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Paris renoue avec la hausse, mais reste sous l'emprise du dollar et de la croissance américaine

03/01/2004 00:00 - JDF

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Soulagement chez les investisseurs. En terminant sur un gain de 16,12% en 2003, avec un indice CAC 40 à 3.557,9 points, la Bourse de Paris a rompu avec la sinistrose des trois dernières années. Même si 2002, qui s'était soldé par un plongeon de plus de 33 %, restera longtemps gravé dans les mémoires.

L'année avait pourtant mal débuté. Trois mois consécutifs de baisse et un plancher inscrit à 2.401,1 points le 12 mars avaient fait abandonner tout espoir aux opérateurs. La guerre en Irak puis l'épidémie de pneumopathie ont même créé à cette époque un climat de psychose qui a causé beaucoup de tort à des pans entiers de l'économie, comme les compagnies aériennes, le tourisme et le luxe.

Mais conscients de leurs excès, les marchés se sont remis à prendre le chemin de la hausse, si bien que, depuis le mois d'avril, marqué par un violent rebond de 12,8 %, l'indice n'a cessé de reprendre de l'altitude, à l'exception du mois de septembre où l'on a assisté à des prises de bénéfices logiques.

Bon an mal an, la capitalisation boursière de la place de Paris a pu repasser la barre de 1.000 milliards d'euros. Un phénomène symbolique qui ne doit pas faire oublier le fait qu'elle dépassait 1.500 milliards d'euros il y a trois ans.

Le retour des valeurs technologiques

A l'origine de la bulle spéculative qui leur a coûté cher en 2001 et en 2002, les valeurs technologiques ont été les principales bénéficiaires de ce retournement de tendance. Une dizaine d'entre elles, comme Oberthur, Steria, Alcatel, Altran ou Atos, ont ainsi vu leurs cours de Bourse doubler sur l'année. Ce qui ne signifie pas pour autant qu'elles aient retrouvé le chemin de la croissance. L'alerte sur résultats lancée par Cap Gemini E&Y à la mi-décembre est, à cet égard, représentative. Quelques valeurs, dites traditionnelles, n'ont pas été en reste au cours de cette année 2003. EADS en est un bon exemple bien que le nombre de livraisons d'avions civils dans le monde ait baissé de 30 % en deux ans. Nexans et Géophysique constituent également deux belles situations de retournement.

A l'inverse, on a pu assister à des plongeons spectaculaires. Celui d'Alstom a été le plus médiatisé, mais les cas de la Scor ou de Rhodia ne sont guère plus réjouissants. Ces trois sociétés ont un problème commun : leur dette exorbitante qui les menace du dépôt de bilan. En cela, les marchés sont restés, comme en 2002, très vigilants sur la situation financière des sociétés. C'est pourquoi ils ont aussi plébiscité les groupes qui, à l'instar de France Télécom, Alcatel ou Vivendi Universal, ont accompli des efforts sur ce thème.

L'OPA sur Pechiney a réveillé le marché

L'accélération de la hausse a coïncidé avec une recrudescence des opérations de fusion à travers le monde. L'OPA d'Oracle sur l'éditeur de logiciels PeopleSoft a donné le ton aux Etats-Unis. Et la France a été tenue en éveil tout l'été par l'OPA lancée par Alcan sur Pechiney, qui s'est finalement terminée par une belle opération pour les actionnaires minoritaires du groupe français d'aluminium. Reste que le nombre de ces opérations est resté particulièrement faible sur l'ensemble de l'année (une vingtaine) et que les primes offertes aux actionnaires n'ont pas toujours été à la hauteur des espérances (OPA du Crédit Foncier sur Entenial par exemple ou celle de PAI sur Grandvision).

Parallèlement à ce phénomène, les retraits de la cote se sont multipliés sous l'impulsion des fonds d'investissements dotés de capacités de financement pléthoriques. L'année 2003 aura sans doute marqué un record pour ce type d'opérations qui ont largement contribué à l'appauvrissement de la cote parisienne, alors que parallèlement le nombre d'introductions en Bourse (une douzaine seulement, contre 30 en 2002, toutes ayant été réalisées sur le Marché Libre) est retombé à son plus bas niveau depuis plus de six ans. Le record de 1998 (136 introductions) n'est donc pas prêt d'être égalé, même si plusieurs dossiers sont d'ores et déjà annoncés pour début 2004.

