L'absence de visibilité incite toujours à la prudence
Le discours prudent que tient depuis de nombreuses semaines Le Journal des Finances est une nouvelle fois conforté par les faits. Et les opérateurs qui pensaient que la victoire de George W. Bush allait libérer le potentiel des grands indices, et notamment du CAC 40, vont devoir se faire une raison. L'incapacité de l'indice CAC 40 à franchir le seuil des 3.800 points cette semaine résume bien la situation. D'un côté, les liquidités restent abondantes et ne demandent qu'à reprendre le chemin de la Bourse, mais, dans le même temps, il serait irresponsable d'ignorer les risques que font courir, d'une part, la glissade du dollar par rapport à l'euro et, d'autre part, le maintien des prix du pétrole à des niveaux élevés.
Le billet vert a atteint, ces derniers jours, de nouveaux records de faiblesse par rapport à la devise européenne en cotant au-dessus de 1,32 dollar pour un euro. Rien de surprenant au regard de la politique de dollar faible menée par l'administration américaine pour relancer la machine économique. Le dollar semble donc se diriger tout droit vers un nouveau plancher que les experts fixent à 1,40 dollar pour un euro. Nous ne développerons pas ici les conséquences, maintes fois évoquées dans nos colonnes, d'une telle situation sur les comptes des entreprises européennes qui exportent outre-Atlantique, ou qui rapatrient de cette zone des bénéfices dépréciés.
Parallèlement, les prix du baril de pétrole, bien qu'ayant reflué de 10 % par rapport au pic atteint en octobre dernier, se maintiennent à des niveaux dangereusement élevés (45 dollars pour le brent de la mer du Nord). Pourvu que Thierry Desmaret, le président de Total, ait raison lorsqu'il pronostique pour l'an prochain un prix moyen de 30 dollars le baril ! Mais les cours de l'or noir ne vont sans doute pas s'effondrer comme par enchantement et la prime spéculative qui les soutient n'a pour le moment aucune raison de disparaître au regard d'un contexte géopolitique toujours aussi incertain, tandis que la demande mondiale de pétrole reste forte.
L'effet combiné du dollar faible et du pétrole cher ne manquera pas de se faire ressentir dans les comptes de nos entreprises européennes en 2005, et le marché en tire les conclusions. Nombreux sont les dirigeants qui commencent déjà à préparer le terrain.
Les valeurs défensives ont toujours la cote
Cette faible visibilité ne doit pas pour autant décourager les actionnaires, mais elle implique une sélection stricte des valeurs à mettre en portefeuille. Plutôt que de miser sur une hypothétique hausse généralisée des marchés, la rédaction du Journal des Finances s'efforce chaque semaine de mettre en avant des affaires sous-évaluées ou dont la récurrence d'activité justifierait une prime à la visibilité. C'est notamment le cas des valeurs dites de rendement, dont le parcours boursier de ces derniers mois est sans commune mesure avec celui du CAC 40 (le portefeuille valeurs de rendement du JdF s'est apprécié de plus de 42 % depuis le début de l'année !). Le succès rencontré cette semaine par l'introduction en Bourse de la société Autoroutes Paris-Rhin-Rhône, pourtant à un prix situé dans le haut de la fourchette indicative, montre l'attrait des investisseurs pour ce type de placement et le fait qu'ils sont prêts à payer la sécurité au prix fort.
Comme on pouvait l'imaginer, l'or est le seul investissement à profiter directement de la situation actuelle, dans la mesure où sa trajectoire est inversement corrélée à celle du dollar, puisqu'il se substitue à ce dernier dans le rôle de valeur refuge. En franchissant la barre des 450 dollars, l'once de métal fin a retrouvé des niveaux qu'elle n'avait plus connus depuis 1988. Malheureusement, seules les mines américaines profitent pleinement du mouvement, les groupes canadiens et sud-africains étant de leur côté pénalisés par des coûts de production libellés en devises fortes. Barrick Gold et AngloGold restent nos deux valeurs favorites dans le secteur mais, là encore, l'investisseur qui achète ces titres à Paris en euros ne profite quasiment pas de la hausse de leur cours en dollars, qui est annulée par un taux de change défavorable.
