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La montée des pays émergents

03/01/2004 00:00 - JDF

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Le Sud a gagné. Pour la première fois, les pays émergents ont osé un affrontement direct avec ceux du Nord. A l'ordre du jour de la cinquième conférence de l'Organisation mondiale du commerce, en septembre dernier, figurait notamment l'ouverture de négociations sur l'agriculture.

Les « riches » se sont heurtés à un bloc soudé de pays menés par le Brésil, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud. Cette coalition hétéroclite a exigé que le Nord cesse de subventionner ses produits agricoles afin de ne pas mettre en péril sa propre production. Tous sont repartis du Mexique la tête haute, fiers d'avoir tenu bon.

Une page de l'histoire s'est ainsi tournée. La confrontation qui, habituellement, opposait les grandes puissances entre elles, a changé de nature. Les pays émergents entendent désormais faire entendre leur voix et jouer dans la cour des grands.

Mais ce changement n'aurait pu avoir lieu sans deux phénomènes majeurs. D'une part, la montée en puissance de l'opinion publique. Depuis quelques années, la rue devient partie prenante des grandes décisions internationales. Les associations, les ONG s'invitent dans toutes les réunions internationales... Le mouvement, même s'il n'est guère homogène a pris un tel poids que les dirigeants sont désormais contraints d'en tenir compte.

Les pays émergents l'ont bien compris et ils surfent sur la vague pour défendre leurs intérêts.

Mais cela ne conduirait qu'à des voeux pieux si la situation était restée en l'état.

Or le monde bouge. L'arrivée au pouvoir du président Lula, au Brésil, par exemple, ou encore l'inexorable montée en puissance de la Chine se conjuguent pour modifier la donne.

Le premier s'est fait le champion d'une autre économie, tout en remettant son pays sur les rails de la rigueur. La Chine, quant à elle, s'affirme de plus en plus comme une grande puissance. Et elle l'a marquée symboliquement en envoyant un homme dans l'espace. Ses performances économiques, sa croissance à faire pâlir de jalousie tous les grands argentiers du monde en font aujourd'hui un partenaire à part entière.

Alors que les échanges mondiaux subissent les contrecoups de la crise, l'empire du Milieu est ainsi devenu la quatrième puissance commerciale du monde.

Le retour de l'Asie sur la scène de la croissance le place dans une position qui lui permet de se poser en rival du Japon dans sa zone d'influence.

Les grands pays du Sud et particulièrement ceux du continent asiatique sont en train de prendre toute leur place dans l'économie internationale. Malgré le Sras, malgré la guerre en Irak, ils ont remonté la pente à une vitesse spectaculaire.

Le groupe des Vingt, qui apparaissait en septembre dernier comme une coalition sans lendemain, semble aujourd'hui plus consistant et décidé à poursuivre sur sa lancée contestataire.

Non seulement il campe sur ses positions en matière agricole, mais certains membres de la coalition envisagent même de mener une offensive juridique. Mieux encore, le G20 affiche des objectifs politiques et le président brésilien est allé jusqu'à évoquer la création d'une zone de libre-échange.

Le projet est sans doute irréalisable à court terme, mais il en dit long sur les intentions des pays émergents.

Les Etats-Unis, qui comptaient profiter de l'échec de Cancun en enterrant l'OMC et en développant les relations bilatérales, pourraient bien découvrir, à leur détriment, qu'un troisième pôle est en train d'émerger. Et pas seulement sur le terrain économique.

Nouvelle économie : la révolution sage

> On a encensé la nouvelle économie, adorée comme le veau d'or. Rien n'était assez beau pour les nouvelles idoles des temples de l'argent. Prétentieuses et souveraines, elles annonçait la fin du vieil âge, la mort de l'ancienne économie. Puis la vérité des chiffres est arrivée. La bulle a explosé et, du jour au lendemain, on a voué les idoles d'hier aux gémonies.

Mais, comme l'affirme le poète, ne dites jamais « Fontaine, je ne boirai pas de ton eau ». Il a suffi que quelques sociétés, bilan en main, publient des résultats spectaculaires, pour que l'on s'aperçoive qu'il y avait une part de vérité dans les propos outranciers d'autrefois. Car, pendant la crise, la révolution a continué. Les progrès des nouvelles technologies, annoncés ou non, imaginés ou découverts, sont devenus réalité. Certes, il y a eu des morts, beaucoup de morts. Mais les responsables sont à rechercher du côté de ceux qui se sont emballés, croyant que, brusquement, le monde allait basculer, et qu'il n'y avait pas de prix pour grimper dans le train de la révolution, que la fortune était au bout de la voie. Combien de sociétés n'auraient dû jamais voir le jour si elles avaient été l'objet d'une analyse lucide. Fallait-il pour autant jeter le bébé avec l'eau du bain ?

Au milieu des cadavres, certains survivaient, plus solides ; à la constitution plus robuste, plus concrète.

