L'Etat appartient au peuple, pas aux syndicats !

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L'Etat peut-il se réformer ? Le dossier de sa réforme est devenu au fil des gouvernements un des serpents de mer de la vie politique française. Tous les derniers Premiers ministres ont ouvert le dossier, et tous l'ont refermé. Claude Allègre et Christian Sautter y ont laissé leur portefeuille de ministre. La maîtrise de la dépense publique, seule susceptible d'apporter une bouffée d'oxygène à une économie coincée entre déficits et mondialisation, entre dettes et pacte de stabilité, passe par celle des dépenses de fonctionnement du premier employeur de France : l'Etat.
Or, les chiffres donnent le vertige ! De 1999 à 2002, les dépenses annuelles de l'Etat en salaires, cotisations et pensions sont passées de moins de 100 milliards à près de 110 milliards d'euros. Les retraites dans la fonction publique et dans des entreprises comme EDF représentent des centaines et des centaines de milliards qui seront un jour à payer. Autant de bombes financières à retardement.
Alors que la Grande-Bretagne vient de décider de supprimer 100.000 postes de fonctionnaires, la France va redéployer 10.000 emplois dans la fonction publique et vise une économie de 1,3 milliard d'euros. Une goutte d'eau par rapport à l'océan des chiffres cités plus haut. Renaud Dutreil, le ministre de la Fonction publique, travaille à un véritable projet de réforme de cette fonction publique, qui compte pas moins de... 1.000 corps de métiers ! Il s'agit de simplifier cette énorme machine administrative en créant sept filières professionnelles qui permettraient une mobilité plus grande des agents de l'Etat entre les différentes administrations. D'ores et déjà les syndicats ont fait savoir leur hostilité à un tel projet qui nuirait... à la professionnalisation des fonctionnaires !
Une telle simplification réclame certainement moins d'opacité entre les salaires et primes des différents ministères. Là encore la tâche n'est pas aisée, quand on sait que le ministre des Finances lui-même ignore le nombre et les salaires exacts de ses agents. Les syndicats peuvent-ils continuer à refuser toute modernisation et à menacer de grèves un gouvernement qui déciderait du prélèvement de l'impôt à la source parce que la collecte de l'impôt est, en France, la plus chère de tous les pays industrialisés. C'est pourtant cette menace qui a été brandie lors de dernière campagne électorale.
Comment ne pas se poser la question du coût imposé par la multitude des structures administratives : agences, guichets, points de contact, préfectures, mairies, perceptions, Trésor public, cités administratives, etc., écrivait en mai dernier dans Les Echos un économiste français qui enseigne au Canada, pays qui a accepté une véritable révolution dans la gestion de l'Etat et de la fonction publique. En France, les syndicats restent sourds à toute argumentation économique, et ce qui se passe actuellement chez Perrier permet de se poser la question de savoir où finit la défense des salariés et où commence le coup d'Etat permanent contre la modernisation.
De 1990 à 2000 le nombre de fonctionnaires a augmenté de 275.000 dans une France qui détient le record du nombre de fonctionnaires par habitant. Faute de s'attaquer à la forteresse, le gouvernement a décidé de ne pas augmenter les dépenses publiques au-delà de l'inflation en 2005. « C'est une solution à la desperado... il s'agit sans doute de la seule possible pour respecter nos engagements européens », commente dans Le Figaro Bernard Spitz, coauteur d'Etat d'urgence. Il y voit cependant une défaite de la pensée et affirme qu'une entreprise ainsi gérée irait droit à la faillite. Pendant des années, nous avons compté sur l'inflation pour faire diminuer notre dette, pendant combien de temps allons-nous compter sur l'euro qui nous protège d'accidents monétaires pour continuer à l'augmenter ?
