Les techniques et les secrets des traders actifs

-
Loin de la gestion sécurisée du bon père de famille, le trading requiert une attention de tous les instants et une bonne dose de sang froid. Nous avons réuni quatre investisseurs particuliers qui sont devenus des professionnels à part entière des marchés financiers et ont déjà prouvé l'efficacité de leurs approches respectives. Des stratégies d'arbitrages sur options à l'analyse graphique pure, leurs méthodes, qui mélangent souvent théorie et instinct, s'adressent à un public de boursiers avertis.
« J'essaie de rentrer sur le marché avant qu'un signal acheteur se forme »
SYLVAIN DUPORT
> Sylvain Duport, 26 ans, a commencé à s'intéresser à la Bourse il y a environ six ans. Après avoir connu quelques déboires au moment de l'explosion de la bulle Internet en 2000 et décroché un troisième cycle en finances et marchés des capitaux, il s'est progressivement consacré à plein temps au trading en prenant des positions sur le SRD. Il s'est notamment distingué en remportant le concours boursier annuel organisé par Cortal en 2004, grâce à une performance de plus 3.000 % de son portefeuille d'actions.
Comment définiriez-vous votre activité ?
Sylvain Duport : - Je consacre aujourd'hui l'essentiel de ma journée au trading, qui nécessite une bonne connaissance des marchés boursiers, un certain sens de l'observation et du sang-froid. J'opère sur le marché français, et particulièrement sur les valeurs éligibles au SRD.
Ce type de titre bénéficie d'une liquidité suffisante pour pouvoir être réactif et déboucler rapidement une position. Le système de règlement-livraison du SRD offre également un levier intéressant.
Je prends 85 % de mes positions dans un intervalle de temps compris entre un jour et un mois, c'est ce que l'on appelle du swing trading. Les 15 % restants portent sur des opérations d'aller-retour quotidiennes. J'ai fait ce choix après avoir constaté qu'une tendance intrajournalière pouvait souvent se confirmer sur plusieurs jours.
Quel est votre « modus operandi » ?
- Mon approche repose sur un mélange entre un minimum d'analyse fondamentale et une forte utilisation des outils techniques et graphiques. Lorsque je débute ma journée, je m'informe sur les principaux points d'actualité boursiers, économiques et financiers qui seraient susceptibles d'orienter la tendance. Je m'intéresse notamment aux données macroéconomiques américaines comme le taux de chomâge ou encore l'évolution du PIB, mais je suis aussi de près la parité euro-dollar, qui constitue un bon indicateur sur les marchés parisiens.
Les nouvelles me servent surtout à comprendre ce qui se passe. Plus globalement, je vais prendre des positions sur plusieurs jours (en swing) sur des valeurs qui sont belles à la fois graphiquement et fondamentalement car il vaut mieux privilégier des titres qui pourraient faire l'objet d'un flux d'information positif. Pour donner un exemple, je préférerais actuellement acheter du Soitec entre 6 ou 7 euros qu'à l'époque où l'action cotait 4,5 euros, dans un contexte moins favorable.
Après avoir repéré un titre, j'essaie de déterminer une tendance graphique à long terme qui correspond à une période de un à deux ans. Je découpe le temps pour valider la tendance et vérifier si je peux aussi être acheteur à moyen et à court terme. Si le marché est haussier, je ne prends pas de positions courtes et je me concentre sur tous les signaux haussiers.
A titre d'illustration, lorsqu'une phase de consolidation se forme alors que le courant semble acheteur, l'objectif est d'anticiper le mouvement du marché en le devançant. J'achète près du support de la consolidation pour tenter d'entrer au plus bas.
Les configurations chartistes que j'utilise le plus souvent et qui me permettent de déterminer des signaux d'achat sont des configurations en triangle et en drapeau. Je rentre donc une première fois avant la formation du signal.
Si on casse la borne basse, aussi appelée support, je solde les positions. Je vends lorsque la perte sur l'opération atteint 3 %. Si cela marche, je vais me renforcer et j'aurai une certaine avance par rapport au marché. Ensuite, en cas de confirmation de tendance, je me renforce une troisième fois et je sors ensuite en une seule fois.
J'utilise également beaucoup les carnets d'ordres pour déterminer les bornes hausses et basses en fonction des volumes échangés. D'une manière générale, je joue sur les valeurs les plus volatiles du SRD, comme Business Objects, Capgemini, Alcatel, Soitec, ou encore des titres tels qu'Infogrames et Eurotunnel.
« Les arbitragistes jouent un rôle déterminant sur la tendance »
MOSTAFA BELKHAYATE
> Diplômé en sciences économiques et en finances de marché avec une spécialisation sur les matières premières et le marché des futures à Genève, Mostafa Belkhayate, 44 ans, a débuté sa carrière comme analyste dans une grande banque américaine. Il a également travaillé pour la Banque du Maroc et a exercé en tant que conseiller de l'un des plus gros producteurs d'or d'Afrique noire.
Après avoir remporté un concours de trading en 1999, il décide de créer son propre fonds d'investissement et se spécialise rapidement sur les marchés des futures et des devises.
Qu'est-ce qui caractérise un investisseur actif ?
Mostafa Belkhayate : - Le trading ne s'apprend pas dans une école et demande avant tout un gros travail d'observation et une accumulation d'expériences. Je pense également qu'il est important d'avoir une vie de famille et sociale équilibrée tant ce type d'activité peut parfois s'avérer éprouvant.
Quelle technique utilisez-vous ?
