aciers la forte hausse des matières premières. Et le groupe sidérurgiste entend poursuivre dans cette voie. Une capacité qu'il conservera tant que la consommation d'acier de la Chine restera dynamique et que l'Empire du Milieu demeurera un importateur net.

> Sept secteurs à jouer pour se protéger contre la hausse du pétrole

Si la hausse du pétrole est globalement négative pour la croissance de l'économie du fait qu'elle ampute le pouvoir d'achat des ménages et entraîne des restrictions budgétaires chez les entreprises, la rédaction du Journal des Finances a identifié sept grands secteurs d'activité insensibles à l'évolution des cours de l'or noir.

Ceux-ci constituent un placement refuge, comme en témoigne la performance boursière réalisée par les concessions autoroutières ou l'immobilier, offrant une excellente visibilité sur l'évolution de leur activité et des rendements souvent très supérieurs à la moyenne du marché.

La voiture demeure un moyen de locomotion incontournable et le pétrole cher n'empêchera pas les Français d'emprunter les réseaux autoroutiers d'APRR, d'ASF ou de la Sanef pour se déplacer.

Les foncières jouissent de la réglementation immobilière assez restrictive qui les protège contre une renégociation immédiate à la baisse des loyers pendant la durée légale de trois, six et bien souvent neuf ans des baux. Sauf à payer une indemnité de départ équivalente à la durée restante du bail, l'entreprise locataire d'un immeuble est condamnée à y rester.

Ces deux secteurs, déjà largement joués en 2004, nous paraissent aujourd'hui surévalués en raison d'une part de leur manque de flottant en Bourse et de leur sensibilité à une remontée des taux d'intérêt à long terme.

De véritables machines à cash

En revanche, le secteur des services aux collectivités, qui a fait l'objet d'importantes restructurations financières, paraît intéressant à jouer dans une optique défensive.

Dans le secteur de l'eau et l'énergie, Veolia Environnement a achevé son recentrage stratégique en cédant ses concessions non rentables, et Suez profite depuis cet été de la libéralisation du marché européen de l'énergie. Les deux valeurs figurent sur notre liste des valeurs préférées.

Le secteur des télécoms est également protégé des turbulences liées à la flambée des cours du pétrole et des matières premières. C'est notamment le cas de France Télécom, qui est aujourd'hui en ordre de marche avec des niveaux d'endettement plus raisonnables et des augmentations significatives des dividendes liées à la hausse des liquidités générées par son activité. Au titre de l'exercice 2004, le dividende a ainsi été porté à 0,48 euro par action. Nous pensons que l'opérateur sera en mesure de verser 1 euro l'année prochaine. Ces sociétés sont de véritables machines à cash-flow dans la mesure où leurs investissements sont autofinancés.

Le secteur de la restauration collective, avec Elior et Sodexho, et surtout celui des services liés à la santé sont deux pans d'activité qui ne dépendent pas de l'évolution des cours du pétrole. Bastide, Medidep ou Orpéa, évoluent ainsi sur le marché porteur des personnes âgées et profitent à la fois du vieillissement et de l'allongement de la durée de vie de la population.

Dans un autre domaine, Eurofins Scientific, spécialiste des analyses biologiques dans l'agroalimentaire et l'environnement, ou Biomérieux, expert en détection de maladies, bénéficient de l'attention croissante à la question de la santé publique.

Enfin, les laboratoires Sanofi-Aventis et Stallergènes surfent sur une consommation toujours croissante de médicaments qui est insensible à l'évolution du cycle économique, et leur processus de production n'utilise pas de matières premières.

> La chimie et les équipementiers automobiles sont les plus touchés...

Le constat est frappé au coin de l'évidence : les secteurs d'activité les plus touchés par la hausse du prix des matières premières et de l'énergie sont ceux dont ces ressources constituent l'un des principaux postes de coûts. Il s'agit notamment de toutes les industries de transformation de la matière, et plus principalement celles dont la part de valeur ajoutée dans les prix de vente des produits finis est la plus faible.

