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L'économie n'aime pas les incertitudes. Tout s'est conjugué, cette année, pour alimenter le pessimisme ambiant

31/12/2004 00:00 - JDF

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La reprise, une fois de plus, est restée dans les tuyaux. Tout avait bien commencé, pourtant. Les indicateurs viraient franchement au vert quand l'or noir s'est envolé. Sous la poussée conjuguée de la surchauffe chinoise, des surprises russes, des soubresauts vénézuéliens et des incertitudes irakiennes, le prix du baril a battu des records menaçant dangereusement la croissance. Les économistes ont été contraints de revoir les prévisions en baisse. L'essence, en hausse, mais aussi le kérosène et le fuel sont venus grignoter le pouvoir d'achat, réduisant d'autant la consommation, et donc les perspectives de reprise.

L'impact aurait pu être limité si une deuxième bourrasque n'était venue aggraver la situation. Après l'or noir, ce fut au tour du billet vert de faire des ravages dans les économies. Les déficits américains ont continué de se creuser. Le budget, qui avait enregistré une série d'excédents pendant les années Clinton, a viré dangereusement au rouge, pour atteindre des records de déficit. La balance commerciale subissant elle aussi le même sort, les marchés ont retiré leur confiance au dollar et provoqué la hausse de l'euro.

2004 restera l'année « introuvable »

Les autorités monétaires américaines n'ont rien fait pour calmer le jeu, au contraire. La meilleure façon de résorber les déficits sans douleur reste encore de les faire financer, qu'ils le veuillent ou non, par leurs partenaires. La chute du dollar favorise les exportations et freine les importations. Les entreprises du Vieux Continent, déjà handicapées par de lourdes contraintes fiscales et sociales, ont laissé dans la bataille des parts de marché et des emplois.

La reprise tant attendue est donc restée « introuvable ». Tout comme la paix.

En Irak, les Etats-Unis ont bien passé le relais politique à un gouvernement local, mais le calme n'est pas revenu pour autant. Les attentats se sont multipliés dans le pays mais aussi à l'extérieur. Dans le pays, la paix a fait désormais plus de victimes que la guerre parmi les troupes américaines et rien ne laisse prévoir un retour à la normale. Le terrorisme continue de frapper sauvagement, déstabilisant peu à peu l'Arabie saoudite ou poussant les alliés des Etats-Unis à revoir leurs positions. Ainsi, le terrible attentat de Madrid, qui a provoqué la chute du gouvernement en place et le départ des troupes espagnoles de Bagdad.

En revanche, il a échoué à faire battre George W. Bush qui, au contraire, recueillant les voix de la peur, est devenu le président le mieux élu des Etats-Unis.

L'Europe, elle aussi, est restée « introuvable ». Le 1er mai, elle a accueilli dix nouveaux membres, rendant son avenir plus incertain que jamais. L'élargissement a accentué encore les divisions et la peur. L'idée européenne ne fait plus rêver et ce n'est pas la future constitution qui changera la donne. Les habitants de l'Union craignent la concurrence des nouveaux venus et les perçoivent davantage en adversaires qu'en frères. L'ouverture de négociations avec la Turquie a accru encore les menaces et fait peser de lourdes incertitudes sur les scrutins qui doivent être organisés pour ratifier la constitution. Les débats au sein du PS ont montré que le « oui » n'allait pas de soi. Si le front du refus devait l'emporter, l'Union connaîtrait alors une crise grave. Or il suffit qu'un seul pays dise « non » pour faire capoter le projet.

Dans le climat ambiant dominé par la peur, la voie des réformes s'est révélée ardue. En Italie, pour la première fois dans l'histoire, on a vu des milliers de gens manifester contre la baisse des impôts. En France, Jean-Pierre Raffarin en a fait les frais. Le Premier ministre a essuyé deux défaites électorales, ce qui n'a pas empêché le président de la République de le maintenir à Matignon et de laisser, du même coup, planer le doute sur la solidité de l'avenir du gouvernement.

Des réformes à dose homéopathique en France

Dans une France qui semble chercher sa voie entre réforme et statu quo, quelques changements, tant bien que mal, ont été réalisés. Mais par petites touches, les ministres éteignant aussitôt les incendies qui couvaient sous la cendre des propositions. La Sécurité sociale a été réformée, mais le doute subsiste sur la réalité de cette réforme et surtout sur son efficacité. Les 35 heures ont été assouplies, vidées en partie de leur contenu, mais le patronat persiste à penser que les mesures adoptées ne vont pas assez loin. Quant à la réforme de l'éducation, le projet est rejeté par les différents organismes consultatifs. Les syndicats, toutefois, ont du mal à mobiliser, comme si l'heure était à la résignation.

Signe des temps, les ministres, eux aussi, rêvent de changement. Dès qu'ils ont réalisé une mission, ils cherchent à partir. Certains rêvent de Bercy, d'autres de Matignon, d'autres, encore, de l'Elysée. Et ils n'hésitent pas à abandonner leur poste pour viser de nouvelles ambitions. Du coup, la majorité, elle-même, est « introuvable ». Est-elle à l'Elysée et à Matignon, ou à l'UMP derrière Nicolas Sarkozy ? Mais l'opposition n'est guère mieux lotie avec sa pléthore de prétendants.

La France, comme le monde, semble vivre à cette heure imprécise que l'on appelle entre chien et loup. 2005 devra lever les doutes !

par GABRIEL MILESI