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Gérard Mestrallet, président de Suez

24/04/2004 00:00 - JDF

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NOTRE CONSEIL
Les multiples de capitalisation du groupe sont modestes pour 2004 (14 fois nos estimations) et 2005 (11,7 fois). Compte tenu de ces éléments ainsi que du rendement global de 6 %, nous conseillons le titre à l'achat, avec un objectif de cours de 22 euros.

Comment s'est comportée l'activité du groupe de services aux collectivités au premier trimestre ? Quelles sont vos prévisions pour 2004 ?

Gérard Mestrallet : - Le chiffre d'affaires du premier trimestre sera publié le 29 avril. Je peux cependant indiquer dès aujourd'hui qu'aucun élément susceptible de remettre en question nos objectifs n'est intervenu au cours de ces trois premiers mois. Je confirme ces objectifs pour 2004/2006 : une croissance organique moyenne du chiffre d'affaires et de l'excédent brut d'exploitation comprise entre 4 et 7 %, ainsi que l'amélioration de l'ensemble de nos paramètres opérationnels, en vue d'aboutir à un retour sur capitaux engagés de 11 % à horizon 2006.

L'année 2004 sera pour Suez celle du retour aux bénéfices après deux années difficiles, marquées par une succession de facteurs déstabilisants : affaire Enron, crise en Argentine, ralentissement de l'économie mondiale. Notre plan d'action, mis en place en janvier 2003, nous a permis, à travers des cessions d'actifs et notre plan de réduction de coûts, de diviser notre dette par deux, pour atteindre 13,9 milliards actuellement, montant qui représente 115 % de nos fonds propres. Ce ratio, qui se situe dans la moyenne des groupes européens du secteur, nous paraît désormais approprié, étant donné la grande visibilité de nos métiers, qui reposent sur des contrats de très longue durée.

Les cessions d'actifs et les restructurations se sont faites au prix de lourdes pertes (863 millions d'euros en 2002 et 2,16 milliards en 2003), et au détriment du cours de Bourse de Suez. Quel est votre message aux actionnaires déçus ?

- D'abord un message de confiance dans l'avenir puisque nous proposons de maintenir le dividende. Ensuite, je veux leur dire que, si le parcours de notre titre est décevant, je ne m'en satisfais pas. Mais toutes les valeurs de notre secteur ont été « chahutées » en Bourse.

Et, pour relativiser, il faut souligner qu'un actionnaire ayant acheté pour 100 euros de Suez en 1997, au moment de la création du groupe (Ndlr : issu de la fusion entre la Compagnie Financière de Suez et la Lyonnaise des Eaux), disposerait aujourd'hui de 180 euros, en tenant compte du versement du dividende. Ce rendement total (ou total shareholder return), incluant évolution du cours et des dividendes, se situe parmi les meilleures performances du secteur en Europe. Sans présumer de l'orientation future du titre, je peux affirmer que les difficultés rencontrées sont désormais derrière nous : les actifs trop gourmands en capitaux, non stratégiques ou peu rentables, ont été cédés, l'exposition aux pays émergents a été réduite, le coût du plan d'action et toutes les charges de restructuration ont été passés sur l'exercice 2003. Pour Suez, l'horizon est dégagé. Le groupe est désormais recentré à 100 % sur ses deux métiers, l'énergie et l'environnement, sur des marchés rentables et dans des pays stables sur le plan politique et monétaire.

Certains observateurs doutent de la capacité du groupe à continuer de verser un dividende élevé, qui représente un coût de 700 millions d'euros pour le groupe. Que répondez-vous ?

- Le conseil d'administration a proposé le maintien du dividende au même niveau qu'en 2002, à 0,71 euro net par action, malgré les pertes enregistrées. Je ne peux pas préjuger de sa décision pour l'année prochaine, décision qui sera soumise à l'approbation de l'assemblée générale. L'année 2004 sera celle du retour au bénéfice net, sachant qu'à tout moment notre résultat courant est resté largement positif (747 millions d'euros en 2003).

