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« Nous n'avons nullement besoin de solliciter le marché une nouvelle fois »

17/07/2004 00:00 - JDF

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NOTRE CONSEIL
Nous avons, au cours de ces derniers mois, conseillé d'éviter la valeur. Compte tenu des signes de redressement des comptes, des achats spéculatifs peuvent être initiés vers 1,2 euro, avec un objectif limité à 1,6 euro inférieur au montant des fonds propres >par action.

LE JOURNAL DES FINANCES : Confirmez-vous les objectifs d'activité et de rentabilité annoncés lors de la présentation des résultats annuels 2003 ?

Denis Kessler :- S'agissant de l'évolution de l'activité, la lecture des indicateurs d'encaissement et de renouvellement des contrats dont nous disposons, nous permet de viser un chiffre d'affaires prévisionnel compris entre 2,5 et 2,7 milliards d'euros cette année. Nos objectifs de rentabilité restent les mêmes : 3 % de marge nette sur prime nette en assurance-vie et une rentabilité technique en non-vie qui permet de dégager un rendement des fonds propres de 10 %.

Le marché de la réassurance est réputé très cyclique. Dans quelle phase du cycle nous trouvons-nous actuellement ?

- La réassurance-vie profite de la hausse actuelle des taux d'intérêt, qui améliore le rendement des contrats pour les assurés. Dans ce secteur, nous bénéficions d'une forte demande de réassurance, avec des tarifs orientés à la hausse. En non-vie, après les fortes hausses intervenues au cours de ces trois dernières années, nous constatons à l'opposé un certain fléchissement des tarifs dans la couverture des grands risques ; cette situation est contrastée en fonction des activités et des zones géographiques. Mais les prix se maintiennent à un niveau acceptable permettant de disposer d'une bonne rentabilité sur les souscriptions que nous prenons.

Sur quels éléments repose le redressement des comptes du groupe ?

- L'amélioration des résultats repose avant tout sur la mise en place en 2002 d'une politique de souscription plus sélective. Car c'est sur la qualité des souscriptions que repose l'essentiel de l'amélioration des bénéfices. En réassurance-vie, cette stratégie a porté ses fruits, puisque les résultats de cette filiale ont été satisfaisants en 2003. Dans le domaine de la réassurance-dommages, tous les engagements ont été passés au peigne fin, nous avons arrêté les souscriptions de la filiale bermudienne CRP en janvier 2003. Notre exposition sur le marché américain a été considérablement réduite, le portefeuille ayant été redéployé en Europe, en Asie et dans certaines zones ciblées en forte expansion. La mise en place d'une politique de réduction de nos frais généraux contribue à l'amélioration de notre rentabilité : ils ont diminué de 13 % en 2003 et nous budgétons une baisse de 16 % en 2004.

Quelle est la teneur du plan triennal 2004/2007 destiné de redéployer les activités du groupe et à redresser sa rentabilité ?

- Nous travaillons à l'élaboration du plan Moving Forward, qui sera présenté au début du mois de septembre. Nous sortons juste de notre premier plan de deux ans Back on Track, qui avait quatre objectifs : reprovisionner le groupe, le recapitaliser, le redimensionner et le restructurer. Je considère que ce plan a atteint ses objectifs : le groupe a été remis sur les rails. Nous voulons poursuivre son redéploiement et son repositionnement afin d'optimiser au mieux les ressources financières que nous ont confiées nos actionnaires. Notre objectif est de rééquilibrer notre portefeuille : les métiers de la réassurance-vie offrent plus de visibilité et de récurrence en termes de résultats que la couverture des risques dommages, notamment dans le secteur industriel, plus volatil. Les activités « vie » représentent aujourd'hui 40 % de nos souscriptions, ce qui est encore insuffisant. Ce rééquilibrage passe aussi par une réduction de notre exposition en réassurance non-vie aux Etats-Unis pour nous concentrer sur l'Europe, l'Asie, ainsi que sur certaine zones émergentes à fort potentiel. Ce plan est surtout destiné à parvenir à une utilisation optimale des fonds propres du groupe (à 100 %, y compris les minoritaires), qui s'élèvent actuellement à 1,5 milliard d'euros. La capacité de souscription de Scor n'est pas extensible, elle impose des choix qui doivent être menés avec une rigueur extrême. Notre plan à trois ans Moving Forward est raisonnable : il n'est ni trop ambitieux ni timoré, dans un marché qui demeure très concurrentiel.

Avez-vous bon espoir d'obtenir une amélioration de votre note financière, qui vous donnera accès aux clients internationaux les plus prestigieux ?

- Notre retour dans la catégorie des « A » constitue en effet un enjeu stratégique essentiel pour le groupe. Notre action consistant à redimensionner le groupe avec un objectif d'utilisation optimale de nos capitaux propres constitue notre principal argument vis-à-vis des agences de notation. J'espère qu'elles prendront en considération notre stratégie visant à apporter la sécurité maximale à nos clients. Celle-ci s'est notamment traduite par le maintien de nos capitaux propres à un niveau quasi inchangé depuis deux ans, alors que parallèlement, le montant de nos encaissements a été divisé par près de deux au cours de la même période. J'ai, dans ces conditions, bon espoir de parvenir à un redressement de notre note dans les prochains mois.