- Je suis un analyste technique pur et n'ai jamais recours aux flux d'informations pour orienter mes choix d'investissements. Je travaille essentiellement sur les devises, matières premières, les taux d'intérêt et les indices. J'opère beaucoup sur les marchés américains, mais aussi sur les places boursières européenne et asiatique. Quand je regarde un graphique, j'essaie en quelque sorte de déterminer l'endroit où les faiseurs de marché se sont donné rendez-vous. Pour cela, j'utilise quatre techniques différentes. L'une d'elles repose sur un système de trading que j'ai mis au point selon un principe d'arbitrages simple. Il me permet de prendre, simultanément, des positions sur sept ou huit devises. Il s'agit, par exemple, d'acheter, dans le même temps, l'euro contre le dollar, et de le vendre contre le yen, puis de répéter l'opération avec le franc suisse ou encore la livre sterling, qui seront, chacun, acquis contre une monnaie et vendu contre une autre. Toutes ces variables sont ensuite consolidées dans le système, qui produit ensuite une courbe sinusoïdale. Sur la base de ce graphique, je détermine ensuite mes points d'entrée, qui correspondent au point d'inflexion. Je déboucle ensuite l'ensemble de mes positions à la clôture. Ce modèle me permet de dégager un gain compris entre 0,3 et 0,4 % par jour. Le principe de ce modèle est fondé sur les décalages de cours qui existent entre les différentes places boursières internationales et sur un phénomène de rééquilibrage constaté à la clôture sur le Forex, qui est ouvert pendant vingt-quatre heures.
Comment jouez-vous les « futures » et les matières premières ?
- Une autre technique consiste à réaliser des arbitrages sur le marché des options sur indices. Si le CAC 40 vaut 4.000 points, je vends, au même moment, des calls (options d'achat) 4.500 et des puts (options de vente) 3.700. Cette méthode, baptisée strangle, qui me permet d'encaisser une prime dès le départ, repose sur deux règles essentielles : choisir le prix d'exercice le plus éloigné possible de la valeur du support et l'échéance la plus courte. C'est un bon moyen de spéculer sur ce que l'on appelle la valeur temps. Je mise également sur le fait qu'à moins d'un événement majeur le risque de forte amplitude sur les indices boursiers est relativement faible. Je pense, par ailleurs, que le calcul du prix d'un actif est moins important que le fait de savoir ce qu'il y a derrière et d'identifier les acheteurs et les vendeurs. J'ai en effet eu l'occasion de constater que les positions des arbitragistes jouent un rôle déterminant dans l'orientation de la tendance. Or, contrairement à l'Europe, il est possible de connaître aux Etats-Unis en temps réel leurs intentions d'investissement sur le marché des futures. L'exemple du marché de l'or est particulièrement parlant. Quand les positions vendeuses, alimentées par les producteurs qui cherchent à se couvrir, se réduisent, on peut conclure qu'ils s'apprêtent à livrer et qu'ils n'ont plus intérêt à poursuivre leurs options de vente à terme. On peut donc acheter car les cours de l'or vont très probablement s'orienter à la hausse. Il existe une autre approche qui consiste à anticiper l'évolution du dollar en déterminant graphiquement le rapport entre les taux d'intérêt à trois ans et ceux à vingt ans. Sur la base d'observations historiques, il en ressort une courbe qui reflète l'évolution de la monnaie américaine avec quelques mois d'avance. Toute hausse de ce ratio traduit une hausse des taux à court terme et, par là même, un signe avant-coureur d'un afflux de liquidités vers le dollar.
« Je profite des mouvements d'accélération de cours tant à la hausse qu'à la baisse »
PHILIPPE ERB
> La quarantaine à peine dépassée, Philipe Erb a commencé sa carrière dans la banque. Il dirigea surtout durant plusieurs années la filiale antillaise d'un important établissement financier français.
C'est en toute logique aux Caraïbes, aux Antilles néerlandaises plus précisément, qu'il a décidé de s'installer pour vivre et exercer ses activités de trader. Celles-ci sont essentiellement tournées vers les actions américaines, qui offrent une meilleure liquidité que celles du marché français, ainsi que sur les options sur indice.
Il est notamment l'auteur d'un ouvrage intitulé Tout savoir sur le daytrading (Ed. Gualino).
Qu'est-ce qu'un « daytrader » ?
Philippe Erb : - Un daytrader intervient durant toute la journée et clôture généralement tous ses comptes avant la fermeture des marchés, de façon à ne garder aucune position ouverte durant la nuit. Je passe plusieurs centaines d'ordres par jour. La plupart de mes positions sont très courtes, puisqu'elles ne durent que trente secondes à deux minutes. Tenir une position plus de dix minutes correspond à du moyen terme pour un daytrader, une heure étant véritablement considérée comme un horizon à long terme. La mise en oeuvre de ces techniques suppose de s'équiper d'un matériel informatique très performant, avec des flux de nouvelles en temps réel. Il faut aussi disposer d'outils d'analyse des données très puissants.
Quelles techniques utilisez-vous pour intervenir sur les marchés ?
- Ma méthode repose sur un mélange d'indicateurs techniques et de nouvelles de marché qui viennent influencer l'évolution des cours de Bourse. Je m'efforce de n'avoir aucun a priori sur les marchés.
Ma technique consiste à analyser l'impact que peut avoir telle ou telle nouvelle sur le cours de Bourse d'une action et à suivre le mouvement. Je recherche systématiquement les fluctuations les plus fortes, à la baisse comme à la hausse, et je me laisse porter par une accélération du mouvement.