Dans la folie des années quatre-vingt-dix, on avait oublié le maître mot de l'avenir économique : l'innovation. Et l'on avait confondu l'outil, l'idée et le gadget. L'ADSL, l'Internet rapide par le téléphone, a tout changé et la guerre des prix qui a été déclenchée ces derniers jours ne peut que favoriser encore sa pénétration et donc l'utilisation des services correspondants. Les achats de téléphones mobiles sont en baisse, qu'à cela ne tienne. Les opérateurs proposent tout une gamme de services qui obligent les consommateurs à changer d'appareil pour en bénéficier. Photo, i-mode, messages multimédias, et le téléphone repart comme au bon vieux temps. Et puis, surtout, on assiste à la fusion de toutes les technologies. Dernière innovation, la télévision numérique, via le téléphone par l'ADSL. C'est tout un marché qui s'ouvre, dont on mesure mal encore les conséquences. Une révolution dans la distribution de programmes qui ne laisse personne indifférent tant les enjeux sont colossaux.

Une révolution qui pourrait avoir aussi des répercussions majeures chez les producteurs. Les majors du disque souffrent du piratage depuis qu'est apparue la norme MP3. Voilà que vient de surgir le DivX, format très efficace pour télécharger des films sur Internet. Hollywood tremble déjà.

Les fabricants ont donc de beaux jours devant eux. Mais la technologie n'est-elle pas en train de se suicider ? Car, après tout, elle n'est qu'un outil. Et, sans contenu, elle ressemblera à une belle voiture sans carburant. Or si les producteurs, les créateurs ne dégagent pas des revenus, pourquoi continueraient-ils à tourner des films ou à enregistrer des disques ?

Les révolutions ont besoin d'hommes pour réussir.

Nouvelle économie : la révolution sage

> On a encensé la nouvelle économie, adorée comme le veau d'or. Rien n'était assez beau pour les nouvelles idoles des temples de l'argent. Prétentieuses et souveraines, elles annonçait la fin du vieil âge, la mort de l'ancienne économie. Puis la vérité des chiffres est arrivée. La bulle a explosé et, du jour au lendemain, on a voué les idoles d'hier aux gémonies.

Mais, comme l'affirme le poète, ne dites jamais « Fontaine, je ne boirai pas de ton eau ». Il a suffi que quelques sociétés, bilan en main, publient des résultats spectaculaires, pour que l'on s'aperçoive qu'il y avait une part de vérité dans les propos outranciers d'autrefois. Car, pendant la crise, la révolution a continué. Les progrès des nouvelles technologies, annoncés ou non, imaginés ou découverts, sont devenus réalité. Certes, il y a eu des morts, beaucoup de morts. Mais les responsables sont à rechercher du côté de ceux qui se sont emballés, croyant que, brusquement, le monde allait basculer, et qu'il n'y avait pas de prix pour grimper dans le train de la révolution, que la fortune était au bout de la voie. Combien de sociétés n'auraient dû jamais voir le jour si elles avaient été l'objet d'une analyse lucide. Fallait-il pour autant jeter le bébé avec l'eau du bain ?

Au milieu des cadavres, certains survivaient, plus solides ; à la constitution plus robuste, plus concrète.

Dans la folie des années quatre-vingt-dix, on avait oublié le maître mot de l'avenir économique : l'innovation. Et l'on avait confondu l'outil, l'idée et le gadget. L'ADSL, l'Internet rapide par le téléphone, a tout changé et la guerre des prix qui a été déclenchée ces derniers jours ne peut que favoriser encore sa pénétration et donc l'utilisation des services correspondants. Les achats de téléphones mobiles sont en baisse, qu'à cela ne tienne. Les opérateurs proposent tout une gamme de services qui obligent les consommateurs à changer d'appareil pour en bénéficier. Photo, i-mode, messages multimédias, et le téléphone repart comme au bon vieux temps. Et puis, surtout, on assiste à la fusion de toutes les technologies. Dernière innovation, la télévision numérique, via le téléphone par l'ADSL. C'est tout un marché qui s'ouvre, dont on mesure mal encore les conséquences. Une révolution dans la distribution de programmes qui ne laisse personne indifférent tant les enjeux sont colossaux.

Une révolution qui pourrait avoir aussi des répercussions majeures chez les producteurs. Les majors du disque souffrent du piratage depuis qu'est apparue la norme MP3. Voilà que vient de surgir le DivX, format très efficace pour télécharger des films sur Internet. Hollywood tremble déjà.

Les fabricants ont donc de beaux jours devant eux. Mais la technologie n'est-elle pas en train de se suicider ? Car, après tout, elle n'est qu'un outil. Et, sans contenu, elle ressemblera à une belle voiture sans carburant. Or si les producteurs, les créateurs ne dégagent pas des revenus, pourquoi continueraient-ils à tourner des films ou à enregistrer des disques ?

Les révolutions ont besoin d'hommes pour réussir.

L'ANNEE 2003 VUE PAR... Gabriel Milesi