Archives Journal des Finances

Comment s'orienter dans la jungle du « compartiment spécial »

15/01/2005 00:00 - JDF

  Texte plus grand Texte plus petit Séparateur

-

 

Le séisme boursier déclenché par l'éclatement de la bulle des valeurs technologiques aura au moins eu l'avantage d'entraîner une plus grande exigence des investisseurs en matière de transparence financière. Face à cette réalité et dans le cadre de la réforme du Nouveau Marché, Euronext a décidé d'instaurer le 15 septembre 2003 une sorte de « cours des miracles » réunissant toutes les sociétés déclarées en cessation de paiements : le compartiment spécial. « Il s'inspire de ce qui existait déjà sur d'autres places boursières comme Wall Street et permet d'identifier les entreprises cotées en situation spéciale », note Martine Charbonnier, directrice de la cote et du listing d'Euronext. La note d'instruction NM3-03, datée du 4 septembre 2003, définit plus précisément le fonctionnement de ce compartiment. A l'époque, une entreprise inscrite au Nouveau Marché pouvait ainsi être considérée comme suspecte « si l'examen semestriel de sa situation » permettait de constater une capitalisation boursière « inférieure à 4 millions d'euros ». Autres motifs de transfert : « un manquement aux obligations périodiques d'information financières » et la survenance d'un événement susceptible de « perturber de façon durable le fonctionnement ou la vie sociale de l'entreprise ». Les sociétés faisant « l'objet d'une procédure collective » étaient également visées.

Entre-temps, Euronext a décidé d'exclure la capitalisation comme critère d'admission au compartiment spécial, après avoir consulté un échantillon d'investisseurs qui ont considéré que cet indicateur ne représentait pas un risque financier suffisamment probant. Aujourd'hui, les treize valeurs figurant dans le compartiment font toutes l'objet de procédures collectives, mais à des stades d'avancement différents. Parmi les cas les plus critiques, on retrouve l'éditeur de jeux vidéo Titus Interactive, pour lequel le tribunal de commerce a prononcé la liquidation judiciaire et qui n'offre donc plus d'espoir de retour à meilleure fortune pour ses actionnaires. Quatre autres sociétés, dont le spécialiste du conseil en environnement Gaudriot, ou encore le fabricant de composants pour l'industrie des semi-conducteurs Qualiflow, traversent une phase d'observation avant d'être fixées sur leur sort (liquidation judiciaire ou plan de continuation). Restent donc huit sociétés dont la situation financière demeure extrêmement précaire mais dont la probabilité d'une éventuelle sortie à terme du compartiment spécial est, de fait, plus importante. Il s'agit, par exemple, du spécialiste des progiciels destinés au secteur médical R2I Santé ou encore de l'équipementier audiovisuel Perfect Technologies (lire ci-dessous), qui ont été mis en redressement judiciaire après décision du tribunal de commerce et ont donc échappé à la liquidation judiciaire. Mais ces affaires restent tout de même sous surveillance. En effet, pour Euronext, une société ne fait plus l'objet de procédures collectives à partir du moment où la fin du plan de continuation a été prononcée. Cela implique soit le paiement de la dernière échéance de remboursement relative à la dette renégociée dans le cadre de la mise en redressement judiciaire, soit la réalisation d'un remboursement anticipé. C'est d'ailleurs pour cette raison que cinq sociétés, telles que Duran Duboi, Regina Rubens ou encore R2I Santé, apparaissent dans le compartiment spécial depuis sa création. A ce jour, seul Aldeta (lire encadré) peut se targuer d'avoir quitté le banc des cancres.

Dans le cadre du projet de fusion entre les Premier, Second et Nouveau Marchés, qui sera effective vers mi-février 2005, le compartiment spécial ne touchera plus seulement les sociétés actuellement cotées au Nouveau Marché. Seront concernées les sociétés qui font actuellement l'objet de procédures collectives, comme c'est le cas pour Matussière & Forest, Gantois, Parsys, VEV ou encore Souriau Distribution.