Mais, pour être significative, cette impulsion doit être validée par une hausse des volumes, sans quoi le titre en question monte ou baisse dans le vide, ce qui est très dangereux.
A la différence de la plupart des boursiers, qui cherchent à entrer au plus bas dans une optique à moyen terme, j'achète les titres en forte hausse dans un marché en progression, et je vend les actions qui chutent le plus dans un marché en baisse. Je sélectionne toujours les actions les plus volatiles, c'est-à-dire celles qui fluctuent de 5 à 20 % par jour, ce qui impose de passer beaucoup de temps devant ses écrans et de disposer d'une grande rapidité d'intervention. La mise en oeuvre de ce type de technique nécessite d'intervenir sur des marchés extrêmement liquides.
C'est la raison pour laquelle je travaille essentiellement sur les grandes valeurs américaines, ainsi que sur les futures (options) sur indice. Je commence ma journée à 8 heures du matin, une heure et demie avant l'ouverture du marché américain, sur lequel il est possible de prendre des positions.
Cela me permet de repérer les actions sur lesquelles il risque de se passer quelque chose en cours de journée. Rapidité d'intervention ne signifie pas précipitation, car il faut toujours attendre de voir dans quel sens réagit le marché à l'annonce d'une bonne ou d'une mauvaise nouvelle. J'interviens dès que je constate l'apparition d'une tendance, validée par accélération du mouvement.
Quelles règles de gestion vous imposez-vous ?
- Je me mets toujours dans le sens de la tendance du marché, car il n'est pas possible de jouer contre le marché dans une optique à très court terme. Je recherche ensuite le meilleur point d'entrée possible en m'aidant de l'analyse graphique.
Je place, enfin, toujours un seuil de vente stop à la baisse pour limiter les pertes. Il faut en effet éviter une trop forte accumulation de pertes, car celles-ci conduisent à une déstabilisation psychologique du trader et peut le pousser à faire des erreurs pour tenter de se refaire à tout prix.
« L'analyse technique ne permet pas de prédire l'avenir »
ANDRE MALPEL
> Ce spécialiste de l'analyse technique, âgé de 42 ans, a commencé sa carrière en 1987 à la société de Bourse Meeschaert-Rousselle comme commis, puis comme stratégiste sur les marchés à terme. Il lance en mars 2000, le premier salon de l'analyse technique, dont la sixième édition se tiendra les 18 et 19 mars à Paris.
Comment utilisez-vous l'analyse technique dans le cadre de vos activités de trader ?
André Malpel : - Le trader joue un mouvement de marché, une tendance. A l'opposé, l'investisseur mise, quant à lui, sur une idée plus fondamentale qui devra mûrir et prendre corps. Dans le second cas, il s'agit souvent d'une stratégie à plus long terme car il attend que le marché prenne conscience de la situation réelle de l'entreprise. Le trading se marie très bien avec l'analyse technique, qui consiste à étudier les différents flux de capitaux qui se portent sur une valeur donnée et à en déduire la tendance qui se dégage. Ainsi, l'analyse des graphiques ne permet pas de prévoir l'avenir, mais simplement de fixer un cadre d'intervention favorable, le moins risqué possible et le plus rémunérateur. Le trading n'est autre que l'art de l'exécution boursière permettant de suivre la tendance qui a été décelée.
Quelles règles faut-il observer pour intervenir efficacement sur les marchés ?
- Celui qui intervient à court terme doit toujours être dans la tendance, il doit aussi se soucier de couper ses pertes de façon systématique. Il faut, à l'opposé, savoir laisser courir ses profits lorsque les positions prises s'avèrent gagnantes. Dernière règle essentielle, il faut adapter sa stratégie à ses moyens en ne prenant pas de risques excessifs. En clair, éviter de faire tapis rouge sur une seule valeur ! Ma technique consiste à repérer un mouvement fort et à me laisser porter durant plusieurs jours. A la différence du daytrader, qui clôture ses positions tous les soirs, le swing trading sur plusieurs séances suppose une certaine prise de risque, mais les ordres de vente de sécurité sont là pour limiter les pertes. Si la position se révèle gagnante, elle permet en revanche de profiter du mouvement, de supporter une petite correction et de renforcer au moment de la reprise.
Comment utilisez-vous les graphiques pour intervenir au jour le jour ?
- En plus de l'observation des figures classiques les plus simples (type formation de drapeau, ligne de soutien et résistance, etc.), qui permettent de mieux comprendre ce qui se passe sur le marché, j'utilise prioritairement les vagues d'Elliott. Ces dernières traduisent le mieux la psychologie des marchés, à condition de mettre de côté les configurations les plus rares qui brouillent le message. Selon Elliott, tout mouvement se décompose en cinq vagues distinctes entrecoupées de phases de correction qui se décomposent elles-mêmes en trois périodes (A, B et C). Une analyse pertinente de ces différents mouvements permet de bien saisir la tendance et de voir dans quelle phase du cycle on se trouve. Les indicateurs techniques comme les oscillateurs sont en réalité peu utilisés. Les graphiques sous forme de bougies japonaises restituent le mieux ce qui se passe sur le marché. Une courbe sous forme de bar charts donne aussi une bonne graphique des mouvements des cours. La patience, la sérénité et surtout la modestie sont indispensables au succès de toute stratégie d'intervention sur les marchés financiers.
La fiscalité des boursiers actifs est encore incertaine
> Une occasion manquée ! Tel est le constat que l'on pouvait faire à la lecture de l'instruction administrative censée mettre un terme aux incertitudes entourant la taxation des gains réalisés par les boursiers les plus actifs.