La progression organique de la capacité d'autofinancement (3,7 milliards d'euros en 2003), notre cash-flow net positif ainsi que la plus-value de cession de 750 millions d'euros liée à la vente de notre participation dans M6 sont autant d'éléments qui permettront à Suez de poursuivre sa politique de dividende au titre de 2004.

Plusieurs grands groupes européens de services collectifs se séparent actuellement de leur branche environnement pour se recentrer sur l'énergie. Allez-vous suivre ce mouvement ?

- Notre conseil d'administration a clairement tranché pour le maintien de nos deux métiers, énergie et environnement, qui seront développés de façon simultanée et durable, même s'ils n'ont pas le même poids dans le groupe (Ndlr : l'énergie représente les deux tiers de l'excédent brut d'exploitation). Nous attendons de la branche environnement qu'elle poursuive l'amélioration de ses performances dès 2004. Nous avons tranché dans le vif en interrompant des contrats à l'international (Manille, Porto Rico) et en cédant 75 % de Northumbrian Water en Grande-Bretagne.

Les activités basées essentiellement en Europe et en Chine, où nous sommes le premier opérateur dans le secteur de l'eau (800 millions d'euros de chiffre d'affaires annuel géré), disposent d'un fort potentiel et font de Suez un leader mondial dans ce métier. En France, sur le seul secteur de l'eau, la croissance organique de Suez a atteint 7 % en 2003, sur un marché considéré comme mature, et dans une économie qui a enregistré une croissance inférieure à 1 %.

Où en est la renégociation de votre contrat en Argentine, et votre litige avec le gouvernement argentin ?

- Nous avons déjà provisionné dans nos comptes l'intégralité de l'impact de la crise argentine sur nos activités. Le gouvernement de ce pays n'ayant pas respecté ses engagements, nous avons porté l'affaire devant la Cour internationale d'arbitrage (Cirdi) à Washington. Je suis confiant dans la conclusion d'un accord transitoire avant la fin 2004 qui permettra de stabiliser le fonctionnement de la société, avant la mise en place d'un nouveau régime de moyen terme. Notre objectif est que cet actif soit de nouveau créateur de valeur pour l'actionnaire.

Le 14 avril, vous avez annoncé la renégociation d'une ligne de crédit non tirée d'un montant de 4 milliards d'euros, ce qui a relancé les spéculations sur un rachat des 48,87 % du capital de votre filiale belge d'électricité, Electrabel, que vous ne détenez pas encore. Avez-vous l'intention de prendre le contrôle à 100 % d'Electrabel ?

- Nous n'avons actuellement aucun projet de ce type. En 2003, nous avions profité des conditions de marché pour porter notre participation de 45 % à 50,13 %. La situation actuelle nous convient : elle exprime clairement l'intérêt stratégique que revêt pour nous la branche électricité, à quelques mois de l'ouverture du marché professionnel (entreprises, collectivités locales) à la concurrence, le 1er juillet prochain.

Comment et à quel horizon pensez-vous atteindre votre objectif de détenir 10 % du marché français de l'électricité ?

- Il n'y a pas de date butoir, mais nous sommes prêts à relever ce défi, grâce à nos capacités de production de 6.800 mégawatts, correspondant à 7 % de la puissance installée en France. Nous disposons de quatre sources d'approvisionnement : les unités de co-génération de notre filiale Elyo, la Compagnie Nationale du Rhône (CNR), dont Electrabel a acquis 49 % en 2003, la Société Hydro-Electrique du Midi (SHEM), filiale de la SNCF, dont nous commercialisons l'ensemble de la production, et enfin les deux tranches nucléaires de Tricastin et Chooz B.

Nous fournissons déjà 200 grands sites, dont les aéroports de Toulouse, Lyon, Bâle-Mulhouse, ainsi que des groupes comme Casino ou Air France. A partir du 1er juillet, nous ciblerons en priorité les collectivités locales et publiques (hôpitaux, universités...) ainsi que les PME.