En attendant, le compartiment spécial doit être abordé avec la plus grande précaution par les investisseurs dans la mesure où les entreprises qui en font partie sont par nature fragiles. En s'appuyant sur de bonnes connaissances techniques et fondamentales, le boursier aguerri pourra déceler une ou deux affaires susceptibles de se redresser. Mais ce type de placement reste hautement spéculatif.

Les bonnes affaires sont rares mais possibles

> Peut-on investir en Bourse dans une société dont la pérennité financière n'est pas garantie ? Oui, mais à condition d'avoir le coeur bien accroché et de sérieux espoirs que sa situation puisse se redresser.

Loin de la stratégie d'investissement du bon père de famille, la course aux pépites potentielles du compartiment spécial est un exercice à haut risque. D'autant que depuis sa création seul le groupe de bijouterie Aldeta, qui est sorti du purgatoire, aurait pu constituer une bonne opportunité d'investissement. D'autres dossiers pourraient sortir du lot.

Dans un premier temps, il est vivement conseillé d'effectuer un suivi de l'évolution de plusieurs indicateurs techniques comme les variations de cours, les volumes moyens et les cours extrêmes.

Avant de se plonger dans une analyse plus fondamentale, ces informations constituent autant de signaux susceptibles de renseigner l'investisseur sur un éventuel regain d'activité et d'intérêt du marché sur le titre. Parmi les valeurs qui se sont distinguées par d'importantes hausses de cours, on notera que Western Telecom a bondi de plus de 10 % depuis le début de l'année et s'échange, actuellement, dans des volumes deux fois plus importants qu'à l'accoutumée. Mais, en y regardant de plus près, on se rend compte que la situation financière de cet opérateur télécoms est encore très tendue puisque ses fonds propres étaient toujours négatifs, à hauteur de 12 millions d'euros au 30 juin 2004 et qu'aucune manoeuvre de recapitalisation n'est prévue à court terme.

Parmi les autres dossiers, on peut d'ores et déjà exclure les sociétés mises en liquidation judiciaire comme Titus Interactive ou Gaudriot et Imecom Group, qui sont toujours en période d'observation avant que le tribunal de commerce ne prononce son jugement.

A l'inverse, Perfect Technologies, dont l'action est particulièrement entourée, avec une envolée de plus de 80 % depuis le début de l'année, offre un profil plus attrayant si l'on se concentre sur ses états financiers.

Affecté par la crise du secteur Internet en 2000 et 2001, cet équipementier et prestataire dans le domaine de l'audiovisuel a frôlé la faillite.

En redressement judiciaire depuis mai 2002, le groupe est progressivement parvenu à renforcer ses capitaux propres grâce, notamment, à une augmentation de capital de 3 millions d'euros en juillet 2002 complétée par l'attribution gratuite, cinq mois plus tard, de BSA exerçables pendant un an. Au 30 juin 2004, les capitaux propres de la société atteignaient presque l'équilibre (- 0,2 million d'euros), alors que la situation nette était largement négative un an plus tôt (- 2 millions d'euros).

Dans le même temps, Perfect Technologies a divisé ses pertes d'exploitation par plus de trois (- 2,1 millions d'euros) et la direction vise même un retour à l'équilibre au quatrième trimestre 2004.

Les dernières publications de chiffre d'affaires tendent à corroborer cet objectif. Sur les neuf premiers mois de l'exercice clos le 31 décembre dernier, les facturations ont crû de 22,5 %, pour atteindre 15,9 millions d'euros.

Cette reprise d'activité peut laisser augurer un exercice bénéficiaire en 2005, après six années de marasme. Si tel était le cas, le groupe pourrait donc à son tour quitter le compartiment spécial, à condition qu'il rembourse ses dernières échéances relatives à son plan de redressement et qu'il retrouve la confiance du marché. Sur la base d'une prévision de résultat net de 0,7 million d'euros en 2005, soit 0,8 euro par action, le titre affiche un multiple de capitalisation très modeste de 8,7 fois les bénéfices.