Si, en principe, les plus-values boursières sont taxées au taux de 27 % (prélèvements sociaux inclus), le fisc dispose d'une arme redoutable pour les imposer au barème progressif de l'impôt sur le revenu. L'article 92-2 du Code général des impôts permet dans certains cas d'assimiler ces gains à des bénéfices non commerciaux. Une taxation qui peut alors atteindre près de 60 % !
A l'origine, l'article 92-2 visait « les produits des opérations de Bourse effectuées à titre habituel par les particuliers ». Une rédaction suffisamment floue pour laisser place à un arbitraire que certains lecteurs du Journal des Finances ont eu à déplorer. Nous avions alors mené campagne auprès des parlementaires et des pouvoirs publics pour mettre fin à ces iniquités. Avec succès, puisqu'en août 2004 cet article a été modifié (lire Le Journal des Finances du 7 août 2004). Il ne prévoit plus de taxer au barème de l'impôt sur le revenu que les « personnes réalisant des opérations dans des conditions analogues à celles d'un professionnel ».
L'instruction administrative qui vient d'être publiée le 21 février (5 G-3-05) ne lève - hélas ! - pas toutes les incertitudes, même si elle souligne que l'imposition des gains dans la catégorie des bénéfices non commerciaux revêt en définitive un caractère exceptionnel.
Certes, de nombreuses avancées y figurent et seront sans doute de nature à rassurer bon nombre d'actionnaires actifs.
Ainsi, l'utilisation, même fréquente, du courtage par Internet « qui permet le cas échéant d'accélérer la vitesse de rotation d'un portefeuille et de faciliter les transactions boursières » ne constitue pas un critère suffisant pour qualifier l'activité de professionnelle.
Une bonne nouvelle pour tous ceux qui passent de nombreux ordres via leurs courtiers en ligne.
Sont en revanche susceptibles d'entrer sous le coup de l'article 92-2 « la détention, la maîtrise et l'usage d'informations et de techniques d'intervention spécialisées ainsi que leur recherche organisée au profit d'opérations boursières nombreuses et sophistiquées (couverture, report...) ». L'instruction retient également le niveau des gains retirés des opérations de Bourse, tout en précisant que des gains supérieurs aux revenus professionnels du contribuable ne suffisent pas à qualifier le contribuable d'opérateur habituel.
Même s'ils saluent la clarté de l'instruction, les professionnels n'en sont pas moins critiques. « Alors que les personnes sous mandat de gestion sont en principe à l'abri des redressements, l'instruction laisse la possibilité au fisc de requalifier les gains lorsque les termes du mandat ou la nature des objectifs fixés au gestionnaire de portefeuille laissent supposer que l'épargnant est partie prenante aux décisions de gestion, relève Valérie Harnois-Mussard, avocat associé chez Fidal. Or cette appréciation ne pourra se faire qu'au cas par cas, cette incertitude n'étant pas de nature à rassurer les épargnants ». Frédéric Durand-Bazin
Le lexique de l'analyse technique
> Bar-charts : graphiques représentant l'évolution des cours à l'aide de barres successives décrivant les plus hauts et plus bas de chaque séance, plutôt qu'à l'aide d'une ligne continue joignant simplement les cours de clôture.
> Bougies japonaises : mode très ancien de représentation d'un historique de cours, qui permet un enrichissement de l'analyse chartiste à très court terme.
> Drapeau ou fanion : le drapeau n'est rien d'autre qu'un petit canal. Le signal de hausse ou de baisse est donné lorsque les cours cassent le côté du drapeau opposé à celui par lequel la courbe est entrée.
La courbe doit toucher au moins trois fois la partie supérieure du drapeau et au moins trois fois sa partie inférieure pour être valide.
> Elliott : méthode de prévision boursière appartenant à l'analyse technique fondée sur le principe qu'une courbe de Bourse suit toujours le même enchaînement de vagues, ce qui permet, en les décomptant sur un graphique, de prédire leur suite.
> Résistance : droite que l'on peut tracer sur un graphique boursier, sous laquelle les cours ont buté plusieurs fois sans parvenir à la franchir à la hausse.
> Support : droite que l'on peut tracer sur un graphique boursier, et sur laquelle les cours ont rebondi plusieurs fois sans parvenir à la franchir à la baisse.
Les systèmes de trading : des procédés d'investissement automatisés mais risqués
> La machine peut-elle se substituer à l'homme sur les marchés boursiers ? Telle est la question que soulève l'utilisation des systèmes de trading. Réservés aux professionnels de la Bourse, qu'il soit institutionnels ou particuliers, ces outils peuvent être assimilés à des sortes de boîtes noires préprogrammées selon des principes d'analyse technique, qui calculent automatiquement les seuils d'achat et de vente sur n'importe quel marché.
On retrouve parmi eux les oscillateurs de devises (voir interview de Mostafa Belkhayate) qui combinent plusieurs positions, définissent une courbe et permettent de déterminer des signaux haussiers ou baissiers. Mais la méfiance reste de rigueur. De nombreux pseudos-experts proposent parfois des modèles d'analyse technique simplistes et dont l'efficacité n'a pas été avérée. C'est, entre autres, ce que dénonce Pierre Orphelin dans son livre « Les systèmes de trading... et quelques controverses sur l'analyse technique des marchés financiers » (éditions Gualino). Cet ancien professeur certifié en sciences physiques planche sur le sujet depuis dix-huit ans et a créé un logiciel baptisé Safir X, qui teste et conçoit des systèmes de trading. Dans tous les cas de figures, la limite de l'automatisation des procédés d'investissement réside dans la survenue d'un événement de marché qui impliquerait un débouclage de positions rapide et une intervention humaine avisée.