En cas de privatisation, êtes-vous toujours intéressé par une prise de participation dans Gaz de France, qui affiche, comme Suez, ses ambitions de devenir le deuxième fournisseur français d'électricité derrière EDF ?

- Nous n'avons pas de projet d'entrer au capital de Gaz de France, dont nous sommes à la fois partenaires, clients et concurrents. De façon plus générale, je ne crois pas que la libéralisation du marché de l'électricité en Europe entraînera de grands rapprochements transnationaux. Les acteurs européens sont les plus grands du monde et disposent déjà de la taille critique. Aux Etats-Unis, le plus grand acteur, Duke, est plus petit que Suez, et la libéralisation n'a pas entraîné de mégafusions sur un marché équivalent en taille au marché européen. Il peut y avoir des coopérations ponctuelles entre grands acteurs. Nous en avons déjà avec GDF.

En revanche, la libéralisation est accusée d'être à l'origine des graves coupures de courant qu'ont connues la Californie et la côte est des Etats-Unis. Le même danger existe-t-il en Europe ?

- Ce n'est pas la libéralisation qui est la cause de ces pénuries, mais le manque chronique d'investissements. L'Europe se trouve face aux mêmes problèmes : nous manquons de capacités de production, surtout en périodes de pointe (hiver et plein été) et les réseaux européens ne sont pas suffisamment interconnectés. C'est pour cette raison que j'ai lancé un appel, il y a quelques mois, en faveur de la création d'« autoroutes de l'électricité » en Europe et de la création d'un régulateur européen en la matière.

Qu'allez-vous dire à vos actionnaires lors de l'assemblée générale qui se tient ce 27 avril ?

- Suez sort renforcé d'une crise, qui a frappé tous les acteurs de nos secteurs d'activité, et dispose de tous les atouts pour croître de manière rentable dans ses deux métiers, en priorité par croissance interne.

Nos actionnaires semblent avoir compris ce message, puisqu'ils sont de plus en plus nombreux : nous comptons désormais 450.000 actionnaires individuels, contre 300.000 il y a six ans, lesquels représentent 15 % du capital, auxquels s'ajoutent les 4 % des salariés, et je m'en réjouis.

Son dernier cours

> L'action a perdu plus de la moitié de sa valeur depuis ses plus hauts niveaux de 2000, mais elle a repris le chemin de la progression depuis un an, à la faveur du plan de restructuration. Depuis le 1er janvier, elle s'est adjugé environ 8 %, une performance légèrement supérieure à celle du CAC 40 (+ 5 %).

Ses objectifs

> Après 3 milliards d'euros de pertes cumulées en deux ans et 11 milliards d'euros de cessions d'actifs (M6, Noos, Fortis, Nalco, Nothumbrian Water...), la direction vise le retour aux bénéfices en 2004, ainsi qu'une croissance annuelle de 4 à 7 % du chiffre d'affaires et de l'excédent brut d'exploitation sur la période 2004-2006.

En revanche, Gérard Mestrallet dément projeter la scission de la branche environnement ainsi que l'acquisition de 100 % de sa filiale belge Electrabel.

Son dernier cours

> L'action a perdu plus de la moitié de sa valeur depuis ses plus hauts niveaux de 2000, mais elle a repris le chemin de la progression depuis un an, à la faveur du plan de restructuration. Depuis le 1er janvier, elle s'est adjugé environ 8 %, une performance légèrement supérieure à celle du CAC 40 (+ 5 %).

Ses objectifs

> Après 3 milliards d'euros de pertes cumulées en deux ans et 11 milliards d'euros de cessions d'actifs (M6, Noos, Fortis, Nalco, Nothumbrian Water...), la direction vise le retour aux bénéfices en 2004, ainsi qu'une croissance annuelle de 4 à 7 % du chiffre d'affaires et de l'excédent brut d'exploitation sur la période 2004-2006.

En revanche, Gérard Mestrallet dément projeter la scission de la branche environnement ainsi que l'acquisition de 100 % de sa filiale belge Electrabel.

Propos recueillis par VICTORIA ADAM et MICHEL KEMPINSKI -