Aldeta : la Bourse a salué la sortie du compartiment spécial

> Premier entré, premier sorti. Admis au compartiment spécial dès sa création en septembre 2003 à la suite d'une mise en redressement judiciaire prononcée près d'un an plus tôt, le distributeur de bijoux Aldeta est également, à ce jour, le seul ancien paria à avoir retrouvé la liberté.

Le groupe a d'abord attiré l'attention des autorités de marché en publiant tardivement ses comptes, et ce à plusieurs reprises dans le courant de l'année 2002. Puis, Aldeta a montré ses limites face à la morosité de la conjoncture en publiant une perte nette de 2,1 millions d'euros au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2002, et s'est rapidement retrouvé dans une situation financière précaire. Au fil des restructurations, la société a rapidement comprimé ses charges d'exploitation, qui n'ont représenté que 94 % du chiffre d'affaires au premier semestre 2004, contre 140 % sur les six premiers mois de l'année 2003. Couplée au redressement de l'activité, qui s'est traduit par une hausse de 10 % du chiffre d'affaires (3,3 millions d'euros), la réduction des frais de structures a, sur la même période, permis au groupe de renouer avec un résultat opérationnel positif de 0,26 million d'euros, contre une perte de 1,1 million d'euros. Parallèlement, la société a dégagé un bénéfice net de 0,4 million d'euros, alors qu'elle était déficitaire de 1,9 million un an plus tôt, ce qui ouvre la perspective d'une distribution de dividende à moyen terme. Au vu de cette nette amélioration comptable, le tribunal de commerce de Lille a prononcé, le 29 septembre, la fin du plan de redressement d'Aldeta. Conséquence logique, Euronext a annoncé, le 27 octobre, la reprise des cotations d'Aldeta sur le Nouveau Marché et sa sortie officielle du compartiment spécial. Cette rédemption s'est accompagnée d'une hausse du cours de Bourse. L'action affiche, en effet, un bond de plus de 50 % depuis son échappée du purgatoire.

Les bonnes affaires sont rares mais possibles

> Peut-on investir en Bourse dans une société dont la pérennité financière n'est pas garantie ? Oui, mais à condition d'avoir le coeur bien accroché et de sérieux espoirs que sa situation puisse se redresser.

Loin de la stratégie d'investissement du bon père de famille, la course aux pépites potentielles du compartiment spécial est un exercice à haut risque. D'autant que depuis sa création seul le groupe de bijouterie Aldeta, qui est sorti du purgatoire, aurait pu constituer une bonne opportunité d'investissement. D'autres dossiers pourraient sortir du lot.

Dans un premier temps, il est vivement conseillé d'effectuer un suivi de l'évolution de plusieurs indicateurs techniques comme les variations de cours, les volumes moyens et les cours extrêmes.

Avant de se plonger dans une analyse plus fondamentale, ces informations constituent autant de signaux susceptibles de renseigner l'investisseur sur un éventuel regain d'activité et d'intérêt du marché sur le titre. Parmi les valeurs qui se sont distinguées par d'importantes hausses de cours, on notera que Western Telecom a bondi de plus de 10 % depuis le début de l'année et s'échange, actuellement, dans des volumes deux fois plus importants qu'à l'accoutumée. Mais, en y regardant de plus près, on se rend compte que la situation financière de cet opérateur télécoms est encore très tendue puisque ses fonds propres étaient toujours négatifs, à hauteur de 12 millions d'euros au 30 juin 2004 et qu'aucune manoeuvre de recapitalisation n'est prévue à court terme.

Parmi les autres dossiers, on peut d'ores et déjà exclure les sociétés mises en liquidation judiciaire comme Titus Interactive ou Gaudriot et Imecom Group, qui sont toujours en période d'observation avant que le tribunal de commerce ne prononce son jugement.