« J'essaie de rentrer sur le marché avant qu'un signal acheteur se forme »
SYLVAIN DUPORT
> Sylvain Duport, 26 ans, a commencé à s'intéresser à la Bourse il y a environ six ans. Après avoir connu quelques déboires au moment de l'explosion de la bulle Internet en 2000 et décroché un troisième cycle en finances et marchés des capitaux, il s'est progressivement consacré à plein temps au trading en prenant des positions sur le SRD. Il s'est notamment distingué en remportant le concours boursier annuel organisé par Cortal en 2004, grâce à une performance de plus 3.000 % de son portefeuille d'actions.
Comment définiriez-vous votre activité ?
Sylvain Duport : - Je consacre aujourd'hui l'essentiel de ma journée au trading, qui nécessite une bonne connaissance des marchés boursiers, un certain sens de l'observation et du sang-froid. J'opère sur le marché français, et particulièrement sur les valeurs éligibles au SRD.
Ce type de titre bénéficie d'une liquidité suffisante pour pouvoir être réactif et déboucler rapidement une position. Le système de règlement-livraison du SRD offre également un levier intéressant.
Je prends 85 % de mes positions dans un intervalle de temps compris entre un jour et un mois, c'est ce que l'on appelle du swing trading. Les 15 % restants portent sur des opérations d'aller-retour quotidiennes. J'ai fait ce choix après avoir constaté qu'une tendance intrajournalière pouvait souvent se confirmer sur plusieurs jours.
Quel est votre « modus operandi » ?
- Mon approche repose sur un mélange entre un minimum d'analyse fondamentale et une forte utilisation des outils techniques et graphiques. Lorsque je débute ma journée, je m'informe sur les principaux points d'actualité boursiers, économiques et financiers qui seraient susceptibles d'orienter la tendance. Je m'intéresse notamment aux données macroéconomiques américaines comme le taux de chomâge ou encore l'évolution du PIB, mais je suis aussi de près la parité euro-dollar, qui constitue un bon indicateur sur les marchés parisiens.
Les nouvelles me servent surtout à comprendre ce qui se passe. Plus globalement, je vais prendre des positions sur plusieurs jours (en swing) sur des valeurs qui sont belles à la fois graphiquement et fondamentalement car il vaut mieux privilégier des titres qui pourraient faire l'objet d'un flux d'information positif. Pour donner un exemple, je préférerais actuellement acheter du Soitec entre 6 ou 7 euros qu'à l'époque où l'action cotait 4,5 euros, dans un contexte moins favorable.
Après avoir repéré un titre, j'essaie de déterminer une tendance graphique à long terme qui correspond à une période de un à deux ans. Je découpe le temps pour valider la tendance et vérifier si je peux aussi être acheteur à moyen et à court terme. Si le marché est haussier, je ne prends pas de positions courtes et je me concentre sur tous les signaux haussiers.
A titre d'illustration, lorsqu'une phase de consolidation se forme alors que le courant semble acheteur, l'objectif est d'anticiper le mouvement du marché en le devançant. J'achète près du support de la consolidation pour tenter d'entrer au plus bas.
Les configurations chartistes que j'utilise le plus souvent et qui me permettent de déterminer des signaux d'achat sont des configurations en triangle et en drapeau. Je rentre donc une première fois avant la formation du signal.
Si on casse la borne basse, aussi appelée support, je solde les positions. Je vends lorsque la perte sur l'opération atteint 3 %. Si cela marche, je vais me renforcer et j'aurai une certaine avance par rapport au marché. Ensuite, en cas de confirmation de tendance, je me renforce une troisième fois et je sors ensuite en une seule fois.
J'utilise également beaucoup les carnets d'ordres pour déterminer les bornes hausses et basses en fonction des volumes échangés. D'une manière générale, je joue sur les valeurs les plus volatiles du SRD, comme Business Objects, Capgemini, Alcatel, Soitec, ou encore des titres tels qu'Infogrames et Eurotunnel.
« Les arbitragistes jouent un rôle déterminant sur la tendance »
MOSTAFA BELKHAYATE
> Diplômé en sciences économiques et en finances de marché avec une spécialisation sur les matières premières et le marché des futures à Genève, Mostafa Belkhayate, 44 ans, a débuté sa carrière comme analyste dans une grande banque américaine. Il a également travaillé pour la Banque du Maroc et a exercé en tant que conseiller de l'un des plus gros producteurs d'or d'Afrique noire.
Après avoir remporté un concours de trading en 1999, il décide de créer son propre fonds d'investissement et se spécialise rapidement sur les marchés des futures et des devises.
Qu'est-ce qui caractérise un investisseur actif ?
Mostafa Belkhayate : - Le trading ne s'apprend pas dans une école et demande avant tout un gros travail d'observation et une accumulation d'expériences. Je pense également qu'il est important d'avoir une vie de famille et sociale équilibrée tant ce type d'activité peut parfois s'avérer éprouvant.
Quelle technique utilisez-vous ?