Pression sur les marges

Les équipementiers automobiles font partie des secteurs qui devraient le plus souffrir en 2005. Cette activité, qui subit déjà traditionnellement de fortes pressions sur les marges, du fait des exigences des clients, va subir un redoutable « effet de ciseaux » : alors que les coûts vont progresser, les constructeurs automobiles ne relâcheront pas leur pression, surtout à un moment où ils font eux-mêmes face à une érosion de leur marché. L'impact de la hausse des matières premières sur Valeo et Faurecia a été limité en 2004 (voir tableau). Mais, en 2005, le scénario sera sans doute plus sombre. Ainsi, Pierre Lévi, président de Faurecia, a prévenu lors de la présentation des résultats annuels que la marge opérationnelle du groupe devrait connaître un repli au premier semestre par rapport à la même période de l'année dernière. La visibilité sur le second semestre reste dans ces conditions très limitée.

Cette problématique se retrouve plus généralement chez tous les manufacturiers. Ainsi, Pinguely-Haulotte, fabricant de nacelles élévatrices, a vu son excédent brut d'exploitation amputé de 11,5 % du fait de la hausse du prix de l'acier (certains types ayant vu leur prix doubler l'année dernière), qui représente 15 % du prix de revient de ses équipements. Au final, la marge opérationnelle du groupe aurait affiché 2 points de moins en 2004 s'il n'y avait pas eu une hausse des volumes d'affaires, une politique d'innovation et une réduction des coûts structurels. Mais si l'acier poursuit sa hausse en 2005, Pinguely- Haulotte ne pourra sans doute pas afficher les mêmes performances qu'en 2004 (voir l'interview page 32).

Le secteur de la chimie sera lui aussi particulièrement touché par la hausse du prix des matières premières, et principalement du pétrole. En effet, les dérivés d'hydrocarbures représentent 63 % des approvisionnements de Rhodia en matériaux de base. Le groupe a pu en partie compenser la hausse de ses coûts en 2004 par des hausses de prix. Et notamment grâce à une hausse de la demande, une augmentation de 15 % du prix des polyamides, qui génèrent un tiers de l'excédent brut d'exploitation. Mais ce dernier s'est tout de même trouvé réduit de près de 30 % par rapport au niveau qu'il aurait affiché à prix du pétrole constant.

A une nuance près, toutefois : ce pourcentage est accentué par des hausses de prix qui n'auraient pas pu passer auprès des clients sans l'argument d'un renchérissement des hydrocarbures. Il n'en reste pas moins que les perspectives ne sont guère favorables en 2005.

Les compagnies aériennes sont elles aussi très dépendantes de l'évolution du prix du pétrole, qu'elles brûlent dans leurs avions sous forme de kérosène. La plupart d'entre elles, pour compenser la hausse, appliquent des surtaxes sur le prix des billets vendus aux voyageurs. Mais cette pratique, qui n'est pas toujours suffisante, n'est pas exempte d'effets pervers : le renchérissement des billets peut dissuader certains de prendre l'avion. Fort heureusement, Air France-KLM, dont l'excédent brut d'exploitation a été réduit de 23,6 % au troisième trimestre de l'exercice qui sera clos le 31 mars, du fait de la hausse de la facture pétrolière, peut compter sur les synergies issues de la fusion des deux anciennes compagnies nationales française et néerlandaise. Ce qui permet malgré tout de compter sur une progression des marges lors du prochain exercice, sans prévoir pour l'heure un relèvement de la surtaxe appliquée depuis mai 2004 sur le prix des billets.

La facture énergétique occasionne un surcoût

Enfin, les sociétés spécialisées dans les matériaux de construction, très gourmandes en énergie, pourraient également se voir pénalisées par la hausse du pétrole. Les cimentiers sont en première ligne. Ainsi, le surcoût énergétique par tonne de ciment de Lafarge, qui s'est élevé à 0,9 euro en 2004, pourrait atteindre 1 euro en 2005. Pour Ciments Français, la facture énergétique a représenté plus de la moitié de la hausse des coûts variables en 2004. Résultat : la marge d'exploitation a baissé au second semestre par rapport à la même période de 2003, passant de 20,2 % à 19,2 % du seul fait de la hausse du coût des combustibles. Quant à Saint-Gobain, le surcoût de l'énergie s'est élevé à 250 millions d'euros en 2004, faisant baisser sa marge opérationnelle de 1,4 point.