Vous ne comptez donc pas solliciter le marché dans un proche avenir...

- Nous avons levé 1,1 milliard d'euros de fonds propres au cours des dix-huit derniers mois et, tout récemment, 200 millions d'euros sous forme d'obligations convertibles. Nous n'avons nullement besoin de solliciter le marché une nouvelle fois. L'essentiel est de prouver aux agences de notation que nous utilisons au mieux les ressources dont nous disposons, qu'elles sont suffisantes pour assurer notre développement et qu'elles permettent d'offrir à nos clients un niveau de sécurité satisfaisant.

Le fait que l'action Scor tarde à remonter ne signifie-t-il pas que le marché doute tout simplement du redressement de la société ?

- L'action ne se comporte, depuis le début de l'année, ni mieux ni moins bien que celle des autres réassureurs cotés en Bourse. Il y a une certaine désaffection des investisseurs à l'égard du secteur de la réassurance, considéré risqué, notamment en raison de la montée des menaces terroristes dans le monde et de la multiplication de la fréquence des catastrophes naturelles. Le redressement de nos résultats est réel et perceptible, il constitue notre meilleur argument boursier. Toute notre action a pour objectif de créer de la valeur pour l'actionnaire en réduisant le profil de risque de la compagnie, en mettant en place une politique de sélection rigoureuse de nos engagements, en maîtrisant et en protégeant nos risques, et en ayant une politique financière prudente. L'image boursière de Scor devrait donc progressivement s'améliorer. A titre d'exemple, il faut savoir que notre récente émission d'obligations convertibles, d'un montant de 200 millions d'euros, a été sursouscrite dix-huit fois, ce qui témoigne d'un retour à la confiance des marchés financiers.

Les investisseurs redoutent en revanche de nouvelles provisions destinées à couvrir le solde des mauvais risques accumulés par le passé dans votre portefeuille d'engagements.

- Le groupe a renforcé ses provisions de plus de 1 milliard d'euros au cours de ces deux dernières années. Nos réserves ont été augmentées de plus de 10 %, ce qui est considérable. Nous avons demandé à plusieurs cabinets d'actuaires indépendants d'effectuer une revue actuarielle de l'ensemble de nos risques. Il est ressorti, au 31 décembre 2003, que tous les risques auxquels nous sommes exposés sont couverts de façon satisfaisante et aux conditions les plus conservatrices, compte tenu des éléments dont nous disposons aujourd'hui.

Ne craignez-vous pas que vos actionnaires soient tentés de réduire leurs positions dès l'apparition des premiers signes de redressement des comptes ?

- Il m'est impossible de répondre à la place de mes actionnaires. Je constate simplement que la structure de notre capital est stable depuis deux ans, ce qui témoigne d'une indéniable fidélité. Nous sommes par ailleurs cotés à New York, ce qui conduit à une internationalisation grandissante de notre capital. Loin de faire fuir les investisseurs, le redressement de nos comptes devrait au contraire les attirer en plus grand nombre. L'action Scor se traite aujourd'hui en Bourse à un niveau inférieur au montant de nos fonds propres réévalués part du groupe, qui ressortent à 1,88 euro par titre au 31 mars. L'existence de cette décote constitue une anomalie pour une société en ordre de marche et capable de délivrer les bénéfices à ses actionnaires.

Son dernier cours

> La forte dégradation des résultats du réassureur en 2002 et 2003, ainsi que les augmentations de capital réalisées au cours de cette période ont incité

les investisseurs à massivement se détourner de la valeur. Autour de 1,2 euro, celle-ci se traite à ses plus bas niveaux historiques.

La remontée sera progressive ; elle est liée au retour de la confiance.

Ses objectifs

> Toute l'action de Denis Kessler consiste, depuis son arrivée à la tête du groupe, en novembre 1992, à redéfinir une stratégie cohérente axée sur des activités offrant une bonne visibilité, à redimensionner la compagnie en fonction de ses capacités financières et à parvenir à une utilisation optimale des fonds propres du groupe.

Son dernier cours

> La forte dégradation des résultats du réassureur en 2002 et 2003, ainsi que les augmentations de capital réalisées au cours de cette période ont incité

les investisseurs à massivement se détourner de la valeur. Autour de 1,2 euro, celle-ci se traite à ses plus bas niveaux historiques.

La remontée sera progressive ; elle est liée au retour de la confiance.

Ses objectifs

> Toute l'action de Denis Kessler consiste, depuis son arrivée à la tête du groupe, en novembre 1992, à redéfinir une stratégie cohérente axée sur des activités offrant une bonne visibilité, à redimensionner la compagnie en fonction de ses capacités financières et à parvenir à une utilisation optimale des fonds propres du groupe.

Propos recueillis par ROLAND LASKINE