- Je suis un analyste technique pur et n'ai jamais recours aux flux d'informations pour orienter mes choix d'investissements. Je travaille essentiellement sur les devises, matières premières, les taux d'intérêt et les indices. J'opère beaucoup sur les marchés américains, mais aussi sur les places boursières européenne et asiatique. Quand je regarde un graphique, j'essaie en quelque sorte de déterminer l'endroit où les faiseurs de marché se sont donné rendez-vous. Pour cela, j'utilise quatre techniques différentes. L'une d'elles repose sur un système de trading que j'ai mis au point selon un principe d'arbitrages simple. Il me permet de prendre, simultanément, des positions sur sept ou huit devises. Il s'agit, par exemple, d'acheter, dans le même temps, l'euro contre le dollar, et de le vendre contre le yen, puis de répéter l'opération avec le franc suisse ou encore la livre sterling, qui seront, chacun, acquis contre une monnaie et vendu contre une autre. Toutes ces variables sont ensuite consolidées dans le système, qui produit ensuite une courbe sinusoïdale. Sur la base de ce graphique, je détermine ensuite mes points d'entrée, qui correspondent au point d'inflexion. Je déboucle ensuite l'ensemble de mes positions à la clôture. Ce modèle me permet de dégager un gain compris entre 0,3 et 0,4 % par jour. Le principe de ce modèle est fondé sur les décalages de cours qui existent entre les différentes places boursières internationales et sur un phénomène de rééquilibrage constaté à la clôture sur le Forex, qui est ouvert pendant vingt-quatre heures.
Comment jouez-vous les « futures » et les matières premières ?
- Une autre technique consiste à réaliser des arbitrages sur le marché des options sur indices. Si le CAC 40 vaut 4.000 points, je vends, au même moment, des calls (options d'achat) 4.500 et des puts (options de vente) 3.700. Cette méthode, baptisée strangle, qui me permet d'encaisser une prime dès le départ, repose sur deux règles essentielles : choisir le prix d'exercice le plus éloigné possible de la valeur du support et l'échéance la plus courte. C'est un bon moyen de spéculer sur ce que l'on appelle la valeur temps. Je mise également sur le fait qu'à moins d'un événement majeur le risque de forte amplitude sur les indices boursiers est relativement faible. Je pense, par ailleurs, que le calcul du prix d'un actif est moins important que le fait de savoir ce qu'il y a derrière et d'identifier les acheteurs et les vendeurs. J'ai en effet eu l'occasion de constater que les positions des arbitragistes jouent un rôle déterminant dans l'orientation de la tendance. Or, contrairement à l'Europe, il est possible de connaître aux Etats-Unis en temps réel leurs intentions d'investissement sur le marché des futures. L'exemple du marché de l'or est particulièrement parlant. Quand les positions vendeuses, alimentées par les producteurs qui cherchent à se couvrir, se réduisent, on peut conclure qu'ils s'apprêtent à livrer et qu'ils n'ont plus intérêt à poursuivre leurs options de vente à terme. On peut donc acheter car les cours de l'or vont très probablement s'orienter à la hausse. Il existe une autre approche qui consiste à anticiper l'évolution du dollar en déterminant graphiquement le rapport entre les taux d'intérêt à trois ans et ceux à vingt ans. Sur la base d'observations historiques, il en ressort une courbe qui reflète l'évolution de la monnaie américaine avec quelques mois d'avance. Toute hausse de ce ratio traduit une hausse des taux à court terme et, par là même, un signe avant-coureur d'un afflux de liquidités vers le dollar.
« Je profite des mouvements d'accélération de cours tant à la hausse qu'à la baisse »
PHILIPPE ERB
> La quarantaine à peine dépassée, Philipe Erb a commencé sa carrière dans la banque. Il dirigea surtout durant plusieurs années la filiale antillaise d'un important établissement financier français.
C'est en toute logique aux Caraïbes, aux Antilles néerlandaises plus précisément, qu'il a décidé de s'installer pour vivre et exercer ses activités de trader. Celles-ci sont essentiellement tournées vers les actions américaines, qui offrent une meilleure liquidité que celles du marché français, ainsi que sur les options sur indice.
Il est notamment l'auteur d'un ouvrage intitulé Tout savoir sur le daytrading (Ed. Gualino).
Qu'est-ce qu'un « daytrader » ?
Philippe Erb : - Un daytrader intervient durant toute la journée et clôture généralement tous ses comptes avant la fermeture des marchés, de façon à ne garder aucune position ouverte durant la nuit. Je passe plusieurs centaines d'ordres par jour. La plupart de mes positions sont très courtes, puisqu'elles ne durent que trente secondes à deux minutes. Tenir une position plus de dix minutes correspond à du moyen terme pour un daytrader, une heure étant véritablement considérée comme un horizon à long terme. La mise en oeuvre de ces techniques suppose de s'équiper d'un matériel informatique très performant, avec des flux de nouvelles en temps réel. Il faut aussi disposer d'outils d'analyse des données très puissants.
Quelles techniques utilisez-vous pour intervenir sur les marchés ?
- Ma méthode repose sur un mélange d'indicateurs techniques et de nouvelles de marché qui viennent influencer l'évolution des cours de Bourse. Je m'efforce de n'avoir aucun a priori sur les marchés.
Ma technique consiste à analyser l'impact que peut avoir telle ou telle nouvelle sur le cours de Bourse d'une action et à suivre le mouvement. Je recherche systématiquement les fluctuations les plus fortes, à la baisse comme à la hausse, et je me laisse porter par une accélération du mouvement.
Mais, pour être significative, cette impulsion doit être validée par une hausse des volumes, sans quoi le titre en question monte ou baisse dans le vide, ce qui est très dangereux.