> ... tandis que les transporteurs et les sociétés bien gérées résistent

Toutes les sociétés ne sont pas à égalité face à la hausse du prix des matières premières, même dans les secteurs d'industrie les plus touchés par le phénomène. Certains groupes trouvent en effet des moyens de compenser à 100 % cet impact sur leurs coûts, et cette problématique de pression sur les marges leur est ainsi totalement étrangère.

Des clauses d'indexation sur l'or noir

De fait, le secteur du transport routier devrait figurer au premier rang des victimes de la hausse des prix du pétrole, qui renchérit le montant des sommes dépensées à chaque passage à la pompe et peut représenter de 10 à 15 % des charges d'exploitation. Pourtant, il n'en est rien.

Les transporteurs ajoutent en effet à leurs contrats de vente des clauses d'indexation sur le prix de l'or noir dont la hausse est ainsi entièrement répercutée sur les clients.

En outre, ils ont pour la plupart développé des opérations de diversification, notamment dans la logistique, des activités qui ne sont pas directement soumises à la problématique de la hausse du prix des matières premières.

C'est le cas de Géodis et de Norbert Dentressangle, la part de l'activité logistique représentant chez ce dernier environ 30 % du chiffre d'affaires. Les deux groupes ont ainsi pu afficher de très bons résultats pour l'exercice 2004, malgré la hausse du prix de l'or noir, et restent confiants pour 2005.

Le plasturgiste Plastivaloire, pour sa part, renégocie les contrats avec ses clients tous les trois mois, ce qui lui permet de revoir régulièrement ses prix de ventes en fonction de la hausse de ses coûts. Chez SEB, fabricant de petit électroménager qui utilise des plastiques et des métaux, le prix des achats a diminué de 2 % en 2004. L'astuce ? Le groupe développe ses approvisionnements dans des pays à bas coûts.

Des systèmes de couverture pour se protéger des fluctuations

Le cuivre est un élément prépondérant des coûts de fabrication de Nexans, société spécialisée dans le câble. C'est pour cette raison que le groupe a mis au point un système de couverture qui lui permet d'annuler pour une bonne part la hausse du prix du cuivre, qui a atteint récemment des sommets. Pour le solde, cette hausse est répercutée sur les clients par l'augmentation des prix de vente. Nexans reste donc pratiquement imperméable à l'évolution du cuivre.

Même pratique chez Schneider Electric, fabricant d'équipements électriques et d'automatismes industriels, exposé aux fluctuations des cours de métaux comme le cuivre, l'aluminium, l'argent, le nickel et le zinc.

Pour se prémunir contre de mauvaises surprises, les directions des achats des filiales opérationnelles transmettent deux fois par an leurs prévisions d'approvisionnement à la direction des finances et de la trésorerie du groupe.

Cette dernière peut ainsi couvrir les engagements d'achats, notamment à l'aide de contrats à terme sur les matières concernées.

Dans un autre registre, Michelin a montré l'an dernier qu'il pouvait compenser la flambée des matières premières par des hausses de prix. Ce sera encore le cas en 2005.

Il y a enfin des sociétés dont la problématique propre relègue au second plan la hausse de leurs charges opérationnelles liée aux approvisionnements.

C'est typiquement le cas de Carbone Lorraine, spécialiste des applications du graphite et des matériaux de haute performance. Le groupe a vu la hausse des coûts de l'énergie et des matières premières amputer de 10 % le résultat opérationnel au cours de l'exercice 2004.

Mais Carbone Lorraine arrive à la fin d'une phase de restructuration qui lui a notamment permis d'économiser 17 millions d'euros l'année dernière. Du coup, le résultat opérationnel a tout de même progressé de 34 %, avec une marge de 8,3 %. Le groupe entame en outre un cycle de croissance dans ses activités les plus porteuses et dans des zones géographiques à bas coûts, comme la Chine et l'Inde. Il promet donc d'améliorer encore le résultat opérationnel pour porter la marge au minimum à 10 %. L'impact de la hausse des matières premières devrait ainsi s'avérer marginal.

par RENAUD MARIDET, F.B., C.S et LA REDACTION