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Et revoilà la cagnotte !

28/08/2004 00:00 - JDF

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Il a suffi de quelques mots et le ciel est redevenu clair. Le grand magicien de la Fed et son homologue de la BCE se sont relayés pour relativiser l'effet pétrole. Il n'y a rien à craindre, ont-ils dit : la conjoncture est solide ; la flambée de l'or noir ne constitue pas une menace pour la croissance de l'économie. Les deux grands argentiers sont confiants et nous devons l'être aussi, même si les prix à la pompe assèchent nos portefeuilles. C'est tout juste si Alan Greenspan craint pour le Japon et s'interroge sur la faiblesse de la reprise européenne. Mais, comme pour atténuer les effets d'un verbe un peu trop nuancé, Jean-Claude Trichet estime qu'il n'y a aucune raison de remettre en cause les prévisions d'une « reprise graduelle ». Quant à l'inflation, elle reviendra « au-dessous du seuil de 2 % à moyen terme ». La flambée des prix n'aura donc été qu'un feu de paille pour l'économie. De son côté, Dick Cheney, le vice-président américain, a précisé que l'on ne toucherait pas aux stocks stratégiques d'or noir, qui devaient être conservés pour de « véritables urgences ». Et le baril a poursuivi son recul.

Tout va bien donc et la rentrée s'annonce sous les meilleurs auspices, y compris en France, où la croissance devrait atteindre 2,5 % cette année, au lieu des 1,7 % escomptés initialement par le gouvernement. Plus de croissance, cela signifie plus d'argent que prévu dans les caisses de l'Etat, et revoilà donc la célèbre cagnotte !

Nicolas Sarkozy a confirmé cette semaine l'excellence des rentrées fiscales, qui devraient permettre au Trésor d'engranger 5 milliards d'euros supplémentaires. Un pactole ! Et comme l'avenir s'annonce radieux, si l'on en croit les grands argentiers, le magot devrait continuer de s'arrondir. Le ministre des Finances dispose donc d'une marge de manoeuvre confortable, mais pour quoi faire ? A la veille de son probable départ de Bercy, il pourrait puiser dans ce trésor pour améliorer encore sa popularité. Les petits cadeaux ne font-ils pas les bons amis ?

Mais, comme il semble préférer se forger l'image d'un homme rigoureux, il s'est empressé de déclarer : « Un pays qui a 1.000 milliards d'euros de dette doit penser à l'avenir et gérer sérieusement les choses. » Ce supplément imprévu devrait en effet permettre à la France de revenir dans les lignes du Pacte de stabilité.

Mais ce n'est pas l'avis de tout le monde. « Je préfère mettre quatre millions de personnes au travail plutôt que de rembourser la dette tout de suite », n'a pas tardé à répliquer Jean-Louis Borloo, promoteur d'un Plan de cohésion sociale dont le volet financier laisse à désirer. « Ce supplément de croissance, a ajouté le Premier ministre, nous voulons le partager avec tous les Français. » Le débat est donc bel et bien reparti. Faut-il profiter de cette manne inattendue pour faire du social ou pour remettre le pays en ordre ?

Le gouvernement, qui s'attend à une rentrée sociale difficile, qui devra faire passer des réformes douloureuses, choisira-t-il la voie de la vertu ? Comme en 1999, les tireurs de chèques ne manquent pas. Le ministre de la Santé a déjà obtenu une somme rondelette pour les chirurgiens. Mais il faut aussi aider la consommation, les automobilistes, les smicards et tant d'autres catégories sociales qui ne manqueront pas de réclamer leur part.

Et les impôts ? La baisse de l'IRPP est-elle définitivement enterrée ? Certes on donnera un coup de pouce pour les successions l'an prochain, mais on est loin des promesses de réduction de la fiscalité faites par le candidat Chirac ; or il y va de l'attractivité de l'Hexagone.

Une fois de plus, les responsables politiques français semblent prêts à revêtir le costume du Père Noël plutôt que celui du Père fouettard. L'histoire montre pourtant que les distributions ne sont pas un atout majeur dans les élections.

L'ACTUALITE VUE PAR... Gabriel Milesi