A la différence de la plupart des boursiers, qui cherchent à entrer au plus bas dans une optique à moyen terme, j'achète les titres en forte hausse dans un marché en progression, et je vend les actions qui chutent le plus dans un marché en baisse. Je sélectionne toujours les actions les plus volatiles, c'est-à-dire celles qui fluctuent de 5 à 20 % par jour, ce qui impose de passer beaucoup de temps devant ses écrans et de disposer d'une grande rapidité d'intervention. La mise en oeuvre de ce type de technique nécessite d'intervenir sur des marchés extrêmement liquides.
C'est la raison pour laquelle je travaille essentiellement sur les grandes valeurs américaines, ainsi que sur les futures (options) sur indice. Je commence ma journée à 8 heures du matin, une heure et demie avant l'ouverture du marché américain, sur lequel il est possible de prendre des positions.
Cela me permet de repérer les actions sur lesquelles il risque de se passer quelque chose en cours de journée. Rapidité d'intervention ne signifie pas précipitation, car il faut toujours attendre de voir dans quel sens réagit le marché à l'annonce d'une bonne ou d'une mauvaise nouvelle. J'interviens dès que je constate l'apparition d'une tendance, validée par accélération du mouvement.
Quelles règles de gestion vous imposez-vous ?
- Je me mets toujours dans le sens de la tendance du marché, car il n'est pas possible de jouer contre le marché dans une optique à très court terme. Je recherche ensuite le meilleur point d'entrée possible en m'aidant de l'analyse graphique.
Je place, enfin, toujours un seuil de vente stop à la baisse pour limiter les pertes. Il faut en effet éviter une trop forte accumulation de pertes, car celles-ci conduisent à une déstabilisation psychologique du trader et peut le pousser à faire des erreurs pour tenter de se refaire à tout prix.
« L'analyse technique ne permet pas de prédire l'avenir »
ANDRE MALPEL
> Ce spécialiste de l'analyse technique, âgé de 42 ans, a commencé sa carrière en 1987 à la société de Bourse Meeschaert-Rousselle comme commis, puis comme stratégiste sur les marchés à terme. Il lance en mars 2000, le premier salon de l'analyse technique, dont la sixième édition se tiendra les 18 et 19 mars à Paris.
Comment utilisez-vous l'analyse technique dans le cadre de vos activités de trader ?
André Malpel : - Le trader joue un mouvement de marché, une tendance. A l'opposé, l'investisseur mise, quant à lui, sur une idée plus fondamentale qui devra mûrir et prendre corps. Dans le second cas, il s'agit souvent d'une stratégie à plus long terme car il attend que le marché prenne conscience de la situation réelle de l'entreprise. Le trading se marie très bien avec l'analyse technique, qui consiste à étudier les différents flux de capitaux qui se portent sur une valeur donnée et à en déduire la tendance qui se dégage. Ainsi, l'analyse des graphiques ne permet pas de prévoir l'avenir, mais simplement de fixer un cadre d'intervention favorable, le moins risqué possible et le plus rémunérateur. Le trading n'est autre que l'art de l'exécution boursière permettant de suivre la tendance qui a été décelée.
Quelles règles faut-il observer pour intervenir efficacement sur les marchés ?
- Celui qui intervient à court terme doit toujours être dans la tendance, il doit aussi se soucier de couper ses pertes de façon systématique. Il faut, à l'opposé, savoir laisser courir ses profits lorsque les positions prises s'avèrent gagnantes. Dernière règle essentielle, il faut adapter sa stratégie à ses moyens en ne prenant pas de risques excessifs. En clair, éviter de faire tapis rouge sur une seule valeur ! Ma technique consiste à repérer un mouvement fort et à me laisser porter durant plusieurs jours. A la différence du daytrader, qui clôture ses positions tous les soirs, le swing trading sur plusieurs séances suppose une certaine prise de risque, mais les ordres de vente de sécurité sont là pour limiter les pertes. Si la position se révèle gagnante, elle permet en revanche de profiter du mouvement, de supporter une petite correction et de renforcer au moment de la reprise.
Comment utilisez-vous les graphiques pour intervenir au jour le jour ?
- En plus de l'observation des figures classiques les plus simples (type formation de drapeau, ligne de soutien et résistance, etc.), qui permettent de mieux comprendre ce qui se passe sur le marché, j'utilise prioritairement les vagues d'Elliott. Ces dernières traduisent le mieux la psychologie des marchés, à condition de mettre de côté les configurations les plus rares qui brouillent le message. Selon Elliott, tout mouvement se décompose en cinq vagues distinctes entrecoupées de phases de correction qui se décomposent elles-mêmes en trois périodes (A, B et C). Une analyse pertinente de ces différents mouvements permet de bien saisir la tendance et de voir dans quelle phase du cycle on se trouve. Les indicateurs techniques comme les oscillateurs sont en réalité peu utilisés. Les graphiques sous forme de bougies japonaises restituent le mieux ce qui se passe sur le marché. Une courbe sous forme de bar charts donne aussi une bonne graphique des mouvements des cours. La patience, la sérénité et surtout la modestie sont indispensables au succès de toute stratégie d'intervention sur les marchés financiers.
La fiscalité des boursiers actifs est encore incertaine
> Une occasion manquée ! Tel est le constat que l'on pouvait faire à la lecture de l'instruction administrative censée mettre un terme aux incertitudes entourant la taxation des gains réalisés par les boursiers les plus actifs.