Faible activité également au niveau des fonds levés par les entreprises cotées. Leur montant n'a pas excédé 4 milliards d'euros si l'on ne retient que les augmentations de capital pures, comme celle réalisée par Lafarge (1,2 milliard d'euros). Néanmoins, les opérations de type Océanes ou obligations convertibles ont connu un vif succès, avec un montant supérieur à 7 milliards d'euros. Dans la plupart des cas, ces émissions ont été destinées à restructurer la dette financière des sociétés endettées (Alcatel, PPR) ou à donner à certaines une marge de manoeuvre pour la croissance externe (Axa).

Ces initiatives tendent à prouver que les chefs d'entreprise sont redevenus plus optimistes sur les chances de reprise économique. Dans le même temps, les investisseurs ont eux aussi gagné en sérénité. Il suffit d'observer le faible niveau de volatilité sur l'indice CAC 40 pour s'en convaincre. Celui-ci est retombé en fin d'année à moins de 20 %, alors qu'il dépassait largement 40 % pendant la période agitée du mois de mars.

La chute du dollar a pénalisé les actions françaises

Le bilan à Paris aurait sans doute été plus positif si la chute du dollar (- 16 % par rapport à l'euro en 2003) n'était pas venue gâcher la fête. Car, à New York, l'indice Dow Jones, en franchissant à nouveau la barre de 10.000 points, a retrouvé ses niveaux de mai 2002 et affiche un gain de 22 % sur un an. Le bond de 46 % de l'indice des valeurs technologiques Nasdaq est encore plus flatteur. Si le CAC 40 n'a pas réussi à rattraper tout ce chemin, c'est bien en raison de l'effet monétaire. La glissade continue du billet vert présente en effet deux handicaps majeurs pour le marché parisien. Elle rend les cours des actions exprimés en euros moins accessibles pour les investisseurs américains et elle pénalise les résultats des entreprises françaises qui exportent en dollars. Seul avantage de cette situation : les cours mondiaux du pétrole qui sont restés élevés tout au long de l'année, à près de 30 dollars le baril de brent, paraissent plus supportables pour les entreprises européennes lorsqu'ils sont exprimés en euros.

Il est néanmoins intéressant d'observer une certaine décorrélation entre l'indice parisien et la baisse du billet vert au cours des dernières semaines de l'année 2003. Ce phénomène tendrait à indiquer que les entreprises françaises ont plutôt bien réussi à absorber ce choc monétaire. Mais cette résistance aura des limites. Plus la glissade du billet vert sera violente et plus il sera difficile à nos entreprises de s'y adapter.

L'or a été le grand bénéficiaire de l'affaiblissement du dollar. En un an, l'once de métal fin est passée de 345 à près de 410 dollars et nombreux sont les spécialistes à la voir dépasser le seuil des 450 dollars au cours des prochains mois. Les mines aurifères en ont jusqu'à maintenant largement profité.

Le fait est que le climat économique et géopolitique mondial n'est pas encore complètement revenu au beau fixe, et il est malheureusement à craindre que des actes ou des menaces terroristes viennent peser sur la tendance en 2004.

Incertitudes aux Etats-Unis après l'élection présidentielle

En attendant, les yeux des investisseurs continueront de se tourner vers les Etats-Unis, où la croissance semble à nouveau au rendez-vous (+ 8,2 % sur le troisième trimestre). De nombreux indicateurs sont repassés dans le vert au cours des derniers mois : les stocks des entreprises commencent à se reconstituer, les investissements industriels progressent à nouveau et le marché de l'emploi redémarre. Selon le consensus des économistes, le PIB américain pourrait progresser de 4 % à 5,5 % en 2004, après un rebond de 3,1 % en 2003. Toute la question est de savoir si cette croissance sera suffisamment solide pour se propager à l'Europe. La perspective de l'élection présidentielle américaine en novembre prochain permet de garantir une bonne tenue de l'activité jusqu'à cette échéance, mais ensuite, il faudra bien que les autorités s'attaquent à l'épineux problème des déficits courants et publics.

La Réserve fédérale américaine aura aussi un rôle important à jouer dans la longévité de cette reprise, elle qui a encore baissé de 25 points de base ses taux directeurs le 25 juin dernier, pour les ramener à 1 %, alors que ceux de la Banque centrale européenne restent deux fois plus élevés. Une politique moins accommodante se traduirait par un renchérissement des crédits hypothécaires et une baisse du pouvoir d'achat des consommateurs américains. Or ce sont eux qui ont soutenu l'économie dans les moments les plus difficiles.

par BRUNO KUS