A l'inverse, Perfect Technologies, dont l'action est particulièrement entourée, avec une envolée de plus de 80 % depuis le début de l'année, offre un profil plus attrayant si l'on se concentre sur ses états financiers.

Affecté par la crise du secteur Internet en 2000 et 2001, cet équipementier et prestataire dans le domaine de l'audiovisuel a frôlé la faillite.

En redressement judiciaire depuis mai 2002, le groupe est progressivement parvenu à renforcer ses capitaux propres grâce, notamment, à une augmentation de capital de 3 millions d'euros en juillet 2002 complétée par l'attribution gratuite, cinq mois plus tard, de BSA exerçables pendant un an. Au 30 juin 2004, les capitaux propres de la société atteignaient presque l'équilibre (- 0,2 million d'euros), alors que la situation nette était largement négative un an plus tôt (- 2 millions d'euros).

Dans le même temps, Perfect Technologies a divisé ses pertes d'exploitation par plus de trois (- 2,1 millions d'euros) et la direction vise même un retour à l'équilibre au quatrième trimestre 2004.

Les dernières publications de chiffre d'affaires tendent à corroborer cet objectif. Sur les neuf premiers mois de l'exercice clos le 31 décembre dernier, les facturations ont crû de 22,5 %, pour atteindre 15,9 millions d'euros.

Cette reprise d'activité peut laisser augurer un exercice bénéficiaire en 2005, après six années de marasme. Si tel était le cas, le groupe pourrait donc à son tour quitter le compartiment spécial, à condition qu'il rembourse ses dernières échéances relatives à son plan de redressement et qu'il retrouve la confiance du marché. Sur la base d'une prévision de résultat net de 0,7 million d'euros en 2005, soit 0,8 euro par action, le titre affiche un multiple de capitalisation très modeste de 8,7 fois les bénéfices.

Aldeta : la Bourse a salué la sortie du compartiment spécial

> Premier entré, premier sorti. Admis au compartiment spécial dès sa création en septembre 2003 à la suite d'une mise en redressement judiciaire prononcée près d'un an plus tôt, le distributeur de bijoux Aldeta est également, à ce jour, le seul ancien paria à avoir retrouvé la liberté.

Le groupe a d'abord attiré l'attention des autorités de marché en publiant tardivement ses comptes, et ce à plusieurs reprises dans le courant de l'année 2002. Puis, Aldeta a montré ses limites face à la morosité de la conjoncture en publiant une perte nette de 2,1 millions d'euros au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2002, et s'est rapidement retrouvé dans une situation financière précaire. Au fil des restructurations, la société a rapidement comprimé ses charges d'exploitation, qui n'ont représenté que 94 % du chiffre d'affaires au premier semestre 2004, contre 140 % sur les six premiers mois de l'année 2003. Couplée au redressement de l'activité, qui s'est traduit par une hausse de 10 % du chiffre d'affaires (3,3 millions d'euros), la réduction des frais de structures a, sur la même période, permis au groupe de renouer avec un résultat opérationnel positif de 0,26 million d'euros, contre une perte de 1,1 million d'euros. Parallèlement, la société a dégagé un bénéfice net de 0,4 million d'euros, alors qu'elle était déficitaire de 1,9 million un an plus tôt, ce qui ouvre la perspective d'une distribution de dividende à moyen terme. Au vu de cette nette amélioration comptable, le tribunal de commerce de Lille a prononcé, le 29 septembre, la fin du plan de redressement d'Aldeta. Conséquence logique, Euronext a annoncé, le 27 octobre, la reprise des cotations d'Aldeta sur le Nouveau Marché et sa sortie officielle du compartiment spécial. Cette rédemption s'est accompagnée d'une hausse du cours de Bourse. L'action affiche, en effet, un bond de plus de 50 % depuis son échappée du purgatoire.

par FABIO MARQUETTY