Si, en principe, les plus-values boursières sont taxées au taux de 27 % (prélèvements sociaux inclus), le fisc dispose d'une arme redoutable pour les imposer au barème progressif de l'impôt sur le revenu. L'article 92-2 du Code général des impôts permet dans certains cas d'assimiler ces gains à des bénéfices non commerciaux. Une taxation qui peut alors atteindre près de 60 % !
A l'origine, l'article 92-2 visait « les produits des opérations de Bourse effectuées à titre habituel par les particuliers ». Une rédaction suffisamment floue pour laisser place à un arbitraire que certains lecteurs du Journal des Finances ont eu à déplorer. Nous avions alors mené campagne auprès des parlementaires et des pouvoirs publics pour mettre fin à ces iniquités. Avec succès, puisqu'en août 2004 cet article a été modifié (lire Le Journal des Finances du 7 août 2004). Il ne prévoit plus de taxer au barème de l'impôt sur le revenu que les « personnes réalisant des opérations dans des conditions analogues à celles d'un professionnel ».
L'instruction administrative qui vient d'être publiée le 21 février (5 G-3-05) ne lève - hélas ! - pas toutes les incertitudes, même si elle souligne que l'imposition des gains dans la catégorie des bénéfices non commerciaux revêt en définitive un caractère exceptionnel.
Certes, de nombreuses avancées y figurent et seront sans doute de nature à rassurer bon nombre d'actionnaires actifs.
Ainsi, l'utilisation, même fréquente, du courtage par Internet « qui permet le cas échéant d'accélérer la vitesse de rotation d'un portefeuille et de faciliter les transactions boursières » ne constitue pas un critère suffisant pour qualifier l'activité de professionnelle.
Une bonne nouvelle pour tous ceux qui passent de nombreux ordres via leurs courtiers en ligne.
Sont en revanche susceptibles d'entrer sous le coup de l'article 92-2 « la détention, la maîtrise et l'usage d'informations et de techniques d'intervention spécialisées ainsi que leur recherche organisée au profit d'opérations boursières nombreuses et sophistiquées (couverture, report...) ». L'instruction retient également le niveau des gains retirés des opérations de Bourse, tout en précisant que des gains supérieurs aux revenus professionnels du contribuable ne suffisent pas à qualifier le contribuable d'opérateur habituel.
Même s'ils saluent la clarté de l'instruction, les professionnels n'en sont pas moins critiques. « Alors que les personnes sous mandat de gestion sont en principe à l'abri des redressements, l'instruction laisse la possibilité au fisc de requalifier les gains lorsque les termes du mandat ou la nature des objectifs fixés au gestionnaire de portefeuille laissent supposer que l'épargnant est partie prenante aux décisions de gestion, relève Valérie Harnois-Mussard, avocat associé chez Fidal. Or cette appréciation ne pourra se faire qu'au cas par cas, cette incertitude n'étant pas de nature à rassurer les épargnants ». Frédéric Durand-Bazin
Le lexique de l'analyse technique
> Bar-charts : graphiques représentant l'évolution des cours à l'aide de barres successives décrivant les plus hauts et plus bas de chaque séance, plutôt qu'à l'aide d'une ligne continue joignant simplement les cours de clôture.
> Bougies japonaises : mode très ancien de représentation d'un historique de cours, qui permet un enrichissement de l'analyse chartiste à très court terme.
> Drapeau ou fanion : le drapeau n'est rien d'autre qu'un petit canal. Le signal de hausse ou de baisse est donné lorsque les cours cassent le côté du drapeau opposé à celui par lequel la courbe est entrée.
La courbe doit toucher au moins trois fois la partie supérieure du drapeau et au moins trois fois sa partie inférieure pour être valide.
> Elliott : méthode de prévision boursière appartenant à l'analyse technique fondée sur le principe qu'une courbe de Bourse suit toujours le même enchaînement de vagues, ce qui permet, en les décomptant sur un graphique, de prédire leur suite.
> Résistance : droite que l'on peut tracer sur un graphique boursier, sous laquelle les cours ont buté plusieurs fois sans parvenir à la franchir à la hausse.
> Support : droite que l'on peut tracer sur un graphique boursier, et sur laquelle les cours ont rebondi plusieurs fois sans parvenir à la franchir à la baisse.
Les systèmes de trading : des procédés d'investissement automatisés mais risqués
> La machine peut-elle se substituer à l'homme sur les marchés boursiers ? Telle est la question que soulève l'utilisation des systèmes de trading. Réservés aux professionnels de la Bourse, qu'il soit institutionnels ou particuliers, ces outils peuvent être assimilés à des sortes de boîtes noires préprogrammées selon des principes d'analyse technique, qui calculent automatiquement les seuils d'achat et de vente sur n'importe quel marché.
On retrouve parmi eux les oscillateurs de devises (voir interview de Mostafa Belkhayate) qui combinent plusieurs positions, définissent une courbe et permettent de déterminer des signaux haussiers ou baissiers. Mais la méfiance reste de rigueur. De nombreux pseudos-experts proposent parfois des modèles d'analyse technique simplistes et dont l'efficacité n'a pas été avérée. C'est, entre autres, ce que dénonce Pierre Orphelin dans son livre « Les systèmes de trading... et quelques controverses sur l'analyse technique des marchés financiers » (éditions Gualino). Cet ancien professeur certifié en sciences physiques planche sur le sujet depuis dix-huit ans et a créé un logiciel baptisé Safir X, qui teste et conçoit des systèmes de trading. Dans tous les cas de figures, la limite de l'automatisation des procédés d'investissement réside dans la survenue d'un événement de marché qui impliquerait un débouclage de positions rapide et une intervention humaine